La réforme « en profondeur » du marché européen de l’énergie serait désormais l'un des quatre piliers de la stratégie énergétique de la France, avec les petits réacteurs nucléaires, les énergies renouvelables et l’hydrogène, explique Bruno Le Maire. En réaction à l’envolée des prix du gaz, le ministre de l’Économie français, considère en effet que « ce marché est une aberration et qu’il n’y a aucune raison pour que la France paye le coût marginal de la production des centrales à gaz en Allemagne ou ailleurs, alors même que nous avons des centrales nucléaires ». Sauf que, si, justement, il y a des raisons à cela.
D’abord parce que la stabilité de notre réseau électrique national tient notamment par le fait qu’il est interconnecté à ceux de nos voisins européens. C’est même le premier outil de flexibilité utilisé par le gestionnaire national du réseau électrique RTE. On a récemment pu observer, aux États-Unis où les réseaux sont mal interconnectés, les dégâts qu’un problème, climatique au Texas par exemple, peut causer.
Pour équilibrer le réseau
Ensuite, parce que l’équilibrage entre offre et demande se fait au niveau européen. Souvent au profit d’EDF. En 2019 (les chiffres 2020 ne sont pas représentatifs), malgré des prix bas et une moindre production en France, « le solde France des échanges était (encore) exportateur de 55 TWh », écrit RTE, qui rappelle que « le solde des échanges est lié aux écarts de prix déterminés tous les jours entre la France et ses voisins ».

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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
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3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
Or ce prix est directement lié à la dernière capacité de production appelée pour garantir l’approvisionnement du réseau. Avec la sortie du charbon entamée et l’instauration du marché européen des quotas carbone EU ETS pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, ce prix est maintenant lié à celui du gaz et du CO2. Et l’Allemagne n’est pas la seule à faire tourner des centrales à gaz.
En attendant l'hydrogène
La France aussi lance des turbines à gaz (13 GW de capacités installées soit 9 % du parc au 1er septembre), voire ses dernières centrales à charbon (3 GW et 2 % du parc), pour assurer ses pointes de consommation. Le nucléaire (44 % du parc installé), l’hydraulique (18 %), l’éolien (13 %), le solaire (9 %) et la géothermie (2 %) ne suffisent pas. Il reste même encore près de 3 GW (2 %) de capacité de production électrique au fioul en France métropolitaine !
Certes, lorsque les prix du gaz s’envolent, portés par des enjeux géopolitiques de la Russie et par la reprise économique en Chine, il est tentant de vouloir reformer ce marché « du prix marginal » lié directement à la priorité donnée aux énergies renouvelables. D’autant que les années qui s’annoncent avec la sortie de l’Allemagne du charbon d’ici à 2038 et le développement d’une économie de l’hydrogène vert vont chambouler le marché de l'énergie. Reste à savoir par quoi le remplacer. Et attention à ne pas confondre indépendance énergétique et protectionnisme.



