Sommés de limiter leur déplacement, les Français ont opté pour le e-commerce. Et bien que les commerces alimentaires aient pu rester ouverts, le secteur a également été touché par le boom de la vente en ligne.
Selon les données de l'institut de recherche Nielsen, lors du premier confinement, 26% des foyers français ont acheté en un mois de l'alimentaire en ligne. Pour ce secteur, le e-commerce qui représentait 5,7% des ventes en 2019 a dépassé, certaines semaines du mois d'avril, le seuil des 10 points.
Une tendance qui se confirme au déconfinement
Et la tendance s'est confirmée au delà du confinement. Toujours selon l'institut de recherche américain, la première semaine post-confinement s'est traduite par une hausse des ventes d'alimentaire en e-commerce de 66% par rapport à la même semaine de 2019. "Je suis convaincu que le e-commerce et la vente à emporter vont se maintenir au delà de la période" confirme Stéphane Corthier, directeur de DGF, entreprise spécialiste de la conception et distribution d’ingrédients et produits pour les professionnels des métiers de bouche.

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Au total, 7,4 millions de Français se sont mis à acheter en ligne leur alimentation... soit un bond de 50%.
Pour les grands industriels, le développement de l'e-commerce n'a que peu d'impact sur leur manière de travailler. Comme le souligne l'enquête Nielsen, 77% du e-commerce alimentaire en France est réalisé par les enseignes de distribution via le drive ou la livraison.
Les TPE en difficulté
Pour les TPE et PME, qui composent près de 96% du secteur, la situation peut s'avérer plus compliquée. Ce que confirme François Deprey, directeur général de GS1, l'organisation de standardisation à l'origine du code-barre notamment: "Le e-commerce oblige les entreprises à créer un double digital de leur produit car sur internet, le consommateur achète de l'information avant d'acheter le produit." Cette carte d'identité digitale se traduit, à minima, par une description simple et accessible et par une identification des offres.
Le code-barre est l'identification reconnue internationalement et qui permet aux plus petites entreprises d'être présentes sur les plates-formes mondiales. "Depuis le confinement, il y a une accélération de la demande d'identification de la part des plus petites entreprises, notamment celles de moins de 50 000 euros de chiffre d'affaires", observe François Deprey.
Alors qu'habituellement, GS1 enregistre 6 000 nouvelles inscriptions par an, en 2020,la tendance est de 50% de plus avec des pics à 100% de nouvelles subscriptions supplémentaires: "C'est le témoin qu'il y a une vraie tentative de résilience de certains business" analyse François Deprey.
Réduire la fracture numérique
Cette digitalisation forcée de l'agroalimentaire passe par la mise en place d'outils numérique spécifiques. Pour aider les entreprises à créer leur fiche produit, GS1 propose aux entreprises qui s'inscrivent une sorte de passeport numérique, basé sur sept critères. "Il s'agit des informations de base qui sont en général présentes sur l'emballage". L'organisation se charge alors de transcrire ces données dans le code-barre digital. "Cela va réduire la facture numérique entre les entreprises" veut croire François Deprey.
Ces standards numériques sont notamment utilisés par Alkemics, la plate-forme d'échange de données entre les industriels et les distributeurs, dont le rôle a été renforcé pendant le confinement: "La crise du COVID-19 a souligné la nécessité d’une collaboration agile et en temps réel entre les acteurs de la distribution, explique Antoine Durieux, co-fondateur et CEO d’Alkemics. Un commerçant devrait pouvoir mettre un produit sur le marché aussi simplement que l’on poste un message sur un réseau social"!
Le e-commerce en circuit court
Pour les industriels travaillant en B to B avec la restauration, pivoter est toutefois plus complexe... Conditionnement, logistique, circuit de distribution, tout est à repenser. Pour les soutenir, de nombreuses plates-formes, à l'image de la start-up Califrais, se sont également créées. "Jusqu'alors nous proposions de mettre en relation les grossistes et les producteurs avec les professionnels de la restauration. Avec la fermeture des restaurants, nous avons changé de modèle pour nous adresser aux particuliers", raconte Pierre Levy, le PDG de la jeune pousse francilienne qui collabore notamment avec les producteurs de Rungis.
Ici, les 50 producteurs et les 70 grossistes qui travaillent avec la start-up n'ont pas besoin de double digital, c'est Califrais qui se charge de tout. "Une fois dans notre entrepôt, la partie picking et la livraison aux clients sont réalisées par nos équipes via des outils développés à la base pour les professionnels mais que nous avons adaptés", ajoute Pierre Levy.
Parmi ses outils: une aide à la gestion des commandes et les aides à la préparation: en s'adressant aux particuliers, la start-up a dû commencer avec des conditionnements différents, en plus petits volumes.
Chez DGF aussi, face à la crise et aux nouvelles demandes des clients, on a décidé de prendre en charge cette question des emballages. "Dans un contexte habituel, pour la farine, nous livrons des cartons de 48 kilos. Face à l'incertitude, de nombreux artisans nous ont demandé des formats 1 kilo" souligne Stéphane Corthier.
Pour faire face à cette nouvelle demande, DGF a, à la fois, demandé la collaboration des industriels mais également mis en place des lignes de reconditionnement sur place. "Cette tendance à stocker moins et à opter pour le petit conditionnement va probablement se prolonger au delà de la période actuelle", estime son responsable.
Cette nouvelle flexibilité peut même représenter une opportunité, selon François Deprey: "On peut voir cela comme un mal nécessaire qui va permettre à un certain nombre de TPE/PME de passer à l'échelle et de trouver de nouveaux débouchés".



