Entre 2019 et 2020, les investissements dans l’industrie pharmaceutique en France ont bondi. Dans la filière, 7,3 milliards d’euros ont été injectés en R&D, ce qui marque un effort accru de 17% en seulement un an. Côté tissu industriel, le total des investissements identifiés, en premier lieu pour des capacités additionnelles de production et des projets numériques, a atteint près de 2 milliards d’euros, soit une progression de 11% sur un an. Et ce, en pleine pandémie.
Ces chiffres proviennent de l’Observatoire des investissements en France mené par Les Entreprises du Médicament (Leem) avec l’aide du cabinet Roland Berger. Première enquête de ce genre, elle doit désormais être reconduite chaque année. Ces données proviennent d’un échantillon du réseau d’acteurs pharmaceutiques en France, en l’occurrence un panel de 50 entreprises. Lesquelles pèsent toutefois 66% du chiffre d’affaires annuel du secteur. Le Leem souligne dans un communiqué que les données obtenues "ont ensuite été extrapolées à l’échelle du secteur".
Explosion des investissements dans le numérique
Sur le plan industriel, l’enquête décompte 1,98 milliard d’euros d’investissements. 47% de cet ensemble a concerné les efforts dans de nouvelles capacités de production, avec une progression de 12% en un an. Les investissements de maintenance ont atteint 16% (+41% sur un an), et ceux liés aux adaptations réglementaires ont totalisé 23% mais en baisse de 25% par rapport à 2019. 11% des investissements sont qualifiés « autres ». Enfin, si les investissements industriels liés au numérique n’ont représenté que 3% du total, ils ont littéralement explosé de 269% en un an. Selon un porte-parole du Leem, cela comprend les efforts de digitalisation de l’outil de production mais aussi des investissements liés aux "dossiers de lot électronique, à la formation des équipes via des outils digitaux (réalité augmentée, vidéo), au data management, à l’investissement dans des outils de gestion des données en temps réels, au data mining, à la maintenance prédictive, au data integrity, à la sérialisation, aux évolutions des ERP, et aux outils de mesure de performance en temps réels sur les lignes".
Bioproduction et biotechnologies en pointe
Sur cet ensemble de 1,98 milliard d’euros, par typologie, 56% des investissements ont été dévolus à la bioproduction, soit la fabrication de médicaments biotechnologiques. Signe que les efforts industriels concordent avec l’une des priorités de la France pour son industrie pharmaceutique, afin de ne rater ni les opportunités industrielles, ni l’accès précoce aux médicaments les plus innovants destinés à soigner des pathologies lourdes, en premier lieu les cancers. Toutefois, entre 2019 et 2020, la progression s’est limitée à seulement 4%. Les investissements dans les capacités chimiques de production de médicaments ont compté pour 21% du total, avec une croissance de 10% sur un an. Les autres investissements industriels par typologie n’ont pas été précisés. Cette priorité biotechnologique se retrouve aussi dans les investissements de R&D. Sur les 7,3 milliards d’euros injectés en 2020, 70% ont concerné des produits biologiques. Une catégorie qui regroupe les vaccins et les produits biotechnologiques notamment.
Soutien de l'Etat
"Nous commençons à récolter les premiers résultats d’une politique de recherche et d’industrie délibérément offensive", s’est réjoui Frédéric Collet, président du Leem, dans un communiqué. Ce commentaire salue les bonnes avancées du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS), instance de dialogue entre le secteur et les pouvoirs publics, conclu avant la pandémie, en 2018. Sachant que les intentions ont été renforcées dans le cadre du CSIS 2020 conclu fin juin.
Le Leem salue aussi le soutien de l’Etat ces derniers mois. Lancé en juin 2020, un premier appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour les industries de santé avait débouché sur l’octroi de 160 millions d’euros en soutien à 17 projets industriels, et un second AMI, atteignant potentiellement 300 millions d’euros, a été enclenché en février.



