Enquête

Le réveil du textile en Pays de la Loire - La chaussure prend la voie verte

La filière chaussure, Éram en tête, tente de défendre ce qui subsiste de la production régionale en valorisant l’éco-conception, le recyclage et la réparabilité.

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La Manufacture d'Éram, qui produit chaque année 280 000 paires de chaussures premium, s'est ouverte à d'autres marques.

Rudement éprouvée depuis les trois dernières décennies, l’industrie de la chaussure des Pays de la Loire maintient encore une vingtaine d’usines et d’ateliers et 1 100 emplois en production. La Manufacture d’Éram à Montjean-sur-Loire (Maine-et-Loire) est l’une des héritières de cet âge d’or. Là, 140 salariés perpétuent les dizaines de gestes nécessaires à la fabrication d’une chaussure (découpe, piqûre, assemblage…) pour un volume de 280 000 paires par an contre 480 000 paires en 2018, l’atelier s’étant recentré sur les produits premium.

"La Manufacture se réinvente, observe Jean-Olivier Michaux, son directeur industriel. Il y a cinq ans, elle travaillait pour trois marques du groupe. Aujourd’hui, elle intervient aussi pour dix clients externes, elle développe sa marque de baskets éco-conçueset des activités de reconditionnement et de formation." Le Coq Sportif, 1083, Jules & Jenn et Archiduchesse font partie de ces clients prêts à payer le surcoût du made in France. "Ici, le salaire le plus faible, charges comprises, s’élève à 1800euros contre 800euros au Portugal. Or la main-d’œuvre représente 30 à 40% du prix" détaille Jean-Olivier Michaux. À Jarzé, non loin de là, Éram (6 000 salariés dans le monde dont 1 500 dans les Pays de la Loire) possède une autre usine, où 40 salariés œuvrent sur des process robotisés d’injection de polyuréthane, pour près de 500 000 paires par an.

La marque Sessile, une gamme de sneakers née au sein de la Manufacture en 2019, est l’une des initiatives d’Éram pour exister sur le créneau émergent de la chaussure éthique et éco-responsable. Jean-Olivier Michaux fait valoir une émission de 6 à 7 kg de CO2 par paire contre 12 kg pour un modèle conventionnel. TBS, autre filiale d’Éram typée voile et tennis, suit une voie semblable avec Re-Source, une chaussure vegan recyclable à l’infini. En fin de vie, polyamide et caoutchouc sont broyés et intégralement reconditionnés.

Humeau Beaupréau (23 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020) est un autre pionnier du recyclage. Cette société familiale, qui fabrique notamment la célèbre sandale translucide Méduse mais aussi les bottes Umo et Bodou, recyclait déjà 100 % des chutes de PVC de ses produits injectés. Désormais, avec l’éco-organisme Refashion, l’entreprise, forte de 145 salariés à Beaupréau (Maine-et-Loire), va recycler ses produits en fin de vie. La collecte auprès des distributeurs commencera après l’été pour une phase de test sur les process de nettoyage, de débactérisation et d’analyse du cycle de vie. Anne-Céline Humeau, la dirigeante, se donne un an pour valider le process qui pourrait passer en phase industrielle en 2023.

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Du cuir avec de la pomme et du maïs

Le vendéen Shoemakers poursuit aussi cette stratégie de différenciation sur un marché de la chaussure enfant déjà très éprouvé avant la crise. La société, connue sous les marques Pom’d’Api, Clotaire, Ten IS… avance sur la mise en œuvre de cuir végétal à base de coproduit de la pomme ou d’amidon de maïs. La société, qui emploie 40 salariés en Vendée et 120 dans son usine tunisienne, œuvre parallèlement sur le recyclage de ses chutes de cuir dans des séries limitées. Le sourcing auprès de tanneries certifiées, des doublures sans chrome, des pièces métalliques sans nickel, et le coton bio font aussi partie de son argumentaire écologique, "bien que tous les consommateurs ne soient pas sensibles à cela", tempère Arnaud Bayeux, le président de Shoemakers, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 13,5 millions en 2020.

Le made in France éco-conçu inspire aussi de nouveaux entrants tels Veets, lancé en 2016 par Steve Brunier, un passionné de course à pied. Sur cette famille de produits de runing totalement accaparée par l’Asie, Veets a réussi à produire 10 000 paires l’an passé à partir de mesh (textile) recyclé, principalement dans un atelier du Longeron (Maine-et-Loire). Le stéphanois BV Sport, qui vient de racheter la marque, compte maintenir la fabrication dans l’Hexagone, mais du côté de Saint-Étienne (Loire). À Nantes (Loire-Atlantique), les marques Faguo et N’go Shoes privilégient l’éthique à la fabrication française. N’go Shoes a doublé son chiffre d’affaires à près de 1 million d’euros l’an passé, avec près de 30 000 paires fabriquées au Vietnam où la société fait travailler 40 tisseuses. Relocaliser ? "On suit l’idée, mais rien de concret", indique Kévin Gougeon, son cofondateur, arguant que cela doublerait le prix de la paire, à plus de 200 euros. 

Mulliez-Flory confectionne le tee-shirt connecté de Chronolife

Rythme cardiaque, température du corps, respiration... Le tee-shirt de Chronolife restitue l’ensemble de ces paramètres physiologiques par le biais de capteurs insérés dans le textile. Selon Laurent Vandebrouck, le directeur de cette start-up parisienne, il permet notamment un suivi des patients souffrant des séquelles du Covid-19. Mais l’objet intéresse aussi les sportifs. C’est à Mulliez-Flory que Chronolife a confié sa fabrication. Cette société de 250 salariés (112 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020) est l’un des leaders français du vêtement professionnel et des textiles médicaux. À Sèvremoine, près de Cholet (Maine-et-Loire), Mulliez-Flory démarre en juillet la confection de ce tee-shirt en coton élasthanne et l’intégration des dispositifs électroniques complexes (capteurs, carte électronique, interface radio, batterie et fils textiles conducteurs) nécessaires au recueil des données. Mulliez-Flory a déjà innové dans le textile connecté avec Securidrap, pour le couchage sécurisé des patients, et Wip, un dispositif améliorant l’ergonomie au travail et prévenant les collisions entre les salariés et les machines dans les usines et les entrepôts.

 

La chasse aux composants nocifs

Colorants azoïques, phtalates, chrome 6, nickel et autres métaux lourds... Né en 2017 dans les Pays de la Loire, le label Innoshoe a permis aux industriels de la chaussure de la région d’éradiquer l’essentiel des substances nocives et allergènes. Ce travail collaboratif est une initiative du Groupement régional de la chaussure, avec les sociétés Arima, Boche, Borlis, Cléon, La Manufacture (Éram), Toogbb, et Un Tour en Ville - Chaussures Peigné. Il leur permet, par le biais de campagnes régulières de tests chimiques confiés par des laboratoires accrédités, de vérifier si leurs sous-traitants et fournisseurs se conforment à leur cahier des charges en termes d’innocuité. Le label devrait prendre prochainement une dimension nationale dans le cadre de la loi Agec sur le recyclage.

 

La région Pays de la Loire en chiffres

Etablissements 345

Salariés 11 277

Fabrication de textiles 2 873

Habillement 2 994

Cuir et Chaussures 5 410

Source : Urssaf (décembre 2019)

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