"Si on applique la distanciation, nous serons incapables d’accepter plus de 20 % des voyageurs et nous les repousserons vers la voiture avec à la clé une vraie crise environnementale ", prévient Thierry Mallet, PDG de l'opérateur français de transports publics Transdev. "Si nous sommes tous raisonnables et solidaires, le déconfinement et le retour dans le transport doivent être réalisables, mais il faut aussi identifier et isoler les malades."
L’enjeu est de rendre le transport sans risque et cela passe par l’obligation du port du masque sans distanciation. En Chine et en République Tchèque, les transports ont redémarré sans souci avec le port obligatoire du masque. Transdev va renforcer la désinfection, installer des distributeurs de gel hydroalcoolique dans les bus et les tramways pour se laver les mains en entrant et en sortant.
Une offre de transports de 70%
"Il ne faudra pas avoir des transports saturés, mais une offre de transports de 70 %, prévient le patron de Transdev. Après le 11 mai, la demande (ou fréquentation) devrait atteindre 30 à 40 % de la fréquentation habituelle, car toutes les activités ne vont pas reprendre à cette date et beaucoup de salariés seront en télétravail."
Il faut donc travailler sur les heures de pointe et favoriser le télétravail. Le siège de Transdev ne comptera jamais plus de 50 % du personnel présent, et le télétravail sera appliqué trois jours par semaine.
En Île-de-France, la pointe du matin se situe entre 7h30 et 8h30, il faut l’étaler entre 6 heures et 12 heures. "Nous lançons des discussions sur ce sujet avec les entreprises mais l’administration doit aussi montrer l’exemple, réclame Thierry Mallet. Nous devons avoir des comportements responsables et toutes les entreprises doivent faire un effort pour étaler les départs et les arrivées. Pour les trajets courts, il faut inciter les citadins à favoriser la marche à pied ou le vélo."
Après le 11 mai, Transdev s’engage donc à assurer 70 % du transport habituel sur ses réseaux. Actuellement, 20 % de ses salariés sont absents (arrêts maladie et garde des enfants), mais habituellement le taux d’absentéisme est déjà de 7 ou 8% pour un service assuré à 100%. Surtout, une partie des employés est aujourd’hui au chômage partiel et pourra revenir.
Un fonds européen de soutien aux transports publics
Mais après plus de 40 jours de confinement, Transdev commence à ressentir les effets avec des "pertes de recettes significatives", même si les collectivités locales ont payé leurs redevances et les mesures de protection engendrent des coûts supplémentaires. Les prochains mois risquent d’être encore difficiles avec une fréquentation qui va rester faible.
"Le modèle du transport public a été profondément modifié, il faut le soutenir au niveau européen. Les opérateurs demandent la création d’un fonds européen d’aide aux transports publics. Aux Etats-Unis, Donald Trump a mis 25 milliards de dollars sur les transports publics."



