S’il fallait trouver un problème pour les industriels du luxe pour le premier semestre 2022, ce serait incontestablement la situation économique et sanitaire de la Chine et ses confinements stricts. Les deux groupes français, LVMH et Kering, qui présentaient leurs résultats en ce début de semaine, ont dû composer avec des boutiques fermées sur un des marchés d’habitude avides de leurs produits. Environ un tiers des magasins de Kering ont été fermés en avril-mai, a indiqué Jean-Marc Duplaix, le directeur financier du groupe lors d’une conférence de presse en ligne.
Progression à deux chiffres pour LVMH
Et on n’ose pas vraiment écrire que cela a été un problème pour l’un ou l’autre des deux groupes français puisque tous deux affichent des taux de croissance insolents dans le contexte économique et géopolitique actuel. Ainsi, le leader incontesté du secteur, LVMH a réalisé des ventes pour un montant de 36,7 milliards d’euros, en progression de 28%, tandis que le bénéfice du groupe créé par Bernard Arnault n’augmentait « que » de 23 % sur les six premiers mois de l’année pour atteindre 6,5 milliards d’euros.
La bonne dynamique concerne tous les segments de LVMH. A commencer par la mode et la maroquinerie dont les ventes atteignent 18 milliards en progression de 31%. Les vins et alcools ne sont pas en reste avec une progression de 23% pour un niveau de 3,3 milliards d’euros. 5 milliards de ventes pour les montres et la joaillerie, en hausse de 22 %, tandis que la distribution sélective progresse de 30 % à 6,6 milliards.
Hausse des revenus de Kering
Chez Kering, les progressions sont aussi fortes mais les montants atteints restent relativement plus "modestes" du moins pour le chiffre d'affaires. Les ventes réalisées au premier trimestre sont de 9,93 milliards d’euros, soit une hausse de 23 % sur un an. Le bénéfice net avoisine les deux milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les ventes réalisées par Gucci, le navire amiral, dépassent les 5 milliards d’euros en progression de 15 %.Rappelons que le groupe a prévu de porter les ventes de Gucci à 15 milliards d'ici à 5 ans !
Chez Yves Saint Laurent, les ventes tutoient 1,5 milliard d’euros (1,48 précisément) en progression de 42 % ! Et cela se fait avec une marge opérationnelle qui s’établit à 29,6%, « un record pour un premier semestre » pour reprendre les termes du communiqué de presse du groupe dirigé par François-Henri Pinault.
L'inconnue chinoise
Ces excellents résultats chez les deux groupes de luxe tricolore côtés en Bourse s’expliquent par le dynamisme de la demande venue d’Europe et des Etats-Unis, mais aussi du Japon qui ont plus que compensé l’attentisme chinois. Ainsi, pour LVMH, l’Asie hors Japon représente 32 % des ventes, soit six points de moins qu’en 2021 (38%). Les Etats-Unis ont représenté 27 % des ventes (+2 points), la France 7 % (+2 points) et le reste de l’Europe 15 % (+3 points).
Mêmes évolutions chez Kering, un peu plus accentuées : l’Europe représente 26 % du chiffre d’affaires en hausse de 5 points, l’Amérique du Nord 27 % (+2) mais l’Asie recule de 8 points, et ne représente qu’un peu plus du tiers des ventes (34%).
Une demande peu sensible au prix ?
Outre le dynamisme de la demande portée aussi par le retour des touristes américains en Europe, attirés par la parité euro dollar, le secteur du luxe bénéficie côté coûts d’une certaine inelasticité de la demande au prix. Lors de la présentation de leurs résultats, les porte-paroles des deux groupes ont indiqué avoir procédé à des augmentations de prix au cours du premier semestre, qui ont visiblement permis de compenser les hausses de certaines matières premières. On le sait : certains modèles de sacs qui sont des devenus des icônes mondiales voient même leur demande s’envoler quand les prix flambent, à tel point que certains spécialistes considèrent qu’il s’agit de placements financiers offrant une très bonne rentabilité. Ou comment avoir le glam' et l’argent du glam'.



