La forte baisse des émissions de CO2 enregistrée en 2021 ne sera pas compensée par la hausse en 2021, hormis en Chine. Pour la France, c’est l’occasion de franchir un pas important vers le respect des objectifs fixés à l’horizon 2030. Du moins, si l'on se réfère aux données publiées ce jeudi 4 novembre 2021 par le Global Carbon Project, un programme de recherche international dans le cadre de Future Earth, qui vient de mettre à jour son Global Carbon Atlas.
"L’année 2020 permet à la France de revenir sur la trajectoire de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC-2), avec 396 millions de tonnes de CO2 émis pour un objectif de 422 millions de tonnes, explique Colas Robert, responsable du rapport Secten, qui présente l’évolution des émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques en France au sein du Citepa (Centre technique de référence en matière de pollution atmosphérique et de changement climatique). L’objectif est une baisse de 50% en 2030 par rapport à 1990 [544 millions de tonnes de CO2 étaient alors émis par la France, Ndlr]. En 2020, la baisse a atteint 9%. La hausse du premier trimestre 2021 atteint 8% par rapport à la même période en 2020, mais une diminution de 5% par rapport au premier trimestre 2019."
En France, les émissions doivent baisser de 80 % d’ici à 2050
Colas Robert tempère toutefois cet optimisme en indiquant que pour atteindre les objectifs de l’Union européenne (-55%), certains secteurs vont devoir redoubler d’efforts. A commencer par l’agriculture, qui n’a pas profité du Covid-19 pour abaisser ses émissions, le bâtiment et surtout les transports, qui représentent 31 % des émissions en France. Au Citepa, on rappelle que les émissions ont baissé de seulement 20% dans l’Hexagone entre 1990 et 2019 et qu’elles doivent encore baisser de 80% d’ici à 2050 pour atteindre la neutralité carbone. La trajectoire suppose une réduction des émissions de 3 à 4% par an au cours des prochaines années.
Au niveau de la planète, les effets de la pandémie et des confinements ont permis une diminution des émissions de 5,4% en 2020, mais le rebond en 2021 devrait atteindre + 4,9% (entre 4,1% et 5,7%) pour atteindre 36,4 milliards de tonnes de CO2, selon le Global Carbon Project. Globalement, l’Union européenne et les Etats-Unis devraient voir leurs émissions en retrait en 2021 par rapport à 2019 (en hausse par rapport à 2020), alors qu’elles augmentent en Inde et surtout en Chine.
Aucune baisse des émissions en Chine
Pour l'année 2020, "la baisse est proche de 11% en 2020 pour l’Europe et les Etats-Unis et de 7% en Inde, mais en Chine les émissions ont augmenté de 1,4%, précise Philippe Ciais, chercheur et directeur du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE). Pour 2021, les émissions devraient progresser de 7,6% en Europe et aux Etats-Unis, de 12,6% en Inde et de 4% en Chine. Malheureusement, cette baisse liée à la pandémie a été de courte durée et cet épisode ne nous a pas ramenés au niveau mondial sur la trajectoire de l'Accord de Paris."
Le Global Carbon Atlas démontre que l’Inde et la Chine sont sur une mauvaise trajectoire. En émissions par habitant, la Chine a dépassé l’Union européenne, où elles baissent désormais. Les Etats-Unis restent leader de ce sinistre classement. Le rapport indique également un retour en force du charbon, du gaz et prend en compte le ciment, qui en Chine est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre.
L’équipe de recherche du Global Carbon Project (Universités d’Exeter, East Anglia, Stanford, CEA-LSCE, Cicero,…), financée par la Fondation BNP Paribas, estime qu’il faudra réduire les émissions d’environ 1,4 milliard de tonnes chaque année dans le monde. "La comparaison avec la baisse de 1,9 milliard de tonnes enregistrée en 2020 met en évidence l’ampleur de l’action qui est maintenant requise, et donc l’importance des discussions de la COP26", soulignent ses chercheurs. En espérant qu’ils soient entendus.



