Fruit de la fusion du Mouvement des entrepreneurs sociaux, des entreprises de l’ESS (économie sociale et solidaire) et du réseau Tech for good, le mouvement Impact France - qui rassemble 750 entreprises - tient son université d’été les 26 et 27 août à la Cité universitaire à Paris. Le mouvement a vocation à entraîner toute les entreprises à s’engager pour un impact positif sur la société et la planète.
Intitulé « Université d’été de l’économie de demain » (UEED), l'événement organisé par Impact France offre un riche programme de conférences avec un panel de personnalités politiques (la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, la secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable Olivia Grégoire, Yannick Jadot…), de dirigeants de petites et de grandes entreprises (Jean-Marc Borello du groupe SOS, Adrien Geiger de l’Occitane en Provence, Julie Chapon de Yuka, Corine de Bilbao de Microsoft France, Sylvie Jéhanno de Dalkia et Emmanuel Faber, ex patron de Danone, entre autres). Même Geoffroy Roux de Bézieux, qui tient son université d’été du Medef ces 25 et 26 août, viendra y faire un tour le 27 août à l’occasion d’une table ronde sur « la transition juste ».
Pour accélérer le mouvement de transformation des entreprises Impact France lance 5 propositions qui seront officiellement présentées lors de l'UEED.
Un index d'impact, le même pour tous
La première vise à rendre obligatoire la publication d’un index d’impact écologique et social pour chaque entreprise, à la manière de l’Index égalité femmes-hommes, créé par la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Pour établir ce référentiel commun, partagé et transparent, Impact France a créé un outil autour de 5 piliers (place de la mission dans l’activité de l’entreprise, impact écologique, impact social, partage de la gouvernance, partage de la valeur) avec des objectifs et des seuils à atteindre. Par exemple, la part d’énergies renouvelables utilisée, la réduction annuelle des émissions de carbone et autres gaz à effet de serre (GES), la part de salariés handicapés employés, le pourcentage de femmes au conseil d’administration, le pourcentage des achats réalisés en France et en Europe... Une initiative louable, mais qui se heurte en particulier sur le volet environnemental à la diversité des situations d’entreprises et de leurs secteurs d’activité. Selon le domaine, l’effort d’une baisse annuelle de 5% de ses GES n’a pas la même portée. Or, dans l’outil d’Impact, tout le monde passe sous la même toise. Cette logique d’indicateurs est un chantier titanesque auquel s’attaque d’ailleurs la Commission européenne, qui imposera des normes de reporting RSE pour les entreprises cotées, à partir de 2024 pour les grandes et de 2026 pour les PME.
Des politiques publiques à impact
La deuxième proposition est de conditionner l’octroi des aides publiques à la transparence des engagements en matière sociale et écologique. Là aussi, le diable est dans les détails et dans le niveau des engagements exigés. Un exercice délicat pour la puissance publique.
La troisième proposition vise à accélérer la prise en compte du développement durable dans la commande publique. Si la loi climat et résilience l’a inscrite dans les principes, le mouvement Impact propose que les dispositions soient mises en œuvre d’ici trois ans et non cinq ans, en formant dès maintenant les acheteurs publics.
Soutien fiscal
Le volet d’incitation fiscale n’est pas oublié, puisque la quatrième mesure s'articule sur la mise en œuvre d'un crédit d’impôt « Transition », représentant 10% des montants engagés, pour financer une amélioration des organisations pour répondre aux objectifs de l’accord de Paris ou lutter contre le développement des inégalités.
Enfin, la dernière disposition concerne un secteur en particulier, celui des produits agro-alimentaires, puisqu’il consisterait à créer au-delà du « Nutri-score », qui existe déjà, un « Planet-score » qui prendra en compte non seulement l’impact sur la santé du Nutri-score mais aussi ceux sur la biodiversité, le climat et le bien-être animal. Un affichage environnemental est déjà prévu dans la loi climat et résilience sous la forme d’un « Eco-score » pour les produits alimentaires à partir de courant 2022 ou 2023.
Dans le sens de l'histoire
La plupart des propositions du mouvement Impact vont clairement dans le sens de l’histoire, puisqu’elles sont au cœur des objectifs affichés d’une grande majorité d’entreprises et à l’agenda des dirigeants européens. Reste à inscrire cette transformation dans la réalité des entreprises, car ce changement de modèle nécessite de lourds investissements, comme l’indique l’économiste Jean Pisani-Ferry. Ce dernier alerte dans une note récente, « Climate policy is macroeconomic policy, and the implications will be significant », sur le coût économique pour les entreprises de l’obsolescence de certains équipements mais aussi le coût en emplois des transformations d'activité et sur une possible inflation à gérer. « La transition est vouée à impliquer des frictions », conclut l'économiste, qui ne remet pas en cause la nécessité du changement. Reste à engager le mouvement au niveau des entreprises, comme y incite Impact France.



