Des vols qui se raréfient et les coûts de fret aérien qui s’envolent, des navires bloqués dans les ports chinois (50 % des départs sont annulés, selon le cabinet Kearney), une ligne ferroviaire interrompue entre Wuhan, en Chine, et Dourges (Pas-de-Calais), ce qui pose de gros problèmes à Decathlon... La supply chain sera dans les prochaines semaines la première victime économique du coronavirus. Si l’épidémie se transforme en pandémie pendant plusieurs mois, ce sont tous les approvisionnements à partir de l’usine du monde qui seront très perturbés.
"Si la crise s’arrêtait maintenant, il faudrait attendre la fin mai pour retrouver une situation normale dans le transport et la logistique, explique France?Beury, la déléguée aux Affaires européennes et internationales de l’organisation professionnelle TLF Overseas. Très peu de bateaux quittent la Chine, car il n’y a plus de personnel dans la plupart des ports. Les conteneurs vides y sont bloqués et il existe une crainte de carence en Europe, donc de ne plus pouvoir exporter vers les autres régions du monde. Le nombre de vols quotidiens entre l’Europe et la Chine est passé de 12 000 à 1 500 et le prix du fret aérien a triplé, voire?quintuplé, quand on trouve de la place."
Selon TLF, les prévisions pour le transport maritime s’orientent vers une baisse de 50 % du trafic en mars par rapport à février, alors qu’il était déjà en recul. Et avril devrait encore enregistrer une chute de 30 % par rapport au mois précédent. Une situation qui inquiète les industriels. "Ce qu’il faut plutôt surveiller c’est l’impact indirect, celui sur la supply chain", a rappelé Patrice?Caine, le PDG de Thales, à l’occasion de la présentation des résultats annuels du groupe. L’organisation professionnelle France Chimie craint "une prolongation des arrêts d’un ou deux?mois qui provoquerait des problèmes de production et de continuité dans la supply chain". Autre exemple : Gildas?Barreyre, le directeur de l’énergie et des affaires publiques de Seqens, industriel de la pharmacie, considère qu’à "échéance de deux ou trois?mois, les chaînes d’approvisionnement vont se tendre, et si un maillon casse, toute la chaîne sera bloquée".
Si la crise s’éternise, les opérateurs de transport vont devoir s’adapter. Des productions pourront-elles être relocalisées dans d’autres régions du monde, sera-t-il possible de réallouer les capacités maritimes ou de trouver des solutions avec d’autres modes de transport ? Selon le cabinet Kearney, les industriels doivent "développer une visibilité claire de leurs chaînes d’approvisionnement dans leur ensemble : acteurs et étapes primaires, secondaires et même tertiaires", indique-t-il dans une note du 24?février. Il faut aussi intégrer le fait que "des crises comme l’épidémie de coronavirus vont désormais se reproduire régulièrement. Il convient donc de déterminer en amont quels plans fonctionnent le mieux pour atténuer les dommages".
"Le jour où les bateaux repartiront et qu’ils auront accosté dans les ports européens, ils vont saturer la chaîne logistique, notamment en France", s’inquiète d’ores et déjà TLF. Une situation transitoire qui annoncera la fin des nuages sur la supply chain.??



