La cause est entendue, la pandémie de Covid-19 aura raison de la mondialisation. Selon Odoxa, 92 % des Français veulent relocaliser nos productions agricoles et industrielles, une majorité acceptant même la hausse de prix qui en découlerait. Dès la mi-mars, Emmanuel Macron envisageait des décisions de rupture pour rebâtir une Europe et une France « souveraines », en matière d’alimentation ou de capacité à soigner. La solidité de l’industrie et des hôpitaux allemands a fait la différence : ils avaient des respirateurs, des tests et des lits pour accueillir nos malades. Pas nous.
Et si ces bonnes résolutions n’étaient que des vœux pieux ? Et que relocaliser était tout simplement impossible ? Ne nous y trompons pas : il existe bien une tendance de fond à la relocalisation dans le luxe, le textile, les jouets, les skis, l’agroalimentaire... Un mouvement lié aux impératifs de sustainability, à la montée des barrières protectionnistes, à la hausse des coûts de main-d’œuvre en Asie et à la transformation numérique qui booste la productivité. Ce courant pourrait être accentué par le coronavirus qui a mis en évidence le risque de ruptures d’approvisionnement des fournisseurs lointains.
Il suffirait que le capital que l’État va injecter dans des groupes en difficulté, en jouant le rôle d’investisseur contracyclique, soit assorti de conditions : par exemple, imposer à nos constructeurs auto qui depuis vingt ans, désertent peu à peu la France, de rapatrier des productions dans l’Hexagone. Toyota réussit bien à fabriquer des petites voitures à Onnaing ! En s’endettant à taux négatifs pour investir dans des PME et des sociétés fondamentalement saines, l’État pourrait même espérer gagner de l’argent.
Las ! Les industriels ne croient pas aux relocalisations massives. D’autant que, dans l’auto, les peurs étaient infondées : la fermeture de Wuhan n’a pas provoqué de rupture d’approvisionnement, car les usines françaises avaient fermé avant ! Certaines, d’ailleurs, ne rouvriront pas, car l’heure est au cost cutting, et les pays high cost vont souffrir. « La réaction normale des entreprises ne va pas être de sécuriser les approvisionnements en dédoublant les sites de production ou en choisissant des sous-traitants plus proches, mais de développer l’analyse de risque, donc davantage de bureaucratie », soupire le patron de production d’un équipementier. Les mêmes questions s’étaient posées après Fukushima, et la réponse n’avait pas été la relocalisation, mais la mise en place d’outils de management du risque.
Les fabricants de médicaments, eux, soulignent que reconstituer des filières industrielles ne se conçoit que sur le temps long. Car ce n’est pas seulement l’usine de produits finis qu’il faut construire, mais tout l’écosystème des sous-traitants, fournisseurs de composants, de matières premières et apporteurs de services spécifiques.
Nous sommes confrontés au dilemme du prisonnier : toutes les entreprises auraient intérêt à relocaliser, mais la première qui s’aventurera à le faire sera laminée par les autres, si elles ne l’imitent pas. Or elles sont concurrentes donc incapables de s’entendre… Du moins tant que les virus et autres catastrophes ne se répètent pas trop souvent. Sinon, en théorie des jeux, nous nous trouverions confrontés au dilemme itératif du prisonnier… Et là, tout pourrait changer.
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Christine Kerdellant



