Décollage pour Euclid, le satellite européen à la recherche de l’énergie noire

L’Agence spatiale européenne (ESA) prévoit d'envoyer le satellite Euclid dans l’espace samedi 1er juillet à 17h11, depuis Cap Canaveral, en Floride. Le télescope veut cartographier plus précisément des milliards de galaxies et percer les secrets de la matière et de l’énergie noires, qui composeraient 95% de l’Univers.

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télescope spatial Euclid Thales Alenia Space
Le satellite Euclid mesure 4,7 mètres de haut pour 3,5 mètres de large, et pèse 2 tonnes.

« Euclid va observer l’univers sur les dernières dix milliards années, quand les galaxies se sont formées et que la matière noire est devenue majeure. Sur les six ans de la mission, nous allons scanner 36% du ciel », récapitule Giuseppe Racca, son chef de projet, lors d’une conférence de presse le 23 juin. Après dix ans de développement et un changement de lanceur, le télescope européen devrait décoller samedi 1er juillet à 17h11 heure française depuis Cap Canaveral, en Floride.

Trente jours après son départ, la sonde spatiale européenne rejoindra une position à 1,5 million de kilomètres de la Terre, appelée le point de Lagrange 2. Et après trois mois de tests, Euclid commencera à cartographier en trois dimensions l’univers jusqu’en 2029. Cette cartographie servira à comprendre pourquoi l’expansion de l’univers s’est accélérée dans les trois derniers quarts de ses 13,7 milliards d’années d’existence, et si cette accélération est due à une nouvelle force physique : « Euclid est plus qu’un télescope spatial, c’est un détecteur à énergie noire ! », a récemment affirmé René Laureijis, chercheur sur le projet.

Etudier les 95% invisibles de l’Univers

Autre objectif : mieux comprendre la matière noire et son rôle dans la création de l’univers. Selon les théories scientifiques actuelles, la matière et l’énergie noires représenteraient plus de 95% de l’Univers, et les étudier est aussi important que complexe. En effet, contrairement aux atomes qui constituent la matière visible, ces 95% d’inconnu ne réagissent pas à la lumière.

Alors comment Euclid compte-t-il observer l’invisible ? La matière noire est sensible à la gravité. En étudiant les déformations gravitationnelles qui, elles, sont visibles, les scientifiques pourraient saisir les effets de la matière et de l’énergie noires. Le télescope fonctionne comme une machine à remonter le temps, en observant des galaxies lointaines il y a dix milliards d’années. Cette mission se fixe comme ambition de vérifier les lois de la relativité générale d’Einstein à l’échelle cosmique, et ses découvertes pourraient bien définir une nouvelle cosmologie.

Un télescope à 1,4 milliard d'euros

« Pendant l’entièreté de sa mission, Hubble n’a pas couvert plus de 100 degrés carrés, et Euclid peut le faire en dix jours », garantit René Laureijis. Equipé entre autres d’un imageur visible VIS (Visible Instrument) pour mesurer les formes des galaxies et d’un spectromètre proche infrarouge NISP (Near Infrared Spectrometer and Photometer), le télescope de près de deux tonnes est bien plus performant que ces prédécesseurs Hubble ou James Webb.

Développé pendant plus de dix ans par Thales Alenia Space, le projet a coûté 1,4 milliard d’euros à l'Europe et a réuni 21 pays, 300 organisations, 80 entreprises et plus de 3 500 personnes. Côté français, treize laboratoires ont été impliqués dans le développement d’Euclid sous la direction du CNRS. Et les données massives envoyées par le satellite - environ 850 Go par jour, 170 millions au terme des six ans – seront traitées à 30% par l’Institut national de physique des particules à Villeurbanne (Rhône).

Le départ, initialement prévu à l’été 2022, a finalement été repoussé début juillet 2023. La sonde spatiale européenne partira avec une fusée Falcon 9 de SpaceX. Une option salvatrice pour le projet, qui devait compter sur un lanceur Soyouz. La guerre en Ukraine a évacué cette option, et le retard d’Ariane 6 empêchait l’ESA de se replier sur une solution européenne. « Nous étions confrontés à la possibilité de devoir entreposer Euclid pour deux ans ou plus », explique Giuseppe Racca. Mais cette fois-ci, rien ne semble empêcher le décollage.

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