Face aux difficultés rencontrées par les campagnes de vaccination anti-Covid, les dirigeants européens haussent le ton. La Commission européenne durcit son mécanisme de contrôle des exportations de vaccins, en place depuis fin janvier. Elle se donne les moyens de bloquer les livraisons dans des pays produisant leurs propres vaccins sans jouer le jeu de coopération internationale ou bien plus en avance que l'UE dans leur campagne de vaccination. Le dispositif devrait être au cœur de discussions tendues au Conseil européen, qui doit réunir une nouvelle fois les chefs d’Etats européens par visioconférence les 25 et 26 mars.
Depuis fin janvier, les exportations de vaccins anti-Covid doivent déjà faire l'objet d'autorisations préalables. Le mécanisme adopté par la Commission donne aux Etats-membres la possibilité d'interdire les livraisons à l'étranger tant que l’Europe n’a pas obtenu les doses prévues dans ses contrat et si celles-ci empêchent de tenir les engagements de ces contrats. Une disposition qui concerne en premier chef AstraZeneca, qui a confirmé ne pouvoir livrer que 30 sur les 120 millions de doses prévues avant fin mars. Sur 380 demandes d’exportations reçues depuis fin janvier, une seule a d’ailleurs été refusée début mars : l’Italie a bloqué l’envoi de 250 000 doses d’AstraZeneca vers l’Australie.
43 millions de doses exportées vers 33 pays
Au total, l’Union européenne a ainsi exporté 43 millions de doses de vaccins vers 33 pays, principalement le produit de Pfizer-BioNTech. Le principal bénéficiaire en a été le Royaume-Uni, qui a importé près de 10 millions de doses, devant le Canada et le Mexique. C’est surtout vis-à-vis de l'outre-Manche que l’exaspération de Bruxelles est la plus forte. « Nous n'avons rien reçu des Britanniques, alors que nous les fournissons », a pointé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. La production des deux usines britanniques du laboratoire a été réservée au Royaume-Uni en vertu d’une clause du contrat d’achat verrouillé par Londres, alors que la Commission européenne estime à l’inverse que son contrat avec AstraZeneca devait permettre d’en bénéficier également.

Pour mettre la pression sur le Royaume-Uni, qui dépend en partie de la production européenne pour sa campagne vaccinale, la Commission européenne a ainsi ajouté deux nouvelles conditions pour délivrer les autorisations d'exportations. L'Europe veut s'assurer de la réciprocité et se donne la possibilité de bloquer les livraisons vers des pays produisant eux mêmes des vaccins mais restreignant leurs exportations. Par ailleurs, Bruxelles entend suspendre ses exportations vers les pays affichant des taux de vaccination supérieurs à l’Union européenne ou dans une situation épidémiologique plus favorable, selon un principe de proportionnalité.
Frictions entre Etats-membres
Une gestion « au cas par cas » prévient Bruxelles, qui ne fait pas complétement l’unanimité des Etats-membres. Tout comme l’Allemagne, la France estime que l’Europe n’a pas à être « l’idiot utile » de la bataille des vaccins en étant le seul à jouer le jeu de la coopération. A l’inverse les Pays-Bas et la Belgique, principaux producteurs de vaccins anti-Covid, appellent à l’utiliser de façon parcimonieuse craignant un effet contreproductif. « Par nature, la production de vaccin est un processus global. Toute proposition de la Commission d’interdire les exportations risque de provoquer des mesures de rétorsions, qui pourraient mettre en danger les importations de matériels nécessaires à la production des vaccins contre le Covid pour les citoyens européens », abonde la Fédération européenne de l’industrie pharmaceutique EFPIA.
De son côté, la Commission européenne préfère déminer pointant que « nous sommes un des plus grands exportateurs de vaccins et nous continuerons à exporter des vaccins », selon Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission européenne. La stratégie risque aussi de peser en premier chef sur le bon élève Pfizer-BioNTech. Bloquer des exportations ne garantira toutefois pas la mise à disposition des doses concernées par les citoyens européens. Même interdits d’exportations, les stocks restent propriété des entreprises. La découverte d’un stock de 30 millions de doses d’AstraZeneca en Italie ne devrait pas faire baisser la défiance.



