Pour la France, c'est une première. Le traitement par anticorps monoclonal du laboratoire américain Lilly a reçu le 22 février une autorisation temporaire pour traiter les patients immunodépressifs atteints par le Covid-19. Les doses sont produites sur le site français de la firme américaine, à Fegersheim (Bas-Rhin).
Injecter des anticorps pour gagner du temps
Autorisé en urgence aux États-Unis depuis novembre 2020, ce traitement palliatif, nommé bamlanivimab, vise à éviter que la maladie ne dégénère en une forme grave pour les patients à risque. Il consiste à injecter des anticorps chez des personnes symptomatiques souffrant d'un déficit immunitaire et "non hospitalisées pour Covid", précise une note de la Direction général de la santé (DGS). Les populations ciblées sont principalement les personnes de plus de 80 ans, les patients ayant subi une transplantation ou en chimiothérapie.
Une fois administrés, ces antigènes, similaires à ceux produits par le corps une fois la maladie guérie, auront "une activité neutralisante dirigée contre la protéine spicule du SARSCoV- 2 en empêchant la pénétration du virus dans les cellules". En freinant le développement de la maladie, le traitement donne ainsi le temps au patient de "fabriquer ses propres anticorps", indique le laboratoire sur son site. Le ministère de la Santé va plus loin, "en luttant contre sa réplication [le bamlanivimab] pourrait neutraliser le virus à la phase précoce de l’infection".
Des conditions de prescription encadrées
En raison de son mode d'administration par intraveineuses, le médicament devra être prescrit à l'hôpital par un médecin hospitalier, qui devra "pré-identifier la population cible au sein de ses patients et participer au suivi de l’efficacité et de la tolérance du traitement", détaille la DGS. Pour garantir un maximum d'efficacité, ce traitement doit être administré dans un délai maximal de 5 jours après le début des symptômes", ajoute-elle. Faute de données suffisantes, le bamlanivimab ne sera pas prescrit pour les variants sud-africain et brésilien.
Un site de production dans le Bas-Rhin
Depuis son autorisation aux Etats-Unis, l'ensemble de la fabrication de bamlanivimab a lieu à Fegersheim près de Strasbourg (Bas-Rhin), où se situe la seule ligne de production de traitement par anticorps monoclonal (destiné habituellement pour les malades du cancer) du laboratoire américain. Outre ce médicament, l'usine alsacienne produit des stylos injecteurs et des médicaments biogénétiques en cartouche dans les domaines de l’endocrinologie et de la rhumatologie, ainsi que des anticancéreux.
Elle comptait 1 426 collaborateurs fin 2019 pour un chiffre d'affaires de 782 millions d'euros. Le président de Lilly France était présent lors de la réunion de crise rassemblant de grands acteurs pharmaceutiques autour d'Emmanuel Macron le 2 février, visant à trouver des moyens pour accélérer la production. Une semaine plus tôt, le laboratoire publiait les résultats d'une étude clinique encourageants concernant le bamlanivimab. Associé à autre anticorps de synthèse, l'etesevimab, non autorisé en France, le risque d'hospitalisation de patients à haut risque aurait baissé de 70%, d'après les conclusions de l'essai clinique de phase trois mené fin 2020.



