Analyse

[Climato-éthique] Pas de marché commun de l’hydrogène sans consensus franco-allemand

Derrière les déclarations enthousiastes des industriels lors du premier symposium franco-allemand de l’hydrogène du 1er juillet, le constat est amer. Français et Allemands ne voient toujours pas les choses de la même manière.

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Europe
L'adoption d'un IPCEI hydrogène est bloquée par les désaccords qui demeurent entre France et Allemagne sur la taxonomie verte européenne.

Toutes les planètes semblaient pourtant bien alignées. Un an après l’annonce de l’ambitieux plan hydrogène européen, de chaque côté du Rhin, les industriels sont dans les starting-blocks. Les aciéristes ThyssenKrupp et ArcelorMittal parlent même déjà de faire de l’hydrogène une commodité et se projettent dans un marché commun de l’hydrogène, comme il en existe pour l’électricité et le gaz. Un projet fédérateur, d’une Europe construite autour du marché commun de l’acier, qui aujourd’hui veut reconquérir sa souveraineté industrielle et énergétique.

Pour le concrétiser, il lui faudra des infrastructures et des gigafactories, que l’IPCEI hydrogène (grands projets d’intérêt commun européen) doit permettre aux Etats de financer au-delà des règles budgétaires habituelles… Côté allemand, 70 dossiers ont été sélectionnés, contre une quinzaine côté français. Les équipementiers, comme McPhy, qui veut construire une gigafactory d’électrolyseurs à Belfort et la mettre en service dès 2023, s’impatientent de voir les financements débloqués.

L'IPCEI hydrogène bloqué

L’argent ne devrait pourtant pas être un problème. L’Allemagne a prévu d’investir 9 milliards d’euros d’ici à 2030 et la France 7 milliards, dont 2 d’ici à 2023, dans son plan France relance. Mais, une fois n’est pas coutume, les Européens ne voient pas tous l'hydrogène de la même manière. Pour les Allemands, et d’autres pays anti-nucléaire, les projets soutenus ne doivent servir qu’à la production, au transport et à l’utilisation d’hydrogène vert, produits par des électrolyseurs alimentés uniquement à partir d’électricité renouvelable. La France milite pour des règles moins strictes, un hydrogène décarboné pouvant aussi être produit avec de l’électricité nucléaire, voire à partir de gaz naturel mais avec captage de CO2.

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Impasse politique

Des points de vue impossibles à réconcilier, jusqu’à présent, dans la taxonomie verte. Ce document communautaire de référence pour flécher les investissements « bons pour le climat » bloque l’adoption d’un IPCEI hydrogène. L’autre point bloquant est la capacité de l’Europe à produire assez d’énergies renouvelables pour produire cet hydrogène vert, en France où l’opposition à l’éolien est très forte, mais aussi en Allemagne, qui en a besoin pour sortir du charbon. Pragmatique, cette dernière a déjà prévu d’investir 2 milliards d'euros à l’international dans des installations de production d’hydrogène vert, lui permettant d’en importer. La France, elle, sait qu’elle a besoin de l’Allemagne pour avancer dans l’hydrogène, les 7 milliards de son plan n’étant qu’un « bon début », a expliqué la secrétaire d’État à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, qui annonce qu’il faudra encore « investir des dizaines de milliards d’euros ». Mais la France ne peut laisser l'Allemagne lui dicter sa politique énergétique. Malgré l’urgence climatique, la situation semble bloquée.

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