Lors de son pic du printemps 2020, l’épidémie de Covid-19 a paralysé les chaînes d'approvisionnement. Alors que s’annonce le temps de la reprise – avec notamment l’arrivée prochaine de plusieurs vaccins – les supply chain se réorganisent et revoient la hiérarchie des aléas auxquels elles doivent se préparer.
Le risque sanitaire, "largement sous-évalué" selon Laurent Giordani du cabinet Kyu, devient par exemple la nouvelle priorité des risk managers et autres responsables d’achats, souligne le cabinet de conseil dans un baromètre réalisé auprès d’une centaine d’entreprises françaises et publié le 23 novembre. Le document s'intéresse à cette nouvelle hiérarchie des menaces. "Nous avons demandé aux entreprises de classer les risques selon leur occurrence et leur impact", pointe Laurent Giordani.
"Les entreprises sont allées à la limite du modèle"
Sans surprise, la menace sanitaire arrive donc en tête des préoccupations. Suivie de près par le risque économique. "Les donneurs d’ordres s’attendent à des faillites à répétition dans leur panel de fournisseurs, avance Thibaud Moulin, consultant de Kyu. C’est la conséquence d’une demande en baisse, qui pèse sur la trésorerie." A ces incertitudes s’ajoutent de nouvelles contraintes réglementaires – fermetures de frontières, protectionnisme économique… – qui grèvent le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement.
"Cette crise nous fait réaliser que les entreprises sont allées à la limite du modèle des supply chain mondialisées et optimisées, estime Laurent Giordani. Trente ans d’optimisation effrénée ont fragilisé les supply chain au-delà du raisonnable, les exposant à des risques."
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Interconnectées et mondialisées, les supply chain se sont retrouvées paralysées. "Les entreprises se sont aperçues qu’elles dépendaient toutes des mêmes chemins logistiques, notamment des voies maritimes venant de Chine, souligne par exemple Thibaud Moulin. Une concentration qui montre ses limites lorsque le pays est bloqué et qui constitue un risque d’engorgement des flux." Contraintes au télétravail, elles ont aussi pris conscience de l’importance des risques cyber.
Outils insuffisants
Par son ampleur et sa soudaineté, la crise sanitaire a par ailleurs mis à mal les outils habituels de gestion des chaînes d’approvisionnement. Les systèmes d’évaluation de la santé économique des fournisseurs, basés sur des données au long terme, se révèlent inadaptés à la réalité d’un marché qui chute brutalement. Les stocks de sécurité se montrent insuffisants. Et la traçabilité numérique des produits, lorsqu’elle est mise en place, ne permet pas forcément d’ouvrir de nouveaux canaux d’approvisionnement. "Ces outils ne suffisent pas pour faire face à une crise de cette ampleur", souligne Thibaud Moulin.
Face à ce constat, les donneurs d’ordres s’adaptent. Ils renforcent et déplacent leur stocks de sécurité, se constituent des hubs logistiques dans plusieurs régions du monde ou élargissent leurs plans de continuité – habituellement centrés sur un site de production – à leurs fournisseurs, leur garantissant un carnet de commande suffisant pour leur assurer la pérennité. Ils mettent aussi les outils du numérique à profit, pour situer et modifier les flux d'approvisionnement en temps réel, anticiper et simuler l’impact de différents scénarios. Faisant un pas de plus vers la tant convoitée résilience des supply chain.



