La déclaration avait à la fois rassuré et inquiété la communauté internationale. En septembre 2020, le président Xi Jinping annonçait que la République populaire de Chine «visera à ce que les émissions de CO2 atteignent un pic avant 2030 et à ce que la neutralité carbone soit atteinte avant 2060 ». Pour certains, c’était une bonne nouvelle d’apprendre que la Chine avait pris la mesure de l’urgence climatique et entendait prendre sa part dans la lutte pour le climat. D’autant que sans la Chine, le monde n’avait aucune chance de rester sous les 1,5°C de réchauffement d’ici à 2100.
27% des émissions mondiales
Pour d’autres, 2060 était certes un horizon plus réaliste que 2050 au vu du développement de la Chine, mais trop tardif pour limiter dans des proportions acceptables les effets du dérèglement climatique.
« La Chine est responsable de 27% des émissions mondiales et est le plus important émetteur au monde, rappelle le Dr Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Rien que les émissions de sa production d’acier et de ciment sont supérieures à celles, globales, de l’Union européenne ! » Si la Chine est le premier consommateur d’énergies fossiles, c’est aussi le centre stratégique de la production et du déploiement des technologies vertes, rappelle l’AIE.
AIE À la demande du gouvernement chinois, l’AIE a en effet exploré ce que cet engagement de neutralité carbone à 2060 signifierait en termes d’énergie pour la Chine. Concrètement, il faudrait que le pays réduise sa consommation de charbon de 80% d’ici à 2060, celle de pétrole de 60% et celle de gaz de 40%. Dès 2045, le solaire deviendrait sa première source d’électricité.
AIE Développer les énergies renouvelables ne fera pas tout. Cette évolution du mix pourrait ne compter que pour 38% des efforts. Comme ailleurs, notamment pour décarboner l'industrie lourde et le transport, la Chine devra faire feu de toutes technologies en développant massivement l’hydrogène (3%) et la capture, stockage ou réutilisation de dioxyde de carbone (CCUS, 8%). Les autres grands leviers resteront aussi l’électrification (13%), la réduction de la demande (11%) et surtout l’efficacité énergétique (16%).
AIE En poussant d’ici à 2030 encore plus fort le curseur et les investissements sur les technologies vertes, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, la Chine pourrait même atteindre la neutralité carbone dès 2050, affirme l’AIE. Accélérer sa transition vers une énergie propre pourrait même lui « assurer d’importants avantages en matière d'économie, d'innovation et d'emplois (1 million supplémentaires) », tout en aidant le monde à se rapprocher des objectifs climatiques communs.
Pic d'émissions vers 2025
« Notre nouvelle feuille de route montre que la Chine a les moyens et les capacités d'accomplir une transition énergétique propre encore plus rapide, explique Fatih Birol. Cette transition accélérée entraînerait un net recul des émissions de CO2 de la Chine après 2025, ce qui lui permettrait d'atteindre la neutralité carbone bien avant 2060. Cela serait à la fois bon pour la Chine et bon pour le monde.» Selon lui, l’accélération de la Chine dans le développement massif des technologies propres permettrait de baisser leurs coûts, pour la Chine mais aussi pour le reste du monde. Le mouvement est déjà engagé dans les électrolyseurs. Il pourrait suivre dans le CCUS.



