Transport de voyageurs et de fret touchés, mais pas coulés. Les droits de retrait exercés par plusieurs centaines de personnels d’entreprises de transport, notamment des chauffeurs de bus, n’ont été qu’un feu de paille. La ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, a réaffirmé, le 3 mars, que même au stade 3 de l’épidémie, "il n’est pas question d’arrêter de faire rouler les
trains". À la RATP, on précise qu’il ne s’agissait que de quelques conducteurs, mais qu’après discussions, ils ont repris le travail. Un porte-parole de l’établissement public rappelle que "le droit de retrait ne tient pas dans ce cas. Il ne s’exerce qu’en cas de danger grave et imminent. Si les consignes sont respectées par l’entreprise, il n’y a pas de souci". Chez Keolis, on a recensé jusqu’à 350 conducteurs à l’arrêt, le 3 mars, soit 1,5 % des effectifs du groupe. Mais pas question de faire de la surenchère en matière de sécurité sanitaire. "Nous nous conformons aux consignes du gouvernement, la plus importante est de se laver les mains, affirme Jacques Damas, le directeur exécutif de Keolis. Dire qu’on est en droit de retrait collectif, c’est juste inexact." Et la direction n’a pas l’intention de payer les salariés qui ont refusé de travailler.
Dans le transport de marchandises, les logisticiens s’organisent. "Nous commençons à réfléchir à des alternatives en France pour éviter à nos chauffeurs certaines zones, explique-t-on chez Gefco. Et nous restons attentifs pour les flux entre la France et l’Italie." Mais à l’heure où nous écrivons, l’organisation des grands opérateurs présents dans le pays demeure à l’identique. "À l’échelle de la France, nous assurons tous les enlèvements et les livraisons dans l’Hexagone", confirme ainsi DHL. Le logisticien continue à opérer des flux entre la Chine et l’Italie et à l’intérieur de la Chine, à l’exception bien sûr des zones qui font l’objet de contrôles stricts comme la ville de Wuhan depuis et vers laquelle les vols commerciaux sont annulés et les routes fermées. "Par conséquent, les services d’enlèvement, de livraison et d’entreposage dans la province du Hubei sont actuellement suspendus", corrobore DHL. De son côté, DPD, la filiale du groupe la Poste, n’expédie "plus aucun colis express, depuis le 17 février, vers la Chine, les rares vols étant réservés à des marchandises prioritaires. En revanche, nous recevons toujours des flux livrés par des compagnies aériennes chinoises qui sont nos prestataires pour l’import". Autre exemple : comment continuer de fournir les chaînes de clients qui font fabriquer en Chine des batteries ou des pièces détachées des batteries "La dernière semaine de février, nous avons mis en place un plan de transport sur mesure en affrétant via notre filiale Gefco Special Transport Urgent un vol spécial", raconte l’opérateur.
Quoi qu’il en soit, avec le reflux de l’épidémie en Chine, la perspective d’une reprise progressive se dégage. "Il faudra être agile et capable de mettre en place des schémas alternatifs, c’est ce qui fera la différence. Car la grande difficulté sera de faire tout pour éviter à un moment donné l’engorgement des tuyaux", pronostique Henri Le Gouis, le directeur général Europe de Bolloré Logistics.
Olivier Cognasse et Marc Fressoz



