«CMA CGM va décupler son soutien à la production de biométhane», annonçait Farid Trad, le directeur de la transition énergétique de l'armateur à L’Usine Nouvelle en mai 2021. Le géant du transport maritime vient de signer avec Suez un accord qui va le lui permettre.
Le partenariat de long terme signé par les deux acteurs français le 18 octobre porte sur trois volets. D’abord la fourniture par Suez à CMA CGM de jusqu’à 100 000 tonnes de biométhane par an d'ici à 2030, pour ses navires propulsés au gaz naturel liquéfié GNL, comme le Jacques Saadé, mis à l’eau en 2019 ou son premier mini porte-conteneurs mis en service en 2024. Ensuite, la création d’un fonds d’investissement de 100 millions d’euros pour développer de nouveaux sites de production de biométhane à partir de déchets en Europe, ou en Asie, notamment en Chine, indique Suez à L’Usine Nouvelle. Enfin, des collaborations en matière de recherche et développement sont prévues sur les technologies innovantes de production de biocarburants, notamment la gazéification hydrothermale, qui permet de valoriser les effluents de l’industrie.
Alimenter une flotte de 131 nouveaux navires verts
Pour Suez, c’est une opportunité pour convertir sa production de biogaz en biométhane injectable dans les réseaux, grâce à des unités de purification comme celles de Waga Energy, et de la développer. Le groupe, qui produit 7,7 TWh d’énergie dans le monde, dont 2 TWh de biogaz sur ses décharges et ses stations d’épuration, ne produit aujourd’hui que 382 GWh de biométhane, notamment grâce à des acquisitions récentes en Pologne et en République tchèque et à une unité au Royaume-Uni héritée de la cession avec Veolia. Suez, qui a aussi développé quelques unités de méthanisation de biodéchets industriels en France, ne fait pourtant pas encore de l’énergie un pilier de sa stratégie, contrairement à son grand concurrent Veolia.
Pour CMA CGM, qui avait annoncé un fonds décarbonation de 1,5 milliard d’euros en septembre 2022, c’est un accord supplémentaire, dans la longue liste de ceux signés avec des énergéticiens français, comme avec Engie en 2021 ou TotalEnergies sur les biocarburants avancés en 2022. C’est aussi un moyen d’alimenter les 131 navires capables d’utiliser du biométhane, du biométhanol ou des carburants de synthèse, qu’il a commandés et qui entreront en service d’ici à 2028, pour un investissement de 18 milliards d’euros.



