Entretien

[Déconfinement] "Le gouvernement doit avoir un discours clair", demande Frédéric Baverez, directeur exécutif France de Keolis

L’opérateur de transport Keolis sera prêt le 11 mai à assurer 60 à 80 % de ses capacités de transport, mais Frédéric Baverez, le directeur exécutif France, demande plus de clarté au gouvernement.

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Frédéric Baverez Keolis
Frédéric Baverez, directeur exécutif France de Keolis, demande l'obligation du port du masque dans les transports.

L'Usine Nouvelle. - Qu’attendez-vous du gouvernement pour être prêt le 11 mai ?

Frédéric Baverez.- Le gouvernement doit avoir un discours clair, afin que les règles ne soient pas soumises à interprétation. Si les règles ne sont pas claires, c’est voué à l’échec. Les Français attendent des décisions précises.

Les opérateurs de transport publics sont unanimes pour rendre le port du masque obligatoire. Pensez-vous pouvoir être entendus ?

Il faut imposer le port du masque pour tous dans les transports en commun, c’est une règle qui fait consensus dans la profession, côté opérateurs comme côté autorités organisatrices, parce que nous sommes convaincus que nous ne pouvons pas imposer de distanciation dans les transports publics. Si nous commençons à avoir des règles floues, cela ne fonctionnera pas. Le gouvernement doit avoir une position claire. En Allemagne, le gouvernement a d’abord choisi de laisser la décision aux Länder avant de finalement rallier tout le monde à l’obligation du port du masque.

Pourquoi renoncer à la distanciation ?

Il faudrait des moyens humains considérables pour imposer un quota par véhicule et on réduirait de 60 à 80% la capacité des rames de métros et les bus. Il faudrait contrôler l’accès et on risquerait de se retrouver dans une situation ubuesque avec des foules se pressant sur les quais ou en station avec un sérieux risque sanitaire. C’est pourquoi il faut imposer le port du masque à tout le monde : c’est une approche professionnelle et de bon sens.

Parmi les hypothèses du gouvernement, il y a la distribution de masques et de gel hydroalcoolique. Vous y êtes favorables ?

Ce n’est pas à nous de fournir les masques, excepté peut-être dans les transports scolaires. Par contre, on réfléchit à mettre à disposition du gel et des masques via les distributeurs de boissons dans les stations.

Certains transporteurs, à commencer par la RATP, demandent à pouvoir verbaliser les voyageurs qui ne portent pas de masques. Y êtes-vous favorable ?

Nous ne demandons pas à pouvoir verbaliser les usages des transports en infraction. C’est d'abord l’affaire de la Police.

Pensez-vous être prêts pour assurer un service de qualité le 11 mai prochain ?

Actuellement, notre offre est de 30 % à 50% par rapport au trafic habituel, avec une fréquentation de l’ordre de 7 à 8 %. Le 11 mai, nous devrions pouvoir redémarrer entre 60% et 80 % de nos capacités dans nos réseaux (bus, tramways et métros).

Aurez-vous suffisamment de matériel disponible pour atteindre ces objectifs ?

Nous n’avons aucun problème de disponibilité de matériel. Les métros et les trams ont continué à rouler tous les jours et les centres de maintenance sont opérationnels. Nous demandons seulement au gouvernement qu’il nous octroie un délai supplémentaire pour le contrôle technique des bus et des autocars. Les visites dans les centres doivent avoir lieu tous les six mois mais de très nombreux centres techniques sont fermés.

Les absences nombreuses ne sont-elles pas un obstacle ?

Aujourd’hui, 10 à 15% du personnel est absent pour des problèmes de garde d’enfants. Nous avions demandé à être éligibles au dispositif de garde appliqué aux personnels soignants. Mais cela a été refusé. Nous demandons au gouvernement et aux Préfets d’avoir de la lisibilité sur la rentrée scolaire. Il nous faut au moins deux ou trois semaines pour organiser une offre sous contrainte.

Quelles autres mesures souhaitez-vous voir appliquées pour avoir un service adapté à la situation sanitaire ?

Il faut encourager la poursuite du télétravail, mais aussi prendre des initiatives pour étaler les pointes de trafic. Ce sont des mesures de bon sens comme décaler les horaires de rentrée et sortie dans les établissements scolaires, mais aussi dans les administrations et les entreprises.

Est-ce que vous disposerez d’un stock suffisant pour équiper tout votre personnel en masques ? 

Aujourd’hui, les seuls personnels obligés de porter des masques sont ceux qui assurent le transport sanitaire et des personnes à mobilité réduite. A partir du 11 mai, nous prévoyons que tous les personnels en contact avec le public devront porter un masque. Nous en avons commandé 4,5 millions qui seront livrés sous peu. Ils permettront de tenir jusqu’au mois de juillet. Et nous passons des commandes pour les semaines suivantes.

Les voyageurs n’auront-t-ils pas une certaine appréhension en pénétrant dans une rame de métro ou un bus ?

Notre maître-mot est que les gens aient confiance dans les transports publics. Les stations, espaces de vente, bus, trams et métros seront nettoyés et désinfectés quotidiennement, voire plusieurs fois par jour pour les cabines de conduites, les boutons poussoir, les barres de maintien...

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