Enquête

Dans les Pays de la Loire, la confection parie sur l’atelier 4.0

Une nouvelle génération d’entrepreneurs relance les investissements dans des PME régionales du textile, dont les savoir-faire intéressent le luxe.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
SCF, qui fournit de grandes maisons en rubans et cordons, a investi 400 000 euros pour se moderniser.

D'emblée, le visiteur est prévenu : ici, le nom des clients est top secret. Pourtant, dans ces ateliers de confection de Vendée et du Choletais (Maine-et-Loire), les logos si reconnaissables des grandes maisons du luxe courent sous les doigts des couturières. Ce sont ces marques discrètes qui portent la vitalité de la filière dans les Pays de la Loire. La mode représente encore 12 000 emplois manufacturiers, maroquinerie comprise, dans la région.

Pour Laurent Vandenbor, le délégué général de Mode Grand Ouest, représentant 120 entreprises du secteur dont la moitié dans les Pays de la Loire, ce dynamisme tient en partie à l’arrivée de nouvelles générations d’entrepreneurs à la tête d’entreprises du territoire, comme AD Confection, Manoukian, Chic & Style… « Ces dirigeants savent coopérer et ils ont renforcé les liens avec les maisons de luxe », souligne-t-il.

Les Pays de la Loire sont le dernier pré carré où se trouvent des spécialistes de la chapellerie, des chemises, des pantalons, chacun ayant développé une “main” spécifique.

—   Laurent Vandenbor, délégué général de Mode Grand Ouest

Avec l’accélération des collections, les marques ont un besoin essentiel de capacités de prototypage et de petites séries de proximité, sachant répondre à huit ou dix mises en marché par an.« Les entreprises de la région ont su préserver la chaîne de valeur tout en investissant », poursuit l’expert, décrivant les Pays de la Loire comme « le dernier pré carré où l’on peut trouver des spécialistes de la chapellerie, des chemises, des pantalons, chaque entreprise ayant développé une “main” spécifique ». Il y a là, dit-il, « des solutions globales et, qui plus est, propres et dans une démarche RSE ».

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Les créateurs commandent par exemple des lacets, galons, rubans, sangles et autres cordons à la Société choletaise de fabrication (SCF). Cette manufacture de 50 salariés, labellisée Entreprise du patrimoine vivant, a renoué avec la forte croissance, affichant 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, contre 2,5 millions en 2020.  « L’activité est repartie de façon dynamique, nous vivons une période particulièrement intéressante », confie Olivier Verrièle, entrepreneur issu de la banque, qui a repris la société en 2010. Il a profité de la période creuse pour investir 400 000 euros dans de nouveaux process.

Bleu Océane illustre aussi les mutations de la filière. Cette entreprise réalisant 8 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 210 salariés, dont 50 à Beauvoir-sur-Mer (Vendée) et les autres en Tunisie, est un spécialiste de la toile denim (le jean), une matière qui ne cesse de fasciner les créateurs. Fondée en 1973, la PME a été reprise fin 2020 par un trio d’ingénieurs qui a d’emblée voulu renouveler le savoir-faire dans les traitements spécifiques (stone wash, snow, bleach, laser…). Elle vient d’engager 450 000 euros pour l’achat de nouvelles machines de traitement, notamment à l’ozone, remplaçant les produits chimiques.

Atelier du futur

Tout près, à Challans (Vendée), Getex développe une autre spécialité non moins technique. Cette entreprise employant 60 salariés en Vendée et 160 en Tunisie est experte dans les vestes rembourrées en plume et duvet de type doudoune et dans les vêtements étanches. Elle réalise 60 % de son activité dans le luxe, secteur actuellement le plus porteur, 10 % dans les vêtements militaires et administratifs, le reste dans l’industrie. Sous l’égide de Sophie Pineau, qui a succédé à son père en 2011, l’entreprise a reconstruit l’an passé une usine de 2 100 m2, un investissement immobilier de 2 millions d’euros qui s’est accompagné de 350 000 euros en équipements.

Getex est l’une des six PME des Pays de la Loire (avec Macosa, Femilux, Textile du Maine, Confection fléchoise et SCF) qui portent le projet InnovFabMod, lancé en 2019 et animé par l’Institut français de la mode, du textile et de l’habillement (IFTH). L’ambition est de faire naître l’« atelier du futur » dans la confection. Textile du Maine, à Montilliers (Maine-et-Loire), a ainsi conduit une véritable transformation digitale. Labellisée Entreprise du patrimoine vivant, cette société de prêt-à-porter féminin développe des savoir-faire rares dans le flou (crêpe, soie, mousseline, satin…) et le jersey coupé-cousu.

Trois années pleines sont nécessaires pour maîtriser de tels métiers. Pour Sylvie Chailloux, la fondatrice, c’est une raison supplémentaire pour éliminer les tâches fastidieuses. Textile du Maine a codéveloppé un projet de R & D dans la visionique, permettant de répertorier, à la place de l’œil humain, les anomalies d’un tissu. Dans le prolongement, l’entreprise s’est dotée d’un équipement Lectra pour n’utiliser, lors de la découpe, que les parties du tissu sans défaut.

Ces deux outils ont représenté un investissement proche de 400 000 euros pour l’entreprise, qui s’est également équipée d’un système de rétroprojection des patrons et d’un ERP-MES (interface d’information et de pilotage de la production) propre à son métier. La société, qui produit près de 75 pièces par jour, a agrandi ses locaux en 2019 dans le but de renforcer son effectif de 57 à 75 salariés. À Challans, Getex a lui aussi redimensionné son usine pour accueillir 20 salariés supplémentaires. « L’idéal serait d’intégrer trois à quatre salariés tous les trois mois », mentionne Sophie Pineau, qui réfléchit à une nouvelle stratégie de recrutement, le dispositif de préparation opérationnelle à l’emploi (POE) ne portant pas les fruits escomptés.

La capacité à recruter et à conserver les salariés est cruciale pour ces entreprises. Selon Laurent Vandenbor, la filière mode régionale a intégré 1 000 personnes par an au cours des dix dernières années, un rythme à peine ralenti pendant la pandémie. « Mais le gisement de candidats est trois fois moins important qu’avant la crise Covid. » Sur ce territoire où le taux de chômage est inférieur à 5 %, le textile doit séduire face à la concurrence d’autres industries également très demandeuses de main-d’œuvre.

Une filière régionale dynamique

  • 12 000 emplois, maroquinerie incluse
  • 60 entreprises
  • 2019 Lancement d’InnovFabMod pour créer l’« atelier du futur »

Recycler 5 millions de vêtements par an

Parmi les initiatives pour le réemploi de vieux vêtements, Renaissance Textile se distingue par son envergure. L’unité de 11 000 m2 qui démarre à Changé (Mayenne) a mobilisé 6,5 millions d’euros, un investissement qui sera porté à 25 millions d’euros à terme. Le projet associe le mayennais TDV Industries, fabricant de tissus techniques pour les vêtements de travail, Mulliez-Flory, spécialiste du vêtement professionnel dans le Maine-et-Loire, et Les Tissages de Charlieu, acteur historique du tissage jacquard, dans la Loire. L’objectif est d’aboutir à un produit effiloché pouvant être réutilisé par des tisseurs et tricoteurs en Europe. La première ligne d’effilochage traitera des vêtements blancs et clairs en polycoton, issus notamment de la santé et de l’agroalimentaire, à hauteur de 3 000 tonnes par an, soit 5 millions de pièces.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs