Analyse

Pourquoi la COP26, une conférence des États, concerne aussi les entreprises

La COP26, qui se déroule à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre, est une négociation diplomatique. Pourtant, de nombreuses entreprises s'y impliquent. Pourquoi et que vont-elles y faire ? Réponse en quatre chapitres.

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Lieu de la COP 26 AFP NE PAS REUTILISER
La COP 26 de Glasgow n'accueillera pas que des représentants des Etats et des ONG. Les entreprises aussi seront présentes.

Le 31 octobre, s’est ouverte à Glasgow la COP26. L’événement réunit des dirigeants et négociateurs des pays qui adhèrent à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, des agences internationales et de nombreux acteurs de la société civile. Cette COP est la première où l’on examinera les progrès réalisés – ou pas – depuis la COP21 et l’accord de Paris. COP signifie Conférence des parties, et ces « parties » sont des pays.

Que viennent donc faire les entreprises dans cette affaire ? Car elles seront nombreuses à Glasgow, y compris des sociétés françaises représentées par leur PDG. On pourra y croiser Catherine MacGregor (Engie), Ilham Kadri (Solvay), Pierre-André de Chalendar (Saint-Gobain), Florent Menegaux (Michelin)... Si les entreprises n'interviennent pas dans les négociations, leur présence répond à quatre grandes motivations.

1 - Encourager les négociateurs

La première est d’encourager les négociateurs à aller plus loin dans leurs ambitions. Et il leur en faudra, car l’ONU a calculé que les engagements actuels des États, les CND (contributions déterminées au niveau national), nous mènent droit vers un réchauffement de 2,7°C. « L’idée d’intégrer dans les COP ce qu’on appelle des “non-parties”, c’est-à-dire des organisations non-étatiques, est intervenue après l’échec de celle de Copenhague. Le fait d’inviter des acteurs qui disent : "Voilà ce qu’on peut faire en faveur du climat, voilà ce qu'on veut" est de nature à motiver les négociateurs », explique David Laurent, le responsable du pôle climat et ressources d'Entreprises pour l’environnement (EpE). C’est ce qui permet de créer l'« ambition loop » (« boucle d'ambition »). Car ni les entreprises, ni les gouvernements, ni les citoyens ne peuvent avancer seuls sur la question climatique.

Avant même le début de la COP26, une coalition de 778 entreprises, totalisant 2 700 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et 10 millions de salariés, a envoyé une lettre aux leaders du G20 en les implorant d'agir pour limiter le réchauffement à 1,5°C. « Une harmonisation des politiques au sein du G20 nous permettra de décarboner collectivement nos chaînes de valeur, nos produits et nos services, tout en soutenant nos objectifs communs en faveur du climat et du développement durable », écrivent-ils. Pour Michel Frédeau, associé du BCG, un cabinet partenaire de la COP26, « les entreprises se sont mobilisées comme jamais. C’est important, car cela montre aux politiques qu’elles y croient ». L'apport du business est clé pour les ambitions. Une récente étude du BCG montre qu'on a par le passé sous-estimé la baisse des coûts et la rapidité de déploiement de certaines cleantech. Ainsi, le coût du photovoltaïque était-il trois fois inférieur en 2019 par rapport au niveau qui était anticipé pour cette date en 2008.

2 - Harmoniser le terrain de jeu

Le second objectif des entreprises est de mettre la pression sur les politiques pour harmoniser le terrain de jeu. Cela concerne en particulier les multinationales, qui ne peuvent pas s’engager dans des trajectoires de neutralité carbone sur l’ensemble de leur périmètre sans un cadre réglementaire adapté. « L’engagement des entreprises est facilité par des feuilles de route de pays ambitieuses. Si Total ne s’est engagé sur la neutralité que sur l’Europe, c’est parce qu’il y existe le Pacte vert », explique David Laurent.

Par ailleurs, les entreprises ont aussi une forte attente sur la finalisation de l’article 6 de l’accord de Paris, sur lequel butent les États depuis cinq ans. Cet article concerne les règles internationales de comptabilisation de réduction des émissions carbone afin qu’elles ne soient pas comptées deux fois : une fois par un pays accueillant un investissement de décarbonation sur son sol et une autre fois par un autre le finançant. Cela conditionne la création d’un marché de la compensation carbone solide. « Aujourd’hui, ces règles ne sont pas claires et les projets de compensation sont eux-mêmes de qualité très inégale », décrypte Michel Frédeau. 

3 - Promouvoir leurs solutions

Le troisième objectif des entreprises à la COP26 est de valoriser leurs solutions. À côté de la zone bleue où se déroulent les négociations officielles, se tient une zone verte où sont admis tous les autres intervenants qui y organisent conférences et démonstrations. « Il y a un off de la COP, comme il y a le off du festival d’Avignon », témoigne David Laurent. Le pavillon de l’Union européenne accueille ainsi plus de 150 tables rondes, auxquelles participent de nombreux industriels européens comme Engie, Velux, ABB, Ericsson… La France a aussi son pavillon.

L'université de Glasgow accueille également des événements. Les 7 et 8 novembre se tiendra, dans un grand hôtel de Glasgow, le World climate summit, un forum d’affaires et d’investissement qui réunit des offreurs de solutions, des financiers et des collectivités. Le Medef emmène une délégation à Glasgow qui, selon ses termes, pourra « mettre en valeur le savoir-faire des entreprises françaises dans les domaines des transports propres, de la transition énergétique et de la résilience urbaine » et « échanger avec les représentants publics et privés européens et du monde entier afin de saisir les opportunités des plans de relance et de résilience ».

La COP26, c’est aussi du business potentiel et un immense lieu de networking. Le responsable de la décarbonation d'Atos, Nourdine Bihmane, s'y rendra non seulement pour intervenir dans des tables rondes, mais aussi « pour jouer un rôle central dans le projet Tech for climate action parrainée par le ministère de l'Environnement britannique, et pour examiner et proposer des technologies et des solutions afin de renforcer la résilience et d'atténuer les émissions ». Atos fera notamment la promotion de son application Terra2 qui, grâce aux données fournies par l'Agence spatiale européenne, permet de tracker le carbone et différents polluants de l'air. Les solutions ne sont pas toutes technologiques. EpE organise le 4 novembre une intervention pour le démontrer et inciter les communicants à déconstruire dix stéréotypes qui sont autant de freins à un monde plus durable : le carnivore compulsif, le bonheur dans la consommation, le rêve du pavillon de banlieue…

4 - Communiquer 

Enfin, la COP26 permettra aux entreprises de montrer qu’elles sont actives autour de ce moment fort. La lumière sur les enjeux du climat les met en mouvement. « La COP est un rendez-vous. C’est comme un examen, on s’y prépare et cela accélère l’évolution des business models. C’est très bien d’avoir cette deadline, car cela incite les entreprises à affiner leurs objectifs. Personne ne veut être en retard sur ses concurrents » résume Michel Frédeau. Une conviction partagée par Claire Tutenuit, la délégué générale d’EpE : « Les entreprises doivent montrer qu’elles sont une force agissante positive, qu’elles ne sont pas attentistes. »

Nul doute qu’il y aura de nombreuses annonces lors de la COP26. Hélène Valade, la directrice du développement durable de LVMH, qui passera quatre jours à Glasgow, estime qu'il est temps « d'incarner le passage à l'acte par des actions concrètes. Je parlerai de l'agriculture régénérative que nous mettons en œuvre dans nos vignobles car la biodiversité est liée au climat. Et aussi du passage au biométhane dans nos distilleries, qui divise par deux les émissions de carbone, ou encore de la mise à disposition d'anciens tissus de collection non utilisés au profit de jeunes créateurs dans une logique d'économie circulaire ».

Les annonces viendront d’entreprises, mais aussi de coalitions. Le World economic forum pousse des filières, comme celles du fret maritime, du ciment et de l’aérien, à se positionner sur une demande en produits décarbonés afin de donner une visibilité aux entreprises qui les produisent et de faciliter leurs investissements. La COP est également un lieu d'échange entre entreprises d'un même secteur. « Il existe une coalition engagée de la mode, par exemple, mais il faut que les acteurs se rencontrent pour bâtir les standards, se mettent d'accord sur ce qu'ils demande aux fournisseurs de leur chaîne de valeur », illustre David Laurent.

Une partie du secteur privé est donc engagée, aux côtés de États, pour relever les ambitions de la COP26. Nul doute que dans les débats, les entreprises seront challengées par les nombreux mouvements citoyens qui convergent en rangs serrés vers cet événement.

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