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Cinq graphiques pour comprendre le déficit commercial historique de la pharma en France

La balance commerciale des produits pharmaceutiques pourrait basculer dans le rouge dès 2023 :  du jamais vu. La France est de plus en plus dépendante de l’importation de médicaments innovants et coûteux alors que ses exports sont tirés par des médicaments anciens à bas prix.

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Sanofi Val de Reuil
Malgré plus de 37 milliards d'euros d'exportations, la balance commerciale des produits pharmaceutiques en France est proche d'un déficit historique.

Le secteur des produits pharmaceutiques affichera-t-il un déficit commercial dès 2023 ? Ce serait historique, la pharmacie étant l’une des quelques industries habituellement en excédent commercial, comme l’aéronautique, l’agro-alimentaire, la chimie et les cosmétiques. Les chiffres devraient être connus début février 2024, mais les premières données ne sont guère encourageantes.

Selon les Douanes, entre décembre 2022 et novembre 2023, le solde commercial des produits pharmaceutiques avait seulement atteint un excédent de 405 millions d’euros. Un gouffre par rapport à plus de 3 milliards d’euros d’excédent l’année précédente et à une moyenne de 3,7 milliards par an depuis 2014, avec un pic, sur la période, de 6,2 milliards, en 2019. Depuis une dizaine d’années, importations et exportations de produits pharmaceutiques ne cessent de progresser mais la courbe des importations en France rattrape inexorablement celle des exportations, avec des niveaux aujourd’hui quasiment égaux, à un peu plus de 37 milliards d’euros sur les douze derniers mois.

Balance commerciale pharma

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La France exporte de vieux médicaments peu chers et importe les produits innovants coûteux

Depuis que les Douanes publient ces données, «le secteur pharmaceutique n’a jamais affiché une balance commerciale déficitaire», confirme Eric Baseilhac. Selon le directeur Accès, Economie et Export du Leem (Les Entreprises du Médicament), «il faut craindre que cette dynamique défavorable, qui voit se rapprocher les courbes d’exports et d’imports depuis 2017, s’inscrive dans une tendance structurelle. La France exporte de moins en moins les produits matures [mis sur le marché depuis plusieurs années voire ayant perdu leur brevets, ndlr], peu chers, qu’elle produit, et importe de plus en plus les produits innovants et chers qu’elle ne fabrique». Le G5 Santé, qui regroupe les plus grands laboratoires français, tire aussi la sonnette d’alarme depuis quelques années. A l’automne dernier, Didier Véron, le président du G5 Santé regrettait ainsi de voir la «France de plus en plus dépendante d’importation de médicaments».

C’est d’autant plus inquiétant sur le front des médicaments innovants. Fin 2022, l’alliance France Biolead, tout juste créée pour aider l’Hexagone à se replacer dans le développement et la production de biomédicaments, indiquait que la dépendance du pays aux importations de ces médicaments biologiques innovants (protéines recombinantes, anticorps monoclonaux, thérapies cellulaire et génique..) s’élevait à un niveau très inquiétant de 95%. «Entre 2016 et 2020, sur 404 nouveaux médicaments enregistrés en Europe, seuls 33 sont produits en France, contre 82 en Allemagne, 68 au Royaume-Uni, 62 en Irlande, 42 en Espagne et 34 en Italie», illustre d’ailleurs Eric Baseilhac.

Un exemple frappant dans les dernières données des Douanes se trouve être la fulgurante croissance des importations depuis la Corée du Sud. Entre décembre 2022 et novembre 2023, elles ont atteint 2,5 milliards d’euros, soit une augmentation de plus de 780% en un an ! Cette progression spectaculaire résulterait en partie de «l’explosion de l’import de médicaments immunologiques» depuis la Corée du Sud, indique-t-on du côté du Leem, sachant que l’immunologie est l’une des aires thérapeutiques phares de l’industrie pharmaceutique et qu’elle nourrit la croissance actuelle du marché des biomédicaments.

Partenaires commerciaux pharma

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Partenaires imports pharma

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La France fortement dépendante des médicaments de ses voisins européens

La Corée du Sud a ainsi surgi à la 5e place des plus grands pays d’importations de produits pharmaceutiques pour la France. Au sein de ce top 10, nos voisins européens sont toutefois les plus gros contributeurs, avec l’Irlande en tête du classement (plus de 5 milliards d’euros), devant l’Allemagne, les Etats-Unis et la Suisse. On trouve ensuite Belgique, Italie, Royaume-Uni, Espagne avant la Chine. Les Pays-Bas se classent 11e. En matière d’exports, la liste est presque similaire, le premier marché de la production pharmaceutique française étant les Etats-Unis, devant la Belgique, l’Allemagne et l’Italie.

En termes de solde commercial avec nos principaux partenaires commerciaux en matière de produits pharmaceutiques, la balance est largement négative. Le plus important déficit, de 4,3 milliards d’euros, concerne les échanges avec l’Irlande, juste devant près de 1,7 milliard d’euros avec la Suisse. Seules la Chine, l’Espagne et surtout la Belgique permettent à la France de se retrouver en excédent commercial.

Solde commercial pharma par pays

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La pharma en France doublée par ses voisins européens à l’export

L’évolution des soldes commerciaux est aussi particulièrement défavorable à la France. Certains chiffres sont édifiants. Une étude publiée à l’été 2023 par le cabinet de conseil BDO, mandaté par le G5 Santé et reprenant des données de l’OCDE, montre que l’Hexagone piétine depuis 2000 dans l’évolution de sa balance commerciale des produits pharmaceutiques quand certains voisins ont décuplé leurs performances. Les exemples de la Suisse et de l’Irlande sont spectaculaires, avec des excédents passés d’une fourchette de 4 à 5 milliards d’euros en 2000 à 53 milliards en 2021. La Belgique a multiplié par 15 son excédent commercial sur la même période, les Pays-Bas par 10. Même l’Italie, pourtant en déficit au début des années 2000, a complètement inversé la tendance. Seule l’Espagne n’a pas redressé la barre et reste en déficit chronique, tandis que le Royaume-Uni a basculé ces dernières années et n’est plus excédentaire.

Evolutions soldes commerciaux pharma

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En Europe, la production pharmaceutique française perd du terrain. En une dizaine d’années, la France a été détrônée de la place de leader pour chuter à la cinquième place continentale. Avec la crise Covid, des relocalisations de productions stratégiques sur des médicaments essentiels, fortement délocalisées au cours des vingt dernières années, ont été engagés pour renforcer la souveraineté sanitaire. Mais cette souveraineté passera aussi par la production de nouveaux médicaments, plus innovants et onéreux dans l'Hexagone. Or la France a perdu du terrain en ratant le virage des biotechnologies, demeurant concentrée avant tout sur la synthèse chimique, peinant à attirer sur le territoire les usines et les lignes de production de nouveaux produits.

En parallèle, G5 Santé et Leem ne cessent de pointer, année après année, une fiscalité qu’ils considèrent comme la plus lourde d’Europe sur l’industrie pharmaceutique – et ce malgré les baisses d’impôts de production –, des changements réguliers d’orientations politiques sur le médicament à chaque nouveau Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) et des baisses de prix trop lourdes des médicaments qui pénalisent aussi la valeur des exportations, et enfin la lenteur administrative sur tous les sujets, comme des délais les plus longs en Europe pour le lancement d’essais cliniques et la mise sur le marché des nouveaux médicaments, ou la construction de capacités. Eric Baseilhac estime ainsi que «les Irlandais sont capables de s’engager à construire une usine en un an, quand en France il nous faut quatre à cinq ans»…

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