L’homme et la femme les plus riches du monde sont deux Français. C’est ce qu’indique le classement annuel du magazine Forbes, qui couronne le succès de Bernard Arnault (LVMH) et Françoise Bettencourt Meyers (L’Oréal). Nous n’entrerons pas ici dans le débat aussi glissant que du savon Aesop – que vient de racheter L’Oréal – sur la qualité du ruissellement ou du partage de la richesse chez ces deux champions tricolores. On ne dissertera pas davantage sur les inégalités de genre que souligne ce classement, où le patron de LVMH arrive premier avec une fortune nette de 211 milliards de dollars, quand Françoise Bettencourt Meyers arrive onzième, avec une fortune estimée à 80,5 milliards.
Le luxe made in Japan existe
C’est donc une fois encore le luxe (au sens large, L’Oréal possédant des produits grand public) qui sauve la France, connue pour sa haute couture, ses grands restaurants et son champagne. Le succès mondial du feuilleton de Netflix ne s’y est pas trompé : Emily n’est partie ni à Berlin, ni à Madrid, encore moins à Shanghaï ou Tokyo, mais à Paris. Pourtant, ne nous leurrons pas, la fabrication de produits luxueux n’est pas l’apanage de quelques groupes français. Lors d’une présentation des programmes de son école, le fondateur de Sup de Luxe rappelait d'ailleurs l’extraordinaire qualité du luxe nippon ou indien. Pas de cocoricos mal placés.
Ce qu’ont réussi les groupes français du luxe, c’est de tirer partie de la vague de la mondialisation bien mieux que d’autres secteurs industriels. La fortune des deux tycoons français prouve qu’ils ont su anticiper la mondialisation et, au lieu de la craindre, en faire un levier. Quoiqu’on pense de Bernard Arnault, c’est un entrepreneur qui a construit en quelques décennies un empire où le Soleil ne se couche jamais, comme on le disait autrefois du Royaume-Uni. Si Françoise Bettencourt Meyers et ses enfants ont hérité d’un conglomérat développé du vivant de sa mère Liliane, il ne faut pas oublier le travail de Lindsay Owen-Jones qui, dès la fin des années 1980, a misé sur le développement international du groupe qui «le vaut bien».
Le luxe, c'est aussi de la tech
L’un et l’autre ont été aidés par une tradition établie depuis longtemps. Le luxe français, de la manufacture de Sèvres aux tapisseries des Gobelins, s’exportait bien avant la création de ces deux groupes, qui ne sont d'ailleurs pas les seuls. Plus près de nous, le numéro 5 de Chanel était porté par Marylin, quand Audrey Hepburn ne jurait que par Hubert de Givenchy. Et quand, dans les années 1970-80, une nouvelle génération de créateurs japonais a voulu se lancer dans la mode, c’est à Paris que Kenzo, Yamamoto ou Miyake sont venus défiler.
La puissance de LVMH et de L’Oréal est d’avoir capitalisé sur l’aura du made in France dans le monde entier et d’avoir compris avant d’autres que la mondialisation allait mécaniquement accroître la demande pour leurs produits, bien au-delà de leurs marchés européen et nord-américain historiques.
Et gare aux clichés. On entend déjà les «jamais contents» professionnels souligner que les Zuckerberg et autres patrons de la tech américaine sont nettement plus présents dans le classement de Forbes, entre la 1ere et la 11e place. Mais si LVMH et L'Oréal réussissent si bien, c’est parce qu'ils sont aussi devenus des groupes tech. Leurs succès mondiaux sont le couronnement de leurs investissements soutenus dans la R&D, afin de trouver des matières plus éco-responsables et de proposer de nouvelles expériences d'achat virtuelles. Chaque année à Vivatech, le stand LVMH – co-organisateur de l’événement – le rappelle : le luxe qui marche c’est celui qui respecte la tradition des savoir-faire, écoute les attentes de sa clientèle mondiale et n’oublie pas qu’innover n’est pas… un luxe.



