Le projet d’acquisition de Suez par Veolia "fait sens", a déclaré le Premier ministre Jean Castex lors de la présentation du plan de relance. Il y voit la meilleure opportunité de sauver l’emploi. Pas sûr qu’il réussisse à convaincre la direction et les salariés du groupe Suez.
Le comité de groupe France et le Comité d’entreprise européen ont communiqué mercredi 2 septembre pour demander à l’actionnaire Engie et au gouvernement de s’opposer à cette acquisition. "Suite aux annonces faites par Monsieur Antoine Frérot, PDG du groupe Veolia, concernant la potentielle acquisition des actions détenues par le groupe Engie au capital de Suez, nous souhaitons exprimer notre totale opposition à ce projet."
Pour les représentants des salariés, ces deux groupes opérant sur les "mêmes activités et les mêmes marchés", une telle fusion engendrerait "une casse sociale". "Nous présageons déjà la perte de milliers d’emplois sur le territoire national et ce à l’intérieur des deux groupes dans une période difficile pour tous", ont-ils ajouté.
Une offre hostile
Dans son courrier adressé aux salariés le même jour, dont L’Usine Nouvelle a pris connaissance, le directeur général de Suez, Bertrand Camus, a retoqué les déclarations d’Antoine Frérot, le PDG de Veolia. "L’offre que notre concurrent historique a soumise à Engie, dimanche soir, est particulièrement hostile. Cette annonce opportuniste et précipitée s’est construite sur la volonté de notre actionnaire de procéder à une revue stratégique de son portefeuille, à un moment où les enjeux écologiques sont une priorité."
Le 21 août, le Conseil de surveillance avait confirmé son soutien au plan stratégique 2030 de Suez et son opposition à ce projet de rapprochement avec son frère ennemi. Et, tout comme les représentants des salariés, il s’inquiète pour l’emploi et le futur d’une telle opération. "L’opération imaginée présente des risques majeurs et des incertitudes fortes en particulier sur nos équipes, nos emplois, l’avenir de nos activités Eau en France, et pour l’urgence écologique si la saine concurrence, source d’innovation, et l’émulation créative devaient disparaître."
"Dépecer Suez"
Des rumeurs indiquent que par mesure de rétorsion, Suez aurait rompu les négociations avec Veolia sur la cession de sa filiale Osis (311 millions d’euros de chiffre d’affaires, 2 500 employés, 130 sites), spécialiste de l’assainissement et la collecte des déchets liquides, du nettoyage industriel et l’hygiène des bâtiments. Une opération liée à la stratégie Shaping Suez 2030, qui nécessite de revoir les actifs du groupe pour privilégier les activités qui permettent de générer une meilleure profitabilité. Mais selon une source proche du dossier interrogée par l’Usine Nouvelle, cette information est totalement infondée.
Par contre, chez Suez on continue à défendre l’existence de deux géants français, actuellement numéro 1 et 2 mondiaux des eaux et déchets, même si le marché est très éclaté. Suez est d’ailleurs le numéro 1 pour le secteur de l’eau. Et certains dénoncent "une offre bancale qui n’en est pas une". "Une telle fusion favoriserait l’émergence d’un autre géant", pronostique un spécialiste du secteur.
Chez Suez, on regrette surtout de ne pas avoir son mot à dire à propos de la proposition faite à Engie (premier actionnaire de Suez avec 29,9% du capital) qui signifierait à terme "le dépeçage de Suez, qui va commencer en cédant les activités eau France", estime une source en interne. Il n’est d’ailleurs pas exclu que Suez trouve des alliés pour contrecarrer les plans de Veolia et proposer de reprendre les parts d’Engie.



