L’Usine Nouvelle.- Quelle est votre réaction aux annonces du Président de la République, Emmanuel Macron et quelles sont les conséquences pour le secteur du transport en France ?
Xavier Villetard.- La situation risque de devenir problématique pour le secteur du transport. On va déjà connaître des semaines voire des mois difficiles le temps que l’activité reprenne en Chine et que les produits recommencent à arriver sur notre territoire. Les entreprises de transport routier en Europe et en France sont déjà très fragiles financièrement pour les plus petites d’entre elles – 85%
des entreprises de transport comptent moins de dix véhicules –, et risquent de souffrir. Il faut espérer que les mesures gouvernementales pour les entreprises permettent de limiter au maximum l’impact sur ces petits transporteurs. Autrement, une potentielle reprise économique pourrait se heurter à une capacité de transport entamée. Après, si le krach se transforme en crise durable, c’est bien entendu un tout autre problème.
Le transport maritime est-il particulièrement perturbé par l’épidémie de Covid-19 ?
Nous avons une lecture du marché au travers de nos clients et des prestataires logistiques, donc un double retour. Sur le transport maritime, nous savons qu’il y a eu de gros problèmes de ressources dans les grands ports chinois, ce qui a créé un goulot d’étranglement. Heureusement, les quantités à transporter n’étaient pas au rendez-vous, ce qui a entraîné des perturbations limitées chez les opérateurs de transport.
C’était lié au Nouvel an chinois ?
Oui, au moment du Nouvel an chinois la demande est traditionnellement très faible, mais habituellement cette période est utilisée pour assurer la maintenance des navires. Du fait de l’absence de personnel dans les ports et chantiers naval, ces révisions ont pris beaucoup de retard.
A combien estimez-vous la part du trafic qui a été annulée depuis la fin des fêtes du Nouvel an en Chine ?
En février et mars, les compagnies maritimes ont dû procéder des annulations dans une fourchette qui évolue selon les cas entre 25 et 60%, en prévision de la faible activité liée à l’épidémie. Le transit entre la Chine et l’Europe par la mer demande trois ou quatre semaines et on commence à ressentir l’effet des navires qui ne sont pas partis à partir du début février.
Les effets de ce ralentissement jouent-ils sur les prix comme l’évoquent certains professionnels du transport ?
La question ne se posait pas vraiment tant que la production était à l’arrêt, les prix étant de fait tirés à la baisse. Mais les entreprises cherchent évidemment à anticiper la reprise des usines en Chine – qui semble se matérialiser – et réservent de la capacité pour tenter de rattraper le retard. On peut donc s’attendre à des hausses très importantes, ce qu’on constate déjà lorsque l’on souhaite un emplacement sur un porte-conteneur en avril par exemple. Il faut s’attendre à ce que les perturbations durent encore deux mois après la fin de l’épidémie, sans doute jusqu’à l’été. Il faut aussi ne pas oublier que les flux vont également d’Europe vers l’Asie, notamment pour le luxe et que la croissance en Chine pourrait repartir avant.
Tous les secteurs qui importent de Chine sont-ils perturbés ?
J’entends dire par mes clients certaines choses. Un distributeur de chaussures qui se fournit exclusivement en Chine n’a pas été perturbé de façon significative, car ses sous-traitants n’opéraient pas dans les zones fermées, suite à l’épidémie.
Est-ce le moment de repenser le sourcing et de relocaliser ?
Nous ne sommes pas dans des solutions à court terme. Mais les industriels et les distributeurs devront avoir une réflexion, surtout ceux qui pratiquent le mono-sourcing. Cela dépend des secteurs d’activités. Mais cela prend des mois, voire des années. Les clients ont également des solutions à court terme. S’il manque une source d’approvisionnement, beaucoup ont monté des cellules de crise quotidiennes pour trouver des solutions dans d’autres pays.
Propos recueillis par Olivier Cognasse



