Dans un communiqué commun, l'UIMM et trois organisation syndicales (FO Métaux, la CFDT Métallurgie et la CFE-CGC Métallurgie) affirmaient le 20 mars que "en raison du contexte et de la gravité de la situation sanitaire, [les] fermetures, totales ou partielles, sont compréhensibles, voire, dans un premier temps, nécessaires". L'UIMM et les trois syndicats demandent, dans le même temps, que les entreprises identifient en priorité les activités vitales nécessaires à leur fonctionnement, à leur reprise, mais aussi aux filières utiles au pays et intra-filières. Car certains équipements, dans les usines, ne peuvent pas s'arrêter du jour au lendemain sans risque.
Mardi 17 mars, toutes les usines métallurgiques tournaient encore, malgré l’épidémie de coronavirus Covid-19 qui a poussé la France à décréter le confinement. "Il y a une très forte volonté de maintenir l’activité coûte que coûte, expliquait Cyrille Mounier, délégué général d’Aluminium France. Certaines usines tournent depuis 120 ans, ce n’est pas un virus qui va les arrêter !" Plusieurs dirigeants de la filière se félicitent de la très forte mobilisation des salariés autour de leurs outils, dont ils connaissent à la fois le coût et l’exigence. Certains évoquaient déjà une "union sacrée" entre salariés et patronat, alors pour sauvegarder l'activité.
Des équipements critiques qui doivent tourner en continu
Dans la production d’aluminium primaire, une coupure devient critique pour le smelter (qui transforme l'alumine en aluminium dans des cuves d'électrolyse) après seulement deux heures. Certains arrivent à redémarrer après quatre ou cinq heures, non sans mal. Pour un fabricant d’alumine, le délai est un peu plus long avant que la situation devienne critique, mais les dommages sont irréversibles.

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Avec 15 % d’opérateurs absents, les usines fonctionnent encore correctement. À 40 % d’absents, un seuil critique absolu est atteint. Alors, la filière a mis en place des formations en interne pour rehausser la polyvalence des salariés. Elle a recensé systématiquement les compétences clés pour tenter de les doublonner. Les dirigeants envisagent même une "bourse aux compétences" qui permettrait de réaffecter sur les équipements les plus sensibles les opérateurs des sites qui peuvent s’arrêter. Y compris de l’acier vers l’aluminium. L’option de faire appel aux retraités du secteur commence à être évoquée.
Éviter la pénurie de main d'oeuvre
Mais il est encore temps d’éviter le pire. Les gestes barrières sont martelés et les équipements de protection individuelle (EPI) soigneusement décomptés. Un chef d'entreprise se plaint d'avoir dû payer les siens 15 euros d'avance, au lieu de 5 euros sur facture habituellement. On revoit les plannings, on tourne plutôt en 2x12 heures qu’en 3x8 heures. On échange des recettes de gel hydroalcoolique, qui est parfois produit en interne dans les labos.
Dans la production d’acier, il est prévu de mettre des équipes entières en quatorzaine à la première contamination, en les remplaçant par une autre équipe complète. "Mais cela a ses limites", reconnaît un dirigeant de site qui ne tient pas à rendre publiques les failles de son plan. Car un seul malade dans deux des trois équipes met l’activité à risque. Pour pallier ce risque, un directeur d’usine a réorganisé les plannings en quinzaines, afin d’éliminer tout contact entre l’équipe A et l’équipe B. La seconde pouvant travailler durant une éventuelle quatorzaine de la première, en cas de contamination soupçonnée ou avérée dans l’équipe.
Des plans de continuité aussi drastiques que discrets
Chez ArcelorMittal, des plans de continuité d’activité (PCA) ont été établis site par site ces dernières semaines. Chacun a identifié les fonctions industrielles clés, poste par poste. Les équipes seront organisées de manière à s’assurer que ces postes soient pourvus en continu, de manière à poursuivre l’activité industrielle. Le groupe a pourtant dû se résoudre à suspendre la production à Florange et à mettre à l'arrêt un haut-fourneau à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) le 19 mars. Le géant mondial de l’acier a également programmé l’arrêt d’un haut-fourneau à Dunkerque, ce qui pourrait signifier une mise en sommeil de la cokerie qui emploie 170 salariés à Serémange-Erzange (Moselle). Cokerie dont l'arrêt définitif était déjà envisagé à l’horizon 2022-2023.
Chez Eramet, le 13 mars, tous les sites étaient opérationnels. Des plans de continuité ont également été établis pour préserver le bon fonctionnement de l’entreprise sur les différents sites en cas d’intensification de l’épidémie. Un contrôle d’accès a été mis en place sur tous les sites, et les visites sont limitées. Pour Aubert & Duval (division alliages haute performance d’Eramet) "ces plans reposent notamment sur l’identification des fonctions dont la présence est strictement indispensable à la poursuite d’activité, des personnes pouvant intervenir en tant que suppléants de ces fonctions en cas d’indisponibilité du titulaire, ainsi que des fonctions pouvant être exécutées à distance (en télétravail)", précise un porte-parole du groupe. Dans les faits, "l’inquiétude monte sur la disponibilité des masques, indispensables dans certains procédés d'Eramet", reconnaît un partenaire du groupe.
GFG Alliance, qui opère en France des sites regroupés sous les marques Liberty (dans l’acier) et Alvance (dans l’aluminium) est également sur le qui-vive. "Un comité directeur mondial a été formé pour surveiller l'impact sur nos opérations et mettre à jour nos conseils aux sites en fonction des besoins". Le portefeuille du groupe comprend notamment l'usine Alvance Aluminium Dunkerque.
"Des mesures drastiques sont prises dans les usines, affirme Cyrille Mounier. Mais certains opérateurs montrent une certaine frilosité à dévoiler leurs plans", qui pourraient permettre d’identifier leurs fragilités. Interrogé par L’Usine Nouvelle, Trimet (électrolyse d’aluminium à Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie) ne souhaite pas dévoiler son plan de continuité, "même dans les grandes lignes". Alteo, à Gardanne (Bouches-du-Rhône), n’en dira pas plus. Alvance Aluminium à Dunkerque (Nord) non plus.
Inquiétudes sur la logistique et les débouchés
Ce que redoute aujourd’hui la métallurgie, c’est l’impact de l’épidémie sur le reste de la chaîne de valeur. "Nous avons des inquiétudes sur nos marchés, l’auto, l’aéro, la construction, reconnaît Cyrille Mounier. Que PSA et Renault s’arrêtent, c’est une catastrophe." Si demain ces mises à l’arrêt s’étendent à la construction, cela mettra en danger les fileurs, toute l’extrusion qui fabrique les profilés de fenêtres. "Même les Italiens n’ont pas arrêté de produire", note Cyrille Mounier.
Déjà, les acteurs de l’aluminium ont du mal à trouver des camions et des chauffeurs. Ils sont préoccupés par la situation des ports. Certains de leurs sous-traitants s'arrêtent, dans le traitement de surface par exemple. La sous-traitance automobile va être gravement touchée ces prochaines semaines. Avec un chiffre d’affaires de 5 milliards, la filière emploie 10 000 personnes et Aluminium France estime à cinq le nombre d’emplois associés pour un emploi industriel.



