[Covid-19] En Allemagne, une stratégie vaccinale déjà définie, mais des débats subsistent

Depuis début novembre, l'Allemagne met en place sa stratégie de vaccination. Un calendrier en avance par rapport à la France ou l'Italie. Mais des débats compliquent la situation Outre-Rhin. 

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Vaccin contre le Covid-19
Si l'Allemagne pourrait vacciner dès mi-décembre, l'idée de sa généralisation fait débat, dans un pays encore marqué par le totalitarisme.

Comme l'Espagne - mais plus tôt que la France ou l'Italie - l'Allemagne a élaboré sa feuille de route pour vacciner sa population dès novembre. Le 6, un document émanant du Stiko (Commission permanente pour la vaccination), un établissement qui gère les différentes compagnes vaccinales du pays, détaille la marche à suivre. Ce plan doit être approuvé par ordonnance du gouvernement fédéral dans les prochains jours, selon la presse allemande. Mais à l'approche des premières vaccinations, des vieux débats refont surface Outre-Rhin.   

Des groupes à vacciner en priorité   

Comme dans le reste des pays européens, le Stiko identifie des groupes à vacciner en priorité. Ainsi le personnel et les résidents des maisons de retraites recevront le vaccin durant la première phase, qui pourrait commencer dès la mi-décembre, soit un mois avant la plupart des pays européens. Autre différence, les autorités souhaitent également immuniser les personnes souffrant de maladie sous-jacentes, qui augmentent le risque de comorbidité. Pour le Stiko, 8,6 millions de personnes seraient concernées dans le pays. Le ministre fédéral de la Santé, Jens Spahn, qui s'est exprimé devant le Bundestag fin novembre, a assuré que "le pays sera prêt". Rappelant dans le même temps que "les premiers jours, les premières semaines et peut-être les premiers mois, il n'y aura pas assez de vaccins pour tous ceux qui veulent se faire vacciner. Il faudra donc faire des choix."

La campagne devrait ensuite cibler les employés essentiels des services publics (policiers, pompiers, enseignants), entre février et mars. Puis le reste de la population. Les deux tiers de la population devraient obtenir une protection vaccinale pour obtenir l'immunité collective selon Berlin - soit environ 55 millions de personnes sur 83 millions d'habitants. Selon le président de la Commission permanente pour la vaccination, cela ne devrait pas aboutir avant 2022.  

Des centres de vaccination déjà prêts pour la première phase

Le gouvernement allemand souhaite recourir à 400 centres de vaccination à travers le pays, en aménageant notamment des lieux publics (anciennes écoles, gymnases, mairies, auberges de jeunesse,…). A Berlin, six centres sont déjà en construction, dont le hall des aéroports de Tegel et Tempelhof (fermés depuis le 3 novembre) et la salle principale du palais des congrès. Dans un second temps, l'Allemagne passera par des canaux de vaccination plus traditionnels, comme les médecins de ville et les pharmacies.    

Une logistique qui doit encore être tranchée

En fonction du nombre de vaccins qui arriveront en décembre et de leurs conditions de stockage, le ministère de la Santé prévoit deux stratégies différentes. La première, dite "centralisée", impliquerait un stockage du gouvernement puis une redistribution en fonction du nombre d'habitants de chaque Land. Elle pourrait être choisie si les volumes de vaccins sont suffisants (le gouvernement ne donne pas de détail sur ce point). Dans le cas contraire, le gouvernement opterait pour une distribution localisée, selon l'avancée de l'épidémie et le nombre de personnes considérées à risque. Des administrations spécifiques à chaque territoire prenaient alors le relais et seraient responsables du stockage et de la distribution des vaccins sur place, ainsi que l'achat des fournitures.

Le groupe allemand Mecotec choisi pour le stockage des vaccins de Pfizer

L'Allemagne estime que 80 millions de doses Pfizer devraient lui être distribuées au sein de la commande européenne de 300 millions de vaccins passée auprès du laboratoire américain et de la société allemande BioNTech, basée à Mayence (Hesse). Son stockage sera assuré par la société Mecotec (Bitterfeld-Wolfen, Saxe-Anhalt), spécialisée dans la technologie de congélation. L'entreprise a développé des grands conteneurs frigorifiques, utilisables à la sortie des usines de fabrication du vaccin, pour les conserver à -80 degrés. Le conteneur peut servir de lieu d'entreposage dans les centres de soins. La chambre froide, d'un volume d'environ 13 m3, serait en mesure d'accueillir jusqu'à 1 million de doses de vaccination, selon le fabriquant.

Conteneur allemand vaccin covid Mecotec
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(Crédit : Mecotec)

Prévention et suivi des patients nourrissent les débats  

Face à la réticence de la population à l'égard du vaccin (40% des Allemands ne souhaiteraient pas se faire vacciner selon les sondages), les autorités veulent créer un "portail de données en ligne". Les informations sur l'âge, le sexe et le lieu de résidence des patients seront enregistrées de manière anonyme, ainsi que des données sur les vaccins administrés. Le vaccin sera pas ailleurs gratuit et non-obligatoire. En parallèle du travail du gouvernement, un groupe parlementaire travaille sur un projet de loi pour assurer une distribution et pour établir les groupes prioritaires. "Une décision éthique aussi importante doit être prise par la législateur, et non par le gouvernement fédéral par ordonnance à la suite de discussions internes dans les salles du cabinet et les bureaux ministériels", a déclaré son chef de file Stephan Thomae. Une proposition appuyée par la présidente du Conseil éthique.   

Un autre débat, plus profond, est lié à l'histoire du pays et à la période nazie. Marquée culturellement par les théories eugénistes et les dictatures, la population nourrit une défiance vis-à-vis des politiques dirigistes. Des inquiétudes relayées par un des chefs de file du parti d'extrême droite AfD, qui a qualifié les décisions d'Angela Merkel de "dictature du coronavirus". Pour y faire face, la chancelière compte s'appuyer sur le Conseil éthique allemand, une institution respectée et très impliquée dans la stratégie de vaccination contre le Covid-19, pour l'aider dans ses choix.

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