Comment l’électronique entrevoit sa relocalisation dans le cadre du plan de relance

L’électronique fait partie des cinq secteurs de l’action de relocalisation à 1 milliard d’euros du plan de relance du gouvernement. La filière française compte sur le soutien de l’investissement industriel pour faire revenir une partie de la production délocalisée et réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Asie dans certains composants clés, comme le circuit imprimé.

 

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Carte électronique
L'électronique française en quête d'indépendance dans les composants clés.

L’électronique sort comme l’un des cinq secteurs bénéficiaires de l’action de relocalisation industrielle à 1 milliard d’euros du plan de relance du gouvernement de Jean Castex aux cotés de la chimie, de l’agroalimentaire, des intrants et applications industriels de la 5G. Eric Burnotte, président du Snese, le syndicat professionnel de la sous-traitance électronique, ne cache pas sa satisfaction. "C’est la première fois qu’il y a des mesures de soutien à l’investissement de production, se félicite-t-il auprès de L’Usine Nouvelle. Ces mesures étaient déjà dans l’air. Nous le sentions à travers nos discussions avec le ministère de l’industrie. Tout cela va dans le bon sens. Il faudra maintenant voir comme cela va se mettre en place en pratique. "

Statut d'industrie essentielle

Selon les chiffres du comité stratégique de filière, ce secteur compte 1 100 entreprises, 230 000 emplois directs et indirects, et un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros. La sous-traitance électronique à elle seule représente plus de 470 entreprises et un chiffre d’affaires de 5,2 milliards d’euros en 2019, dont 3,2 milliards d’euros en France.

La filière de production électronique a beaucoup pâti de la crise dans l’aéronautique et l’automobile, ce qui laisse le Snese entrevoir sur l’ensemble de l’année au mieux un chiffre d’affaires stable, au pire une baisse de 10 à 15 %, ce qui serait une première en 20 ans. Mais elle se targue d'avoir gagné la reconnaissance par le gouvernement du statut d’industrie stratégique, essentielle à la continuité du fonctionnement de l’ensemble de l’économie. " C’est un pas important qui lui vaut de faire partie des cinq secteurs stratégiques du plan de relance du gouvernement, explique à L’Usine Nouvelle Richard Crétier, consultant auprès du Snese. Auparavant, elle était considérée comme inexistante car elle était cachée dans les autres secteurs. Beaucoup de gens pensaient que toute l’électronique était partie en Chine et qu’il n’y avait plus rien en France, ce qui est faux. "

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L’objectif de relocalisation du gouvernement vise à faire revenir des productions parties dans des pays à faible coûts de main-d’œuvre notamment la Chine. " Cela fait longtemps que nous encourageons les donneurs d’ordre à le faire, souligne Eric Burnotte. Cela pourrait déclencher un cercle vertueux qui bénéficierait non seulement à l’électronique mais aussi aux autres secteurs comme ceux des plastiques ou de la mécanique. Quand on commence à fabriquer les cartes électroniques en France d’un produit, on se rend compte vite qu’il faut aussi le faire pour le moule d’injection plastique et d’autres composants. L’inverse est aussi vrai. "

Retour en France de la production de grands volumes

Pour des questions de coûts ou de mode, l’électronique a connu après l'implosion de la bulle internet en 2001 un double mouvement : l’externalisation de la production de grands groupes comme Thales, Alsthom, Schneider Electric, Legrand ou Valeo au profit de la sous-traitance, et la délocalisation des grands volumes en Asie puis au Maghreb et en Europe de l’Est. La production en France se cantonne aux petits volumes pour les marchés de niches (aéronautique, spatial, défense, médical, ferroviaire, instrumentation, etc.). Le Snese espère faire revenir en France les grands volumes, du moins en partie.

" C’est indispensable à la compétitivité de notre filière de production, martèle Eric Burnotte. Cela nous amènerait à investir dans des machines plus performantes, ce qui nous aiderait à baisser nos coûts et à attirer de nouveaux clients que nous ne pouvons pas avoir aujourd’hui. Les usines en Chine sont maintenant automatisées. Le gain de coûts de main-d’œuvre n’existe plus. Nous pourrions avoir les mêmes coûts de production en France, sans compter les économies sur les transports et les avantages de réactivité et de proximité. "

Si les donneurs d’ordre décident de profiter des mesures du plan de relance pour relocaliser leurs productions électroniques, vont-il aussi internaliser la production ou la confier à des sous-traitants ? " La question est posée, tranche Richard Crétier. Car la relocalisation dépend de leur bon vouloir. Mais les sous-traitants sont les mieux placés pour réaliser avec réactivité et efficacité leurs projets, car ils ont le savoir-faire. Ce qui leur manque, c’est juste la capacité industrielle. "

Réduire la dépendance vis-à-vis de l'Asie dans le circuit imprimé

L’autre volet de la relocalisation vise à réduire la dépendance de la France dans des composants clés comme le circuit imprimé, support de tous les systèmes électroniques. Selon le Snese, la filière électronique française en consomme 650 millions euros par an, quatre fois la production française de 150 millions d’euros par an. La France compte encore une dizaine de petits fabricants. Les aides à l’investissement du plan de relance sont les bienvenues pour les aider à investir dans l’expansion de leurs capacités de production, car cette filière fait appel à beaucoup de chimie qui nécessite de lourds investissements. Le Snese s'est engagé pour sa part à porter ses achats de circuits imprimés à 100 millions d’euros en Europe, ce qui revient à doubler ses achats auprès des fabricants français. Mais selon Richard Crétier, la balle est surtout dans le camp des grands donneurs d’ordre, qui sont les vrais prescripteurs des composants des systèmes électroniques dont ils confient la fabrication à des sous-traitants.

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