Le 15 mars, une start-up française a réussi un petit exploit outre-Atlantique. Au pays où le gaz de schiste est roi, Waga Energy a mis en service une unité de production de biométhane sur le site de stockage de déchets de Bath, dans le comté de Steuben (État de New York). Et ce n’est que la première d’une longue liste. Huit autres unités sont en construction aux États-Unis, dont trois pour le gestionnaire de déchets Casella.
À chaque fois, c’est Waga Energy qui finance, développe et exploite ces unités de purification de biogaz de décharge grâce à sa technologie Wagabox, issue des laboratoires d’Air Liquide. Embarquée dans un conteneur, elle combine filtration membranaire et distillation cryogénique. Et purifie le gaz qui s’échappe naturellement des déchets biologiques enfouis sous terre pour produire un biométhane pur à 98 % minimum, injectable dans le réseau. Waga Energy signe en général des contrats de vingt ans auprès d’énergéticiens ou d’industriels. En juin, il a signé avec OCI Global, l’un des principaux producteurs d’azote, de méthanol et d’hydrogène dans le monde, un contrat de longue durée pour la fourniture de biométhane produite à Beaumont (Texas). Sa réussite aux États-Unis tient «à un engagement de longue date, une continuité dans la vision et une persévérance à toute épreuve», explique Mathieu Lefebvre, son PDG.
Un champion du biogaz de décharge
- 33,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023
- 250 collaborateurs dont 175 en France
- 26 Wagabox en exploitation dans le monde et 11 en construction
(Source : Waga Energy)
L’engagement climatique des trois fondateurs de Waga Energy, Nicolas Paget, Guénaël Prince et Mathieu Lefebvre, remonte à 2007. À l’époque, ils travaillaient chez Air Liquide sur les premiers projets de production de biométhane en Europe et cherchaient à réduire les coûts de production. Cela semblait possible avec le biogaz des décharges. «Il part aux petits oiseaux», alors qu’il a «un très fort pouvoir d’effet de serre», indique Mathieu Lefevbre. Or, en 2009, une étude identifiait quelque 20 000 décharges dans le monde où il serait possible de récupérer ce biogaz. Elle montrait également qu’en dehors de la France, «le marché était à 98 % aux États-Unis», explique l’entrepreneur. En 2013, Air Liquide teste donc une technologie de purification cryogénique sur un site de Suez avec l’aide de l’Ademe, mais décide de mettre son développement en veille, car celle-ci était trop loin du cœur de métier du groupe.
26 unités en France, en Espagne, au Canada et aux États-Unis
Un gâchis, selon les trois jeunes ingénieurs, qui décident d’exploiter cette solution et créent Waga Energy en janvier 2015 à Meylan (Isère), avec l’appui d’Air Liquide, toujours actionnaire de l’entreprise (12 %) via son fonds Aliad. «Nous ne pouvions pas ne pas traiter le problème des émissions de méthane des décharges, alors que nous avions la solution technique pour le faire», explique le PDG. Grâce au mécanisme de soutien à la production de biométhane lancé par le gouvernement en 2011, Waga Energy développe son activité en France avec une première unité en 2017. La start-up en exploite aujourd’hui 26 (dont une en Espagne, trois au Canada et une aux États-Unis), pilotées à distance depuis ses nouveaux bureaux à Eybens, près de Grenoble.
En 2019, Guénaël Prince part développer l’activité outre-Atlantique. Fort d’une levée de fonds de 10 millions d’euros, Waga Energy vise le marché américain, le plus important au monde, avec plus de 2 500 sites d’enfouissement de grosse capacité. Là-bas, le programme Renewable fuel standard, qui oblige les raffineurs et importateurs de produits fossiles à incorporer une part de renouvelables croissant tous les ans, donne un débouché au biogaz de décharge, malgré son surcoût à la production.
Introduction en Bourse en 2021
Le premier appel d’offres remporté à Steuben nous «met le pied à l’étrier», affirme le PDG. Reste que le modèle de développeur, investisseur et exploitant indépendant est très gourmand en capital. En 2021, la start-up s’introduit en Bourse et lève 126 millions d’euros. Cette année, elle a encore récolté 210 millions d’euros pour financer son développement outre-Atlantique. «Nous reviendrons à un ebitda positif en 2025, grâce à la mise en service de grosses unités aux États-Unis», assure Mathieu Lefevbre.
«Nous devons le succès de notre start-up à notre complémentarité. Nous n’avons pas dérogé à la vision, aux valeurs et à la mission que nous nous étions fixées à sa création, en 2015. Nous le devons aussi à l’expertise acquise chez Air Liquide, une très bonne école en termes d’ingénierie des gaz, de gestion des contrats et du modèle de développeur exploitant fabless», poursuit le PDG. La start-up sous-traite en effet la fabrication de ses Wagabox à Ravanat Chaudronnerie et Concept Inox en France, et à Mécanitec au Canada.
« Nous n’avons pas dérogé à notre mission », Mathieu Lefebvre, PDG de Waga Energy
« Nous devons le succès de notre start-up à notre complémentarité. Nous n’avons pas dérogé à la vision, aux valeurs et à la mission que nous nous étions fixées à sa création, en 2015. Nous le devons aussi à l’expertise acquise chez Air Liquide, une très bonne école en termes d’ingénierie des gaz, de gestion des contrats et du modèle de développeur exploitant fabless. »



