Analyse

[Climato-éthique] Dépenser mieux pour le climat

Investir 30 milliards d’euros par an dans la mobilité propre, les énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments ne suffira pas à réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici à 2030 comme l’a voté l’Europe.

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Réseau ferré train rail
Dans les dépenses publiques françaises favorables au climat, le train (41 milliards d'euros) a pesé presque autant que les énergies renouvelables (45 milliards) ces dix dernières années, selon I4CE.

Tout ça pour quoi ? Entre 2012 et 2021, la France a réalisé 200 milliards d’euros de dépenses publiques favorables au climat, a comptabilisé le cabinet I4CE. Sur ce total, 72 milliards d’euros sont allés aux transports bas carbone, principalement le train (41 milliards d'euros) et les transports publics (14 milliards). La production d'énergies bas carbone a été financée à hauteur de 61 milliards, principalement dans les énergies renouvelables (45 milliards), et 37 milliards ont soutenu la rénovation énergétique des bâtiments. En dix ans, l’investissement annuel est passé de 15 à 30 milliards d'euros, notamment grâce au plan de relance. Sans celui-ci, ces dépenses auraient tout de même augmenté de 70% en dix ans.

Une efficacité climat contestée

Le soutien aux énergies décarbonées est par exemple passé de 3,9 milliards d'euros en 2012 à 8,8 milliards en 2021. Pour la mobilité durable, la part des bonus et autres prime à la conversion a également été amplifiée, mais son efficacité en terme de réduction d’émissions n’est pas encore flagrante. Ces mécanismes soutiennent toujours l’acquisition de véhicules thermiques. Idem pour la rénovation énergétique des bâtiments. Si les aides publiques, hors certificats d’économies d’énergie, sont bien passées de 2 à 4 milliards d’euros par an, elles ne visent pas directement la transition énergétique mais uniquement à réduire les consommations. Leur efficacité climat fait débat. D’autant que dans le même temps, les dépenses fiscales défavorables au climat ne faiblissent pas et dépassent les 16 milliards d’euros par an.

Réduire l'empreinte carbone

Résultat, la France peine à tenir son objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (-40% entre 1990 et 2030). En 2019, le gouvernement a même revu à la hausse le budget carbone 2019-2023 à 422 millions de tonnes équivalent CO2, contre les 398 prévus initialement en 2015. Et on est loin de la trajectoire de -55 % souhaitée par l’Europe. Comme l’a initié le plan de relance, avec le fonds décarbonation de 1,2 milliard et les 2,1 milliards fléchés sur l’hydrogène décarboné, il va falloir apprendre à dépenser autrement pour le climat. Notamment en réindustrialisant tout ce qui peut l’être. Car si les émissions de la France ont bien baissé de 17% entre 1995 et 2015, son empreinte carbone a augmenté de 18% à cause des produits importés, a calculé le cabinet Deloitte pour l'Uniden. Soit une stricte exportation de nos émissions. Dépenser davantage ne va pas suffire. Il va aussi falloir dépenser mieux.

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