[Usine durable] Comment Kronenbourg a fait chuter la consommation d’eau de la plus grande brasserie de France

A Obernai (Bas-Rhin), Kronenbourg brasse environ 7 millions d’hectolitres par an pour ses différentes marques (1664, Grimbergen…). La consommation d’eau du site a chuté de près de 24% entre le début de l’année 2018 et la fin 2021, sous l’effet de plusieurs actions.

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Kronenbourg Obernai
La brasserie Kronenbourg d'Obernai (Bas-Rhin) compte 70 hectares de superficie.

A Obernai (Bas-Rhin), Kronenbourg poursuit sa transformation. Premier site de production de bière en France (environ 7 millions d’hectolitres produits par an, 600 personnes, 70 hectares), l’usine a réduit sa consommation d’eau de 23,9% en trois ans. En 2018, 4,94 litres d’eau étaient utilisés pour produire un litre de bière. Un ratio passé à 4,36 litres en 2019, puis 3,94 litres en 2020. A fin 2021, il est descendu à 3,76 litres. « Plus de 90% d’un produit bière fabriqué est composé d’eau. On utilise beaucoup d’eau, également, pour les nettoyages », reconnaît Céline Chauvin, directrice de la fabrication. Entre janvier 2019 et décembre 2021, 7 millions d’hectolitres d’eau ont été économisés. Voici comment.

Une cinquantaine de recettes de bières différentes sont produites à Obernai, pour des marques telles que 1664, Grimbergen ou Tourtel. Une partie de l’eau est utilisée pour les « pousses », afin de retirer les résidus de bière, de manière à ne pas mélanger les produits à chaque changement de brassin. « Certaines centrifugeuses et pompes ont, par ailleurs, besoin d’eau pour fonctionner. L’enjeu était de ne pas altérer la qualité de nos produits », ajoute Céline Chauvin. Un projet qui s’inscrit dans la démarche « Zero water waste » du groupe danois Carlsberg, dont Kronenbourg est la filiale française.

Réduire, réutiliser, recycler

« Nous faisons beaucoup de calculs théoriques sur des recettes de nettoyage, et d’analyses d’eaux de brassage », poursuit la responsable de la fabrication, qui s’appuie sur un référentiel baptisé « Réduire, réutiliser, recycler ». Réduire la consommation d’eau passait donc par une optimisation du nettoyage. Une première étape qui devrait se poursuivre, grâce à la suppression de son recours à l’usage de soude, avant celle du recours à l’acide. Sur une année, c'est un gain de 60 000 mètres cubes d’eau grâce à ce process (Cleaning in place), sans démontage des installations.

Concernant la réutilisation, de l’eau est récupérée à diverses étapes du process pour la réinjecter, comme l’illustre le passage en condenseurs de l’eau d'évaporation issue de la chaudière, lors de l’ébullition du moût dans le process du brassage, pour pouvoir alimenter une cuve. 12 000 mètres cubes d’eau peuvent ainsi être économisés par an. De plus, lors de la séparation de la levure et de la bière, un système de récupération d’eau a été installé sur le circuit de refroidissement des centrifugeuses. Une action de recyclage de l’eau à l’origine, ici aussi, d’une économie de 60 000 mètres cubes d’eau à l’année.

« Le site date de 1969. Certaines installations ont dû être repensées. Nous devons ramener l’eau où nous le souhaitons. En revanche, il n’y a pas eu besoin de réadapter les machines. Le gros challenge est de maintenir ce niveau de performances, en faisant évoluer les comportements », ajoute Céline Chauvin. La manager se réjouit de l’implication du personnel, la consommation d’eau étant un sujet quasi-universel, tandis que les nouvelles générations sont demandeuses d’engagements environnementaux. « Dans une micro-brasserie, on utilise plus de 8 litres d’eau pour faire 1 litre de bière », souligne-t-on chez Kronenbourg - même si les plus petites entreprises sont elles aussi nombreuses à travailler sur la réduction de leur empreinte environnementale.

Un nouvel outil de monitoring des fluides

Pour poursuivre ce mouvement, un nouvel outil, « très ludique », de monitoring de la consommation des fluides sera prochainement lancé à Obernai. Il a été développé au sein de la brasserie. L’optimisation de la consommation d’eau s’inscrit dans une enveloppe de 100 millions d’euros d’investissements annoncée fin 2018.

Les gammes continuent de se diversifier chez Kronenbourg

Autre changement majeur pour le site alsacien de Kronenbourg, le développement des bières sans alcool, aromatisées, et de « dégustation craft ». Celles-ci représentaient 10% des volumes produits en 2010, avant de monter à 21% en 2015 et 35 % en 2020. Ces trois créneaux doivent peser 50% des volumes en 2025. En 1969, la brasserie fabriquait uniquement la 1664 Blonde et la Kronenbourg blonde, contre une cinquantaine de brassins aujourd’hui. Kronenbourg détient environ 30% du marché français (75% des volumes en grandes et moyennes surfaces, 25% en circuits hors-domicile).

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