[Covid-19] Sans débouchés suffisants, la filière pêche plonge

Sans pouvoir commercialiser leur production dans la restauration hors-foyer ni l’exporter facilement, les professionnels de la pêche sonnent l’alarme.

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Criée du port de Lorient - 20/10/17
L'activité est réduite sur les marchés à la criée.

Faute de débouchés suffisants, la filière pêche souffre. Lors de la semaine du 16 au 21 mars, dans les halles à marée françaises, les prix moyens ont perdu 30 % par rapport à la même semaine de 2019. Au cours de la semaine du 9 au 14 mars (semaine 11) la baisse était contenue à 16 %. Les ventes déclarées en criées du bar ont plongé, avec pour conséquence une baisse du prix moyen de 59 % en deux semaines (au 21 mars). Toutes criées françaises hors Méditerranée, les volumes de sardines vendus à la criée ont reculé de 88 % entre les semaines 10 et 12, et de 28% en valeur.

"Les marchés à l’export se sont réduits petit-à-petit, notamment en Italie et en Espagne. L’annonce de la fermeture des établissements scolaires puis de la restauration commerciale a marqué un autre coup d’arrêt de la demande, les clients en restauration hors-foyer ayant quasiment disparu", indique Yves Foëzon, directeur de l’organisation de producteurs Les Pêcheurs de Bretagne (environ 650 navires).

Des mesures annoncées à l’échelle européenne

Face à l’urgence de la situation, la Commission européenne a incité, vendredi 20 mars, les Etats membres à mettre en œuvre plusieurs mesures de soutien, en vertu du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (Feamp) et du nouveau cadre temporaire pour les aides d'État instauré la veille. Ils sont désormais autorisés à soutenir les pêcheurs, les femmes et les producteurs aquacoles concernés en laissant jusqu'à 120 000 euros d’aides par entreprise au moyen de subventions directes, d’avances remboursables ou d’avantages fiscaux.

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Dans un entretien accordé à Ouest-France, le président de la commission pêche du Parlement européen Pierre Karleskind incite la Commission à aller plus loin en indemnisant les bateaux ou les entreprises conchylicoles ne pouvant plus travailler, ainsi qu’en soutenant les organisations de producteurs afin qu’elles achètent et stockent les invendus. Une pratique qu’ont déjà cessé plusieurs organisations de producteurs. Celles-ci peuvent garantir la possibilité, via des ordres d’achat, d’acheter par défaut la marchandise à un prix défini à l’avance, inférieur au prix de marché, avec des partenaires industriels pour assurer les débouchés. "Quand on arrive à acheter 40% d’une criée, ce n’est pas durable", appuie Yves Foëzon. "Les marins, comme tous citoyens, peuvent avoir peur de prendre la mer", poursuit le responsable : en plus du manque de débouchés, les mesures barrières, telles que le respect d’une distance d’un mètre entre deux individus, sont quasiment inapplicables à bord.

Les mareyeurs au ralenti

Les mareyeurs, qui achètent du poisson en gros avant de le transformer et de le revendre, sont aux premières loges de ces difficultés. Lors de la semaine débutée le 2 mars, elle a reculé de 10 % à 30 %. Le chiffre d’affaires s’est effondré de 20 % à 50 % la semaine suivante. La semaine dernière la baisse du chiffre d’affaires a atteint 70 %. "Beaucoup d’adhérents ont mis en place des mesures de chômage partiel", rapporte Peter Samson, secrétaire général de l’Union du mareyage français (UMF).

Dans un courrier adressé au ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, l’organisation sollicite le soutien de l’Etat. "Conformément au règlement (UE) n°717/2014 relatif aux aides de minimis dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, et en tant qu’opérateurs économiques touchés par la crise, les entreprises de mareyage sont éligibles à un soutien temporaire de l’état sous forme d’aides de minimis déplafonnées", rappelle le président de l’UMF, Frédéric Toulliou.

Dans la grande distribution, le frais souffre

"Au vu des scénarii de consommation constatés et à anticiper dans les prochains jours, voire semaines, de période de confinement, il est illusoire de croire que les circuits de vente restant opérationnels pourront écouler ces produits. Par ailleurs, il n'est pas possible de changer les habitudes alimentaires des ménages français ni en quelques jours d'accroître leur appétence à cuisiner du poisson", alertent pour leur part l’Association nationale des organisations de producteurs et l’Union des armateurs à la pêche de France. L’un des rares débouchés restants - les grandes et moyennes surfaces (GMS), qui restent ouvertes (la fermeture des marchés sauf exceptions locales, effective depuis mardi 24 mars, a encore restreint le champ) - ne constitue pas, actuellement, la réponse attendue à la crise.

"Depuis le confinement, côté GMS, les préférences vont nettement vers le libre-service et des formats de conservation plus longs, avec des modes de fréquentation différents dans les magasins", observe Peter Samson. Entre le lundi 9 et le vendredi 13 mars, avant l’annonce de la fermeture des restaurants puis celle du confinement, les ventes de poissons surgelés, qui se stockent plus facilement, ont bondi de 110% d’une semaine sur l’autre dans les hypermarchés et les supermarchés, souligne l’institut Nielsen. Depuis le renforcement des mesures sanitaires et la restriction des déplacements, certains magasins ont par ailleurs réduit leur offre.

"Alors que le secteur de la pêche est fortement touché par la crise sanitaire, dont la moitié des débouchés dépend normalement de la restauration, Carrefour souhaite apporter son soutien et de la visibilité à une filière essentielle de l’agro-alimentaire française", communique l’enseigne. Le groupe s’engage à laisser ouverts "autant qu’il le peut" ses rayons traditionnels. Dans les magasins où ce ne serait pas le cas, la marchandise sera conditionnée afin d’être vendue en libre-service. Intermarché, qui dispose de sa propre flotte, annonce pour sa part le lancement d’une campagne de communication destinée à inciter les consommateurs à acheter du poisson frais lors de leurs courses.

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