Comment un projet solaire et hydrogène menace de virer à la ZAD en Guyane

Depuis novembre 2022, le projet de Centrale électrique de l’Ouest guyanais (CEOG) d’Hydrogène de France, une ferme solaire avec stockage hydrogène de HDF Energy, était bloqué par les habitants amérindiens du village de Prospérité voisin. Il est pourtant indispensable, alertent les élus locaux. Sous la surveillance des forces de l'ordre, les travaux tentent de reprendre.

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Projet CEOG Guyane
D’une capacité de 10 MW le jour et 3 MW la nuit, grâce à un stockage hydrogène (avec électrolyseurs et piles à combustible), CEOG doit sécuriser l’alimentation de 10 000 personnes sur l’agglomération de Saint-Laurent-du-Maroni.

Du jamais vu en Guyane. Le 9 novembre 2022, des habitants autochtones du village Prospérité, rejoints par ceux d’autres nations amérindiennes, ont envahi le chantier de la Centrale électrique de l’Ouest guyanais (CEOG) à 2,6 kilomètres de leur village, où le bordelais HDF Energy commençait le défrichage pour construire le plus puissant parc solaire avec stockage hydrogène du monde. Les engins de défrichage ont dû repartir. «Si on ne le faisait pas, ils menaçaient calmement de brûler les machines», témoigne l’exploitant forestier chargé du travail. La base vie de la CEOG a ensuite été démantelée. Le site est devenu «zone de résistance» sous le slogan «la forêt, c’est chez nous». La population veut que la centrale, qui débute à 1,6 kilomètre du village, soit déplacée, affirmant n’avoir pas été consultée sur le sujet.

Pourtant, un accord avec indemnités financières a bien été négocié par HDF Energy avec le chef coutumier de Prospérité, Roland Sjabere. «Le chef du village Prospérité a été rencontré pour la première fois en septembre 2018. Plusieurs rencontres, appels téléphoniques et échanges de mails ont même donné des modifications dans la conception du projet», expliquait en février 2022 dans les médias locaux, alors que la colère grondait déjà, Kriss Nelson, responsable de HDF Energy en Guyane. Le chef avait obtenu des aménagements du parc de 77 hectares, sur une parcelle de 140 hectares de l'Office national des forêts louée par l’État, pour faciliter l’usage coutumier des 4 346 hectares limitrophes rétrocédés à la communauté du village, toujours par l’État, après l’accord de 2017. Les 40 hectares de panneaux solaires ne seront par exemple pas d’un seul tenant, mais en îlots. Et seules les zones équipées seront clôturées. Déplacer le projet serait le tuer, explique HDF Energy.

Manque d'un volet participatif

Peut-être Roland Sjabere n’a-t-il pas assez impliqué ses concitoyens dans les discussions avec HDF? Début novembre, il reconnaissait que «des erreurs ont été commises», avant de lancer l'occupation du chantier. Et les porteurs du projet ont-ils sous-estimé l’impact de leur projet sur les populations et pensé que la consultation publique obligatoire suffisait? N'aurait-il pas fallu prévoir une dose de financement participatif, comme sur un autre projet solaire avec stockage de 10 MW de Voltalia sur la commune proche de Mana? Prudents, les autres opérateurs évoquent juste un manque de concertation. Trop tard pour revenir en arrière. Aujourd’hui, chacun campe sur ses positions.

D’une capacité de 10 MW le jour et 3 MW la nuit, grâce à un stockage hydrogène (avec électrolyseur et piles à combustible), CEOG doit sécuriser l’alimentation de 10 000 personnes sur l’agglomération de Saint-Laurent-du-Maroni, dans l’Ouest de la région. La commune, à la démographie galopante, n’est alimentée que par une fragile ligne électrique provenant du barrage EDF de Petit-Saut, à 200 kilomètres. Le projet, qui a reçu toutes les autorisations et fait l’objet d’une consultation publique, est défendu par EDF SEI, qui gère le réseau, et les élus des collectivité locales voisines et par la Collectivité territoriale de Guyane (CTG).

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Rétrocession du foncier aux Amérindiens

Constatant le blocage de la situation, la préfecture se fendait le 22 décembre d’un communiqué invitant «l’ensemble des parties prenantes à continuer d’entretenir en lien avec les élus du territoire un dialogue approfondi et constructif, guidé par l’intérêt du territoire et de tous ses habitants, citoyens de la République» Sans effet. En janvier 2023, les maires des communes de l’ouest et la CTG cosignaient une tribune dans le journal Le Monde titrée «La centrale électrique de l’Ouest guyanais est indispensable pour répondre aux besoins en énergie de notre territoire». 

Fin février, Ivan Martin, directeur des territoires à la Préfecture, expliquait encore à L’Usine Nouvelle que «le projet CEOG a reçu toutes les autorisations. Il est fondamental et prioritaire. Mais la situation montre que tout projet EnR est très compliqué à mettre en œuvre ici, entre les questions d’acceptabilité, d’impact sur la biodiversité et de l’accord signé en 2017 de rétrocession de 400 000 hectares de foncier aux populations amérindiennes pour le droit coutumier». Avec en toile de fond, la protection des forêts amazoniennes. Et une récupération de la situation par des activistes écologistes et des politiques, avec notamment la visite de Jean-Luc Mélenchon à Prospérité début janvier. Selon lvan Martin, la Préfecture allait prendre «des mesures de sécurité pour que le chantier recommence ». Des mesures mal vécues. Le 1er mars, la Ligue des droits de l’Homme dénonçait dans un communiqué «des intimidations récurrentes des forces de l’ordre pour faire taire les légitimes revendications des villageoises et villageois».

C'était juste après la reprise des travaux de terrassement sous surveillance des forces de l'ordre et une manifestation des opposants aux projets ayant encore réuni une vingtaine de personnes. Interrogé par les médias locaux, Henry Hausermann, le directeur de la CEOG, se voulait malgré tout confiant sur l'avenir du chantier, qui devra durer encore deux ans. Toutes les tensions ne sont pas apaisées. Même si le risque que de zone de résistance CEOG se transforme en zone à défendre, semble s'éloigner, il reste malgré tout présent. C'est la troisième tentative de reprise des travaux. 

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