Comment Europlasma va recycler les déchets dangereux de l’aluminium

Après avoir mené avec succès les tests sur un pilote en Chine, l’entreprise française va pouvoir passer à la phase industrielle pour éliminer les déchets dangereux dans l’aluminium. La première usine devrait voir le jour en 2023.

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four pilote chine europlasma
Le four pilote d'Europlasma qui a servi aux tests en Chine.

Europlasma renaît de ses cendres. Le groupe vient de valider en Chine une innovation à fort potentiel dans le recyclage des scories issues du recyclage d'aluminium, en partenariat avec l’université Hangzhou Dianzi. Repartie sur de nouvelles bases avec le redémarrage en 2020 du site de Morcenx dédié à la vitrification de l’amiante, puis le rachat en août 2021 des Forges de Tarbes (ex-Tarbes Industry), spécialisées dans le forgeage, le traitement thermique et l’usinage des métaux, l'entreprise déroule sa nouvelle stratégie, un pied dans le traitement à haute valeur ajoutée des déchets dangereux, l'autre dans la métallurgie. En début d’année, Europlasma a confirmé un projet de construction à Cébazat, dans le Puy-de-Dôme, d'une usine de bouteilles en aluminium permettant de stocker des gaz haute pression (pour prendre le relais du défunt Luxfer à Gerzat). L'entreprise installée à Bassas (Gironde) et Morcenx (Landes) revient pourtant de loin. Après un dépôt de bilan suivi d'un redressement judiciaire en 2019, elle avait été reprise par Zigi Capital, avec lequel elle a défini un plan de continuation de neuf ans.

Succès des tests avec les fours pilotes en Chine

Le 31 janvier, Europlasma a annoncé le succès du four pilote équipé d’une torche plasma pour valoriser les déchets dangereux d’aluminium au sortir des usines métallurgiques. Des tests effectués pendant dix-huit mois dans son centre de R&D en Chine. Pour Europlasma, ces tests ont démontré à une échelle préindustrielle que ce nouveau procédé permet de supprimer les éléments dangereux de la crasse (ou scories) d’aluminium - nitrures, composés chlorés et fluorés - pour en récupérer une alumine d’une pureté supérieure à 70%. « Les résultats définitifs de ces tests seront sans doute plus proche de 90%», se réjouit le patron d’Europlasma. La Chine ayant interdit l’enfouissement des déchets dangereux, l’objectif est bien de les valoriser. L’entreprise de Nouvelle Aquitaine a investi 1 million d’euros en deux ans dans ce développement. « Le process est fondé sur la technologie du plasma à l’intérieur du four, explique à L’Usine Nouvelle Jérôme Garnache-Creuillot, PDG d’Europlasma. L’objectif est de traiter la partie dangereuse de l’aluminium, en éliminant toute forme de déchet dangereux, tout en étant le plus économe en énergie. »

Une torche plasma moins énergivore

Une fois ces tests validés, la lettre d’intention (LOI) signée avec un métallurgiste chinois et la province de Jiangxi devient un véritable contrat, ce qui signifie une première commande d’une usine de traitement des déchets d’aluminium. Le partenaire chinois concerné recycle des cannettes en aluminium. Elles sont fondues dans un four, mais il reste toujours une partie de scories qui deviennent des déchets potentiellement dangereux, notamment pour les nappes phréatiques. « Le contrat portera dans un premier temps sur 30 000 tonnes de déchets d’aluminium que nous traiterons au pied de l’usine de recyclage d’aluminium. Mais les capacités seront rapidement portées à 150 000 puis 300 000 tonnes, car nous avons signé plusieurs LOI, prévient Jérôme Garnache-Creuillot. Et nous pouvons en extraire 10 à 20 % d’alumine pure. Nous allons prochainement commencer la construction du site industriel pour démarrer la production en 2023, car les Chinois ne peuvent pas attendre. Ils ont une très grosse production et des montagnes de déchets d’aluminium en stock.» Les matières extraites des crasses d’aluminium pourront être utilisées pour remplacer (totalement ou en partie) des matières vierges, notamment dans les matériaux réfractaires qui tapissent les fours industriels exposés à de très hautes températures.

La technologie à torche plasma n’est pas nouvelle, elle est utilisée sur le site de Morcenx pour inerter l’amiante. Mais le procédé a été amélioré pour consommer beaucoup moins d’énergie, notamment en utilisant l’énergie produite par les déchets, qui peut atteindre 300°C. Par conséquent, le four n’a besoin de chauffer qu’à 1000°C.

D'autres applications envisagées

«Historiquement, ces déchets n'étaient pas détruits par des procédés écologiques et encore moins valorisés», rappelle Europlasma, qui envisage à terme une réutilisation directe de l'alumine tirée des scories dans ses usines de Tarbes et de Gerzat. Mettant en oeuvre une boucle circulaire de l'aluminium, non seulement à partir des déchets métalliques déjà bien recyclés, mais aussi des crasses. C’est un marché gigantesque qui s’ouvre à Europlasma, qui envisage également d'étendre le recours à ce procédé au traitement d’autres déchets dangereux, à commencer par les boues rouges issues du traitement de la bauxite (le minerai de l'aluminium) et les cendres volantes (PFA). « Cette technologie nous permet de faire une avancée importante et notamment pour l’amiante que nous pourrons traiter à un coût beaucoup plus bas, se félicite Jérôme Garnache-Creuillot. La prochaine étape sera de proposer des solutions décarbonées. Nous travaillons dessus. »

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