Délocalisations en Inde, démission du DG France… L’inquiétude monte chez ArcelorMittal

L’inquiétude continue de monter quant aux décisions que va prendre ArcelorMittal pour ses sites en France. L’annonce récente d’un plan de délocalisation d’une partie des fonctions support européennes du groupe vers l’Inde, puis la démission du directeur général d’ArcelorMittal France, Matthieu Jehl, n’ont pas contribué à rassurer.

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Site ArcelorMittal de Dunkerque
Le groupe a annoncé sa volonté de délocaliser une partie des activités support effectuées en Europe vers l'Inde.

La séquence continue. En novembre 2024 d’abord, ArcelorMittal a annoncé fermer deux sites en France (à Reims et Denain), puis retarder à une date indéfinie son grand projet d’acier vert à Dunkerque. En janvier 2025 ensuite, le président d’ArcelorMittal France, Alain Le Grix de la Salle a alerté devant l’Assemblée nationale sur un risque de disparition pesant sur chacun des sites européens de l’ancien fleuron français… Depuis, aux surcapacités sidérurgiques chinoises s’est ajoutée la guerre commerciale de Donald Trump, et des avertissements similaires du directeur général du groupe, Aditya Mittal. ArcelorMittal a annoncé d’autres mauvaises nouvelles, dont la délocalisation à venir d’une partie des fonctions supports du groupe en Europe vers l’Inde, dévoilée aux représentants des salariés en comité d’entreprise européen mardi 11 février.

Délocaliser les RH et l’informatique

L’initiative «consiste à étudier la possibilité de poursuivre le regroupement de certaines activités support, en développant notre centre de services partagés pour réaliser certaines de ces activités en Inde», indique le groupe qui précise qu'«aucune activité de production d'acier ne sera déplacée de l'Europe vers l'Inde». «Nous n’avons pas eu de chiffres à propos du nombre d’emplois visés, mais cela concerne les ressources humaines, les finances, le marketing, la supply chain et l’informatique. Cela concernerait 31 sociétés en Europe», explique David Blaise, délégué syndical central CGT d’ArcelorMittal centre de services et suppléant au comité d’entreprise européen, qui confirme l'information à L'Usine Nouvelle. 

Selon les estimations de la CGT, ces métiers représentent 4500 emplois pour ArcelorMittal en Europe, dont près du tiers en France. Seule une partie (encore inconnue) de ces postes serait transférée en Inde, mais les délocalisations pourraient toucher de nombreux sites du groupe. Soit l’aciérie de Dunkerque et le siège à Paris, mais aussi les autres usines en France (Florange, Montataire, Basse-Indre…) et les filiales comme Industeel, ArcelorMittal Distribution Solutions, Wire, et Construction. ArcelorMittal Méditerranée, la branche qui regroupe les usines de Fos-sur-Mer et de Saint-Chély-d'Apcher, n’est pas concernée par l’annonce. Le hub en Inde doit être mis en place d'ici au second semestre. «Depuis 2008, un Business Center Of Excellence (BCOE) en Pologne a déjà concentré de telles fonctions, comptant aujourd’hui plus de 1000 salariés», rappelle la fédération de la métallurgie de la CFDT dans un communiqué de presse, qui dénonce le projet.

De quoi renforcer les inquiétudes des salariés, pour les emplois directement concernés, mais pas seulement. «Délocaliser les fonctions support, ce n’est jamais bon. C’est impossible de travailler avec des instructions qui viennent de l’autre bout du monde», anticipe David Blaise, qui constate un «climat social délétère et une démotivation», sur tous les sites français du groupe.

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Un départ de haut-niveau

«Mittal investit massivement en Inde, où il construit des hauts-fourneaux à marche forcée pendant que rien n’avance sur nos projets de décarbonation. Si on commence à délocaliser les fonctions support là-bas, j’anticipe un effet domino…» abonde Gaetan Lecocq, secrétaire général de la CGT Dunkerque. Le syndicaliste décrie un «sous-investissement» chronique dans la maintenance des outils, qui «arrivent en fin de vie». «Nous produisons toujours en mode dégradé» ajoute-t-il en rappelant l’incendie, début 2025, qui a mis hors-service les bandes transporteuses qui alimentent la cokerie en charbon. Une critique réfutée par ArcelorMittal, qui souligne régulièrement continuer à investir en France.

«Il y a un nombre de démissions record, les gens en ont marre», ajoute Gaëtan Lecocq, en décrivant des ouvriers qui vont parfois travailler «pour moins cher ailleurs». Mardi 12 février, le directeur général d’ArcelorMittal France depuis bientôt quatre ans, Matthieu Jehl, a lui aussi annoncé son départ pour prendre, d’ici à la fin mai, la place de président commercial de l’activité acier inoxydable en Europe du groupe finlandais Outokumpu. Un très beau poste : Outokumpu est le principal producteur d’acier inoxydable du continent. Mais les syndicalistes refusent d’y voir une coïncidence, et pointent que le directeur des opérations d’ArcelorMittal, Jacques-Yves Floch, a quitté l’entreprise pour prendre la tête de l’ancienne usine d’Ascometal, rachetée par Marcegaglia, à Fos-sur-Mer. Que ces choix de carrière aient ou non été influencés par les difficultés d'ArcelorMittal en France, il semble clair qu'ils n'aideront pas ses affaires.

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