[Covid-19] Trois écueils à éviter pour assurer le succès des vaccinodromes

[Mis à jour] Les vaccinodromes sont enfin mobilisés pour accélérer la vaccination contre le Covid-19 avec l’arrivée massive de doses en avril. Quels écueils sont à éviter pour réussir cette nouvelle étape ?

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Stade de France
Le stade de France sera mobilisé comme vaccinodrome à partir d'avril pour accélérer le rythme de vaccination.

La vitesse supérieure est enclenchée dans la campagne de vaccination française avec la mobilisation des vaccinodromes, ces grands complexes destinés à vacciner massivement la population. Le Stade de France (à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis) est une des premières infrastructures sollicitées parmi les plus de 140 vaccinodromes que prévoit de créer le gouvernement à travers le pays au cours du mois d’avril. Le vaccin Pfizer sera injecté par le groupement de plusieurs corps de métiers comme l’armée, les pompiers et éventuellement des régiments d’autres corps comme les vétérinaires si la Haute Autorité de Santé (HAS) donne son feu vert.

Dans ce branle-bas-de-combat général, comment s’assurer du succès de la vaccination via les vaccinodromes ? Blandine Ageron et Olivier Lavastre, professeurs des universités en logistique (respectivement à l'IUT de Valence et à Grenoble IAE - Grenoble INP, au sein de l’Université Grenoble Alpes) formulent trois recommandations. 

Standardiser les procédés

Première recommandation pour les deux professeurs : diviser les tâches et standardiser les procédés de vaccination des vaccinodromes à travers le pays. «Les vaccinodromes sont à la vaccination ce que le taylorisme est à l’industrie, explique Olivier Lavastre. Actuellement, le médecin de ville réalise toutes les tâches à savoir accueillir le patient, discuter avec lui, remplir les documents administratifs, injecter le vaccin, vérifier s’il va bien, le raccompagner… Avec le vaccinodrome, on va avoir une spécialisation des tâches avec une personne pour chaque étape.»

Dans cette logique, Blandine Ageron recommande de reproduire les mêmes procédés dans chaque vaccinodrome pour que ces derniers soient facilement mis en place.

Avoir des patients à vacciner

L’ouverture des vaccinodromes intervient au moment où le gouvernement prévoit une arrivée massive des doses à partir d’avril. Le vaccin Pfizer, de loin le plus injecté en France, sera livré à raison de 2 millions de doses par semaine doit le double par rapport au rythme actuel. Pour transformer l’essai de cette bonne nouvelle, il sera nécessaire d’assurer la présence des patients. «Un vaccin sans patient, cela ne sert à rien, déclare Blandine Ageron, en appelant à réaliser une campagne d’information efficace. Il faut éviter au maximum des divergences des déclarations. Il y a des déjà plusieurs sons de cloche différents concernant les horaires d’ouvertures des vaccinodromes, certains affirment qu’ils seront ouverts le week-end, d’autres non… le patient ne doit pas se perdre dans ces informations contradictoires.»

La mobilisation des patients est d’autant plus cruciale que les capacités de vaccination devraient connaitre un boom à partir d’avril. Chaque vaccinodrome pourra réaliser entre 1000 et 2000 injections par jour. Parallèlement il est prévu de doubler la cadence des centres de vaccination actuellement mobilisés. Ceux-ci passeraient de 500 injections par jour à 1000, grâce à un élargissement des horaires ou du nombre de lignes de vaccination, selon le ministère de la Santé.

Le gouvernement a récemment été alerté d’un manque de rendez-vous dans certaines villes ce qui a poussé le président de la République à élargir la vaccination aux plus de 70 ans à partir de samedi 27 mars. Une campagne d’appels téléphoniques de l’Assurance maladie a également été déployée auprès des plus de 75 ans pour leur proposer la vaccination.

Simplifier les processus de décision

Enfin, les professeurs en logistique préconisent de simplifier au maximum les échelons de décisions pour la gestion des vaccinodromes. «Il existe déjà plusieurs niveaux de décision entre le gouvernement, la région, le département et la ville, explique Olivier Lavastre. […] La gestion d’un vaccinodrome doit être centralisée afin d’être capable d’orchestrer cette diversité inédite d’acteurs entre les pompiers, les infirmiers, l’armée, les médecins plus les élus !»

L’efficacité des décisions aura également son importance pour l’ouverture des prochains vaccinodromes. Gérald Darmanin a déclaré mercredi 24 mars que 38 sont d’ores et déjà identifiés et prévus pour être opérationnels fin mars-début avril mais le gouvernement prévoit par la suite l’ouverture de 100 à 200 autres vaccinodromes, à raison de deux par département. La décision de l’emplacement de ces autres méga-centres sera à la charge des autorités régionales de santé (ARS) et des préfets en lien avec les collectivités locales, a déclaré Laetitia Buffet, la Mme logistique de la vaccination, à l’occasion d’une conférence de presse mardi 23 mars. Au total, selon le ministère ces 100 à 200 méga-centres devraient absorber au moins 1 million de doses par semaine.

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