Reportage

Comment Inertam vitrifie les déchets d’amiante

Dans les Landes, la filiale d’Europlasma rend l’amiante inerte, permettant sa valorisation. Après des années difficiles, les investissements sont de retour.

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À Morcenx (Landes), l’usine Inertam vitrifie des déchets d’amiante à la torche à plasma depuis 1992.

Une zone industrielle d’un autre temps, entourée de pins et des restes de la centrale thermique d’EDF d’Arjuzanx, à quelques encablures du centre de Morcenx (Landes). Le site d’Inertam occupe un vaste terrain d’une dizaine d’hectares. Des préfabriqués fatigués servent toujours de bureaux. Mais l’usine abrite une technologie restée unique : la vitrification des déchets amiantés à la torche à plasma.

Depuis la création de cette unité par EDF pour éliminer l’amiante présent dans sa centrale thermique et sa mine de lignite, en 1992, l’activité perdure malgré les tumultes. En 2019, l’entreprise Europlasma, qui détient Inertam depuis 2003, a été placée en liquidation judiciaire suite à des investissements hasardeux. Elle est désormais relancée après un recentrage sur son activité.

L’usine est restée fermée pendant près d’un an avant sa réouverture en juillet 2020 avec de nouveaux actionnaires. « Ce site a souffert de dix à quinze ans de sous-investissement, comme ces bâtiments provisoires qui ont duré », souligne Olivier Pla, le directeur général adjoint du groupe Europlasma. Le stock d’amiante accumulé – il dépassait les 9 000 tonnes –, est en cours de traitement. Mais il en reste encore plus de 6 000 tonnes stockées en big bags dans des conteneurs, sous des chapiteaux et même dans des tunnels à poule. Ce qui correspond à la production annuelle envisagée par l’entreprise pour 2021, pour un chiffre d’affaires supérieur à 9 millions d’euros.

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Inertam Guittet Amiante Inertam Guittet Amiante (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

L'usine avait été créée par EDF pour le désamiantage de sa centrale thermique d’Arjuzanx qui se trouve à proximité. Photo Pascal Guittet

La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de 2020, qui prévoit une feuille de route pour le traitement des déchets d’amiante, devrait permettre à Inertam et à son procédé de retrouver un nouveau souffle.

Alors que l’amiante est enfoui à 98 % en France et à 100 % dans les autres pays, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020 prévoit que l’État établisse, au plus tard le 1er janvier 2022, une feuille de route pour le traitement des déchets d’amiante, notamment pour identifier des traitements alternatifs. Un texte qui devrait permettre à Inertam et à son procédé de retrouver un nouveau souffle.

Solution durable et responsable

L’accueil des camions est le passage obligé pour contrôler la marchandise. Dans quelques mois, un scanner permettra d’accélérer les opérations. Les sacs seront munis de puces RFID pour « passer au zéro papier et assurer une meilleure traçabilité, indique Olivier Pla. En général, nous préférons assurer nous-mêmes le transport, car nous sommes certains qu’il est effectué dans les règles ». Après identification, les sacs sont stockés ou placés sur le lorry, un wagonnet adapté qui provient du petit train de la Rhune, au Pays basque. Il alimente un convoyeur à l’entrée de l’usine, d’où tombent les sacs dans un énorme broyeur. Parfois des éléments métalliques perturbent l’appareil. Ce jour-là, le broyeur se bloque. Un big bag ne passe pas. Depuis la salle des commandes, un opérateur utilise son joystick pour le sortir avec un grappin.

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1F9A3900 1F9A3900 (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Un wagonnet amène les sacs d’amiante sur le convoyeur à l’entrée de l’usine. Ils tombent dans un broyeur et la matière continue son chemin jusqu’au four. Photo Pascal Guittet

Les éléments concassés sont ensuite acheminés par convoyeur vers le four numéro 3. L’amiante y est chauffé entre 1 400 et 1 600 °C avec trois torches à plasma, un dispositif développé au départ par Aérospatiale pour tester la tenue à la chaleur des matériaux des missiles, puis repensé par Inertam qui permet de porter la matière à son point de fusion. L’amiante disparaît dans un magma homogène, le vitrifiat – appelé Cofalit –, qui s’écoule ensuite dans une lingotière. C’est de la lave avec ses couleurs de feu. Les gaz émis dans le four sont extraits et dirigés vers le système de traitement des fumées. Quand le magma s’est solidifié, les lingotières sont renversées sur un terrain adjacent où leur contenu refroidit pendant plusieurs jours avant d’être concassé pour servir de sous-couche des routes. On obtient une roche inerte semblable à du basalte en refroidissement lent et à de l’obsidienne en refroidissement rapide. L’usine tourne 24 heures sur 24 avec un effectif total d’une soixantaine de personnes.

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Inertam Guittet Amiante Inertam Guittet Amiante (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

L’amiante est chauffé à plus de 1 400 °C, puis s’écoule dans les lingotières. Photo Pascal Guittet

Le coût élevé de cette solution est un handicap à son développement. Le traitement est facturé entre 1 500 et 2 000 euros la tonne, quand l’enfouissement coûte, lui, entre 100 et 400 euros. Mais la vitrification offre une solution définitive. Près de 17 millions d’euros d’investissements, qui doivent être prochainement actés, permettront de construire de nouveaux bâtiments administratifs, et surtout de développer le futur four de vitrification numéro 4, moins énergivore et plus performant. Un four opérationnel à partir de 2022. Un pilote devrait également être développé cette année pour le stockage de la chaleur émanant du vitrifiat.

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Inertam Guittet Amiante Inertam Guittet Amiante (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Une fois refroidi, l'amiante fondu devient une roche inerte. Photo Pascal Guittet

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