[Edito] La supply chain doit se réinventer

L'édito de Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle
Christine Kerdellant, directrice de la rédaction

Avec l’épidémie de Covid-19, les chaînes d’approvisionnement ont été mises à rude épreuve et, comme toujours, les crises accélèrent les mutations latentes. Quelles leçons tirer de ces deux mois hors normes ?

La régionalisation des flux et des réseaux va se poursuivre... lentement. Le passage de la globalisation à une multirégionalisation de la production était une tendance de fond. « Les ruptures d’approvisionnement rencontrées lors de la crise du Covid-19 devraient accélérer cette relocalisation des flux et des réseaux industriels amorcée avec la convergence des salaires nets de productivité, les barrières douanières accrues, les technologies de l’industrie 4.0 et les exigences de sustainability », explique Olivier Scalabre, directeur associé senior au BCG. Mais ne nous attendons pas à des relocalisations massives ou immédiates.

Dans le domaine de la santé, rouvrir des usines pour produire les principes actifs des médicaments paraît utopique, car ce sont les risques de pollution et la réglementation qui ont poussé à les délocaliser en Inde ou en Chine, plus que le coût. Néanmoins, le rapatriement de certaines productions emblématiques (tests, masques, respirateurs…) sera surveillé de près.

La vélocité des supply chain va s’améliorer grâce au numérique. La digitalisation de la production permet une agilité accrue : si Air liquide, Schneider et PSA lancent en quelques jours la fabrication de respirateurs, c’est grâce aux jumeaux numériques, à l’impression 3D, ou à la formation en réalité augmentée. Les usines très robotisées sont quasiment capables de faire de la manufacture à façon avec des change over très faibles. Mais ce n’est pas suffisant. La crise liée à l’épidémie de coronavirus a mis en évidence la nécessité de la digitalisation, en amont, de la supply chain. Les grands donneurs d’ordres ont découvert qu’ils n’avaient pas une connaissance fine de leurs sous-traitants de rang 1, a fortiori de rang 2 et 3. Or comment redémarrer rapidement si l’on n’a pas la visibilité en temps réel de toutes les ressources disponibles ? Comment tracer les flux, le niveau des stocks, comment être sûr que tout le monde repartira au bon moment et au bon rythme ? Les premiers efforts de digitalisation de la supply chain ont émergé dans la filière électronique, après Fukushima. Le tsunami sanitaire pousse à les étendre à d’autres filières, notamment l’automobile. Grâce à l’IoT pour la traçabilité des flux, à l’IA pour la prise de décisions, aux jumeaux numériques pour la simulation, les entreprises peuvent composer de nouveaux scénarios, en modéliser les impacts et replanifier instantanément. « La mise en place de supply chain command centers va se généraliser au sein des entreprises, prédit Jean-Marc Soulier, partner chez Wavestone. Ces salles de contrôle et de prise de décision seront la version permanente des war rooms en temps de crise. »

La segmentation des chaînes de distribution en aval des usines. Le confinement a profité à l’e-commerce dans le B to C, malgré la dégradation des délais de livraison. Mais il l’a aussi favorisé dans le B to B. On commande directement à l’équipementier et moins au distributeur, les réseaux de magasins et les agences étant fermés. Cette évolution va encourager les producteurs qui ne l’avaient pas encore fait à segmenter leur chaîne de distribution, et à créer un service à deux vitesses. Voilà comment la supply chain va se réinventer...

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