[Covid-19] Les barrières se lèvent progressivement pour le trafic routier de marchandises

Après le couac suivant la mise en place du confinement, les autorités ont assoupli les procédures et le secteur s’adapte. Reste le point faible, la pénurie de protection pour les chauffeurs.

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Trafic fluide pour le transport de marchandises... mais pas aisé pour autant en temps de confinement.

La France a fait trop de zèle dans le contrôle du trafic routier de marchandises. Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances, l’a reconnu lundi 23 mars lors d’une conférence téléphonique entre une partie du gouvernement et plusieurs dizaines de représentants de corps intermédiaires allant du transport et logistique à l’agroalimentaire.

La semaine passée, seulement 50 % de l’activité du transport a pu se faire contre 70 % en Allemagne, tout comme en Italie où le confinement est pourtant plus strict. "Avec le durcissement d’un cran annoncé en Italie, les flux vont sans doute se réduire dans le pays", anticipe-t-on chez XPO Logistics.

Maintenir la disponibilité des biens

Dès le 16 mars, la Commission européenne a rappelé que le principe de libre-circulation de toutes les marchandises est "essentielle pour maintenir la disponibilité des biens" même si une priorité donnée aux produits urgents va de soi. "Les mesures de contrôle ne devraient pas perturber gravement les chaînes d'approvisionnement", a-t-elle prévenu.

Pourtant en France, une certaine confusion et des tensions ont régné après l’enclenchement du confinement mardi 17 mars. Parfois sans instructions assez précises, les forces de l’ordre ont cru devoir donner la priorité aux camions transportant des marchandises essentielles (nourriture, produit d’entretien, produit frais, médicaments, équipements sanitaires) et mettre des barrières aux autres.

Le groupe Stef spécialiste du transport frigorifique n’a pas eu à subir de problème en raison de "notre activité 100% alimentaire qui fait notre particularité ", indique une porte-parole de l’entreprise. Mais les remontées de nombreux chauffeurs et entrepreneurs furieux ont afflué sur Facebook. "L’un d’eux a été contrôlé parce qu’il transportait du bois, un autre parce qu’il rentrait à vide", témoigne Jean-Marc Rivera le secrétaire général de l’organisation des PME du transport routier. " Les choses rentrent peu à peu dans l’ordre", constate-t-il avec les autres fédérations patronales, FNTR et TLF.

Le gouvernement a fait retomber la grogne

Les documents à produire par un chauffeur qui se rend de son domicile à son lieu de chargement ont été réduits au minimum. Les entreprises de transport de leur côté jouent la solidarité, certaines mettant leur parking à disposition pour les camions de confrères. Leurs conducteurs sont incités à utiliser l’application FlyTrucks qui recense les services disponibles sur les routes. Le gouvernement a fait retomber la grogne en s’engageant le 20 mars à maintenir "l’ouverture des stations-service, aires de repos, toilettes et restaurants routiers en vente à emporter". Il a assoupli l’amplitude des temps des conducteurs et autorisé la circulation le dimanche.

Reste le point qui fragilise le maillon du transport, la pénurie de masques. Les fédérations craignent des défections de chauffeurs. Face aux carences de l’Etat, aux entreprises de s’organiser. C’est  problématique, "même si nous avons dédié une personne à temps plein à ce sourcing, détaille-t-on chez Stef. C’est pour cela que nous avons demandé à pouvoir intégrer le statut d’Opérateur d’importance vitale".

Hausse du prix du transport

Avec le confinement, il a fallu traiter d’autres problématiques pour maintenir la fluidité du transport routier : se réorganiser pour faire face à des sur-demandes des secteurs en première ligne comme la grande distribution. "30 millions de repas pris habituellement dehors sont désormais pris à la maison. Pour livrer davantage aux commerces, il faut aussi davantage de palettes, de cartons, de plastiques", pointe Fabrice Accary, directeur général de l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF). Pas de problème pour avoir des transporteurs "mais c’est difficile pour eux de trouver des flux retour en raison de la désorganisation de la chaîne logistique. Du coup, on constate une hausse des prix du transport qui peut se répercuter sur le prix alimentaires", conclut-il.

Après ce pic lié aux stocks de précaution constitués par les ménages, le transport routier doit s’organiser pour trouver un rythme de croisière durant la suite du confinement. Des filières industrielles avec des transports amont et aval à assurer vont redémarrer comme le BTP, qui sera suivi par d’autres secteurs en mode dégradé. Là encore, la question des masques sera cruciale.

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