Consigne sur les bouteilles : des élus locaux dénoncent le "greenwashing" des industriels des boissons

Les représentants des collectivités dénoncent la mainmise des industriels sur le projet de consigne des bouteilles en plastique envisagé par le gouvernement. Jugée contreproductive, tant du point de vue environnemental, économique que social, l’initiative coûterait plusieurs centaines de millions d’euros de recette aux collectivités « sans réduire la pollution plastique », assurent les élus.

 

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b:bot machine de déconsignation / collecte et tri des bouteilles plastique de la start-up Green Big
Mardi 18 avril, des élus locaux réunis au siège de l'association des maires de France (AMF) affirment que le projet de consigne pour recyclage du gouvernement répond davantage à des intérêts financiers privés qu'à une vocation environnementale.

«Aberration», «arnaque intellectuelle» et «greenwashing». Les représentants de collectivités ne mâchent pas leurs mots à l’égard des industriels, du gouvernement et de l’éco-organisme Citeo sur le thème de la consigne des bouteilles en plastique. Il s'agit de les récupérer pour les recycler et non pour les réemployer directement. Mardi 18 avril, au siège de l’Association des Maires de France (AMF), une dizaine d’élus locaux ont réitéré leur refus de voir adopter un système qui doit, selon eux, servir les intérêts privés au détriment de ceux de la collectivité.

Ecarté de la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire en 2019, suite à une première mobilisation d’élus, le projet gouvernemental de déployer la consigne pour recyclage, a refait surface en début d’année 2023. Pour accélérer sur la gestion de ce déchet recyclé à 61% par la France, la secrétaire d'État à l'Écologie, Bérangère Couillard, avait invité le 31 janvier, les parties prenantes (industriels, embouteilleurs, distributeurs, collectivités territoriales, associations de consommateurs et ONG) à nouer le dialogue afin d'atteindre un meilleur taux de collecte des bouteilles et de viser 100 % de plastique recyclé. Les résultats de la concertation sont attendus en juin.

300 millions d’euros de déficit pour le service public

Les élus multiplient les arguments pour dénoncer une mesure qui, selon eux, «déstabiliserait le système public de collecte des déchets sans améliorer la collecte du plastique». Rappelant que les bouteilles en plastique représentent moins de 10% des déchets plastiques en France, les représentants des territoires estiment que la consigne n’est pas nécessaire pour atteindre l’objectif de la loi Agec qui fixe à 77% en 2025 et à 90% en 2029, la collecte des bouteilles en plastique. Les représentants des territoires font notamment valoir les millions d’euros investis ces dernières années pour déployer l’extension des consignes de tri grâce à laquelle tous les emballages sont désormais collectés via le bac jaune. Ils s'insurgent face au manque à gagner sur un déchet qui, massivement ramené dans des automates de déconsignation, engendrera une perte de 300 millions d’euros pour leurs collectivités. Avec pour conséquence, selon eux, une hausse de la fiscalité locale entre 12 et 20 euros par foyer.  

Un gain de 700 millions d’euros pour les industriels

En revanche, pour les industriels qui mettront la main sur le précieux gisement de bouteilles, les élus avancent un gain d’environ 700 millions d’euros. Ces derniers partent d’une hypothèse : 15% des bouteilles ne seront pas ramenées par les consommateurs dans un premier temps. Avec un montant de la consigne (environ 20 centimes) qui restera dans la poche des industriels, ces derniers capteraient une manne d’environ 400 millions d’euros. Une somme à laquelle s’ajouteront les recettes de la vente de matières plastiques pour environ 150 millions d’euros, et les 170 millions d'euros d’économie réalisés sur l’éco-contribution versés normalement par les industriels à la filière REP emballages. Les industriels de l’agroalimentaire, en récupérant ces déchets, prépareraient aussi l'avenir en sécurisant une matière de qualité devenue stratégique. Même si la loi AGEC prévoit une réduction de 50% des bouteilles de boissons en 2030, des taux d’incorporation de matière recyclée sont à l’étude au niveau européen dans le cadre du futur règlement sur les emballages et déchets d’emballages. 

Entretenir le modèle de consommation du plastique à usage unique

«Nous sommes tous rassemblés pour dénoncer cette arnaque intellectuelle qu’est cette notion de consigne et ce dispositif qui a un seul objectif en réalité : capter une manne financière sur le dos des consommateurs et des contribuables. C’est un paravent pour un gouvernement qui n’a rien trouvé d’autre pour avancer sur les sujets environnementaux et de déchets», jugent unanimement les élus. Les représentants des collectivités estiment que la consigne pour recyclage entretient un modèle de consommation de contenant à usage unique en plastique en rendant le consommateur "captif financier de la mesure" dans un contexte déjà inflationniste.

En Allemagne, où le dispositif existe depuis des années, « le recyclage est certes élevé, indique le dossier de presse de l’événement, mais la consommation et la production d’emballages plastiques sont également les plus élevées en Europe et continuent d’augmenter ». Evoquant le greenwashing des fabricants de boissons –Coca-Cola, Danone et Nestlé en tête-, les représentants des territoires estiment que la consigne pour recyclage participe à détourner l’attention des Français sur leur engagement en faveur de l’environnement. La consigne «doit laisser l’idée aux gens qu’il y a des avancées en matière de gestion de déchets alors que les vrais problèmes, les pots de yaourt et autres emballages multicouchesne sont toujours pas réglés», affirment les élus. 

Citeo veut mobiliser toutes les parties prenantes

Pour Citeo, dont le rôle est de percevoir l’éco-contribution pour déployer des solutions de réduction de l'impact environnemental des emballages ménagers et papiers, «le dispositif actuel porté par les collectivités et les entreprises a démontré son efficience» mais reste insuffisant au regard des objectifs «très ambitieux fixés à la filière». L’éco-organisme, qui rappelle les 13 milliards d’euros investis en 30 ans par les industriels dans le dispositif actuel affirme : «Le seul moyen d’atteindre ces objectifs au service de la réduction de l’impact environnemental pour tous les matériaux est de mobiliser toutes les parties prenantes et tous les leviers à disposition y compris ceux qui fonctionnent ailleurs en Europe».

Une prise de position qui ne convainc pas les élus qui rappelle que l'Etat et Citeo s'étaient engagé en 2020 à développer la collecte des 15 % de bouteilles consommées hors foyers. «Elles sont très faiblement collectés, dégradant le taux de collecte et de recyclage global. Deux ans après, nous constatons que rien n’a été lancé à part quelques expérimentations». A moins que les propositions formulées par la plateforme des associations de collectivités locales visant notamment à collecter et recycler 90% des bouteilles plastiques convainque, des bornes de récupération pourraient apparaître dans le paysage, au plus grand bénéfice des spécialistes de ces équipements comme le leader norvégien Tomra. 

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