Bérangère Couillard pilote la consigne pour recyclage

La secrétaire d'État à l'Écologie réunit quelque 70 parties prenantes pour évaluer la portée de cette disposition controversée de la loi Agec.

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Bouteilles de plastique à recycler
La consigne pour recyclage a pour ambition de doper le taux de collecte des bouteilles en PET.

C’est parti ! La première réunion de concertation sur la consigne pour recyclage des bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) se tient le lundi 30 janvier. Industriels, distributeurs, collectivités locales, associations de consommateurs et organisations non gouvernementales (ONG) : quelque 70 parties prenantes sont conviées par Bérangère Couillard au ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. La secrétaire d'État à l'Écologie lance ainsi les débats sur la disposition de l'article 66 de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) qui avait déclenché une polémique homérique en 2019 pour aboutir à une impasse, puis à une clause de revoyure en 2023. Le principe ? En attribuant une valeur – les 10 ou 20 centimes sont souvent évoqués – à un emballage,

les consommateurs sont incités à les déconsigner avec des automates. « Grâce au dialogue qui va s'instaurer sur plusieurs mois, nous pourrons prendre la décision qui répondra au mieux à nos objectifs principaux : atteindre un meilleur taux de collecte des bouteilles, viser 100% de plastique recyclé, développer le réemploi et lutter contre les dépôts sauvages », indique Bérangère Couillard. Les conclusions sont attendues en juin.

Faible score

Les grands enjeux n’ont pas changé. Le premier est écologique. Selon le bilan de Citeo, le taux de recyclage de 59% en 2021 des bouteilles et flacons en PET et polyéthylène haute densité (PEhd) demeure insuffisant. Les plastiques sont au total recyclés à 30%. Toujours pour cet exercice 2021, la société agréée pour la valorisation des emballages et papiers ménagers au titre de la responsabilité élargie des producteurs (REP) fait état d’un taux global de 72%. Sur un gisement total de 5,3 millions de tonnes, les plastiques représentent 23% à 1,2 million de tonnes dont 480 000 tonnes de bouteilles et flacons. Le faible score de recyclage est notamment lié aux ratés de la collecte de la consommation hors foyer, or les objectifs européens sont de 77% en 2025 et 90% en 2029. « La marche à franchir est grande », résume Bérangère Couillard dans un entretien accordé au quotidien Ouest-France le 29 janvier. Le deuxième est financier. Négociée entre 600 et 700 euros, la tonne de PET triée par les citoyens dans le bac jaune est devenue une véritable manne pour les collectivités locales. La consigne pour recyclage peut donc déstabiliser ce dispositif qui fait l’objet d’investissements importants depuis 1992.

Prix facial

En cette période d’inflation, le troisième concerne les consommateurs. Appliquée à une seule typologie d’emballage, la consigne pour recyclage augmente le prix facial d’une bouteille en PET par rapport à une bouteille en verre ou une canette métallique. Ce risque de distorsion de concurrence est bien identifié : « On focalise sur les bouteilles en plastique d’eau PET et PEHD, omniprésentes dans notre vie. Or, le verre, les cannettes métalliques et les briques seront aussi examinés », précise Bérangère Couillard à Ouest-France. Alors que l’extension des consignes de tri (ECT) concerne l’ensemble du territoire métropolitain, se poserait alors l’équilibre entre les recettes issues des matériaux triés et recyclés depuis des dizaines d’années et le financement des flux en développement. Les associations de consommateurs relèvent enfin le coût prohibitif pour les consommateurs qui oublieraient de déconsigner leurs emballages.

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Gratifications

Le quatrième est sociologique. « La consigne monétarise un geste de tri, qui risque de se dévaluer complètement. Elle risque de réduire la mobilisation des Français pour trier leurs déchets chez eux », analyse Nicolas Garnier de l'association Amorce qui regroupe des collectivités. Identifié, le risque est de voir un transfert « sauvage » du bac jaune vers les automates notamment déployés dans les points de vente ou les parkings des grandes distributeurs. Le modèle repose actuellement sur des gratifications de quelques centimes, sous la forme de bons d’achats par exemple. Autant d’arguments qui font dire au Cercle national du recyclage (CNR) qu’il s’agit d’une « fausse bonne idée » dont le coût s’élève à 215 millions d’euros.

100%

Pour les promoteurs de ce système, les bénéfices sont, en revanche, immédiats. Les grands acteurs des boissons comme Coca-Cola rappellent que la consigne pour recyclage dope, dans les pays où elle est instaurée, les taux de collecte à près de 100%. Ces « metteurs sur le marché » manquent d’ailleurs de matière pour remplir leurs objectifs d’incorporation de plastique recyclé. Le PET recyclé (rPET) est devenu une ressource très rare donc stratégique. Une bouteille peut aujourd’hui être constituée de 100% de rPET. À condition d’en avoir suffisamment.  

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