Une « distraction qui pourrait retarder les actions nécessaires pour vraiment décarboner l'économie mondiale.» Voilà ce que disent de l’hydrogène bleu, produit à partir de gaz naturel avec captage de CO2, des chercheurs américains des universités de Stanford et Cornell, qui viennent de publier une étude sur cette technologie baptisée « How Green is Blue Hydrogen » (À quel point l’hydrogène bleu est-il vert). Ils ont calculé les émissions réelles du procédé en tenant compte des fuites fugitives de méthane, un gaz à très fort effet de serre durant 20 ans, qui vient encore d’être épinglé par les experts du Giec.
En prenant pour hypothèse par défaut un taux d'émission de 3,5 % du méthane utilisé dans le process de vaporéformage du gaz naturel et la production de l’énergie associée, les émissions de l'hydrogène bleu ne seraient inférieures que de 9 à 12 % à celles de l'hydrogène gris et supérieures de plus de 20 % à celle de la combustion de gaz naturel ou de charbon, ont calculé les chercheurs. Lorsque les fuites ne sont que de 1,54 %, les émissions de l’hydrogène bleu ne sont que de 18 % à 25 % inférieures à celle de l’hydrogène gris (à base de gaz mais sans captage de CO2).
Russie et Royaume-Uni prêts à succomber
Autant dire que seul l’hydrogène vert produit par électrolyse de l’eau avec de l’électricité décarbonée (renouvelables ou nucléaire), présente un réel intérêt pour sauver le climat. Sauf que les pays producteurs de gaz naturel ne l’entendent pas de cette oreille. La Russie vient de présenter une stratégie de production d’hydrogène bleu à partir de gaz naturel mais aussi de charbon, par gazéification, qu’elle compte bien exporter vers l’Asie. Mais aussi vers l’Europe, où la Russie espère capter 20 à 30 milliards d'euros du futur marché de l’hydrogène.
Le Royaume-Uni mise lui aussi fortement sur l’hydrogène bleu. Le plan industriel "vert "de Boris Johnson présenté en novembre 2020 prévoit l’installation de 5 gigawatts de capacités de production d’hydrogène à faible teneur en carbone avec stockage de CO2 en mer du Nord, pour l'industrie et les transports, mais aussi pour l'électricité et les foyers. Le Royaume-Uni veut disposer de la première ville entièrement chauffée à l'hydrogène d'ici la fin de la décennie. Clairement, si c’est avec de l’hydrogène bleu, ce n’est peut-être pas une si bonne idée pour le climat.



