Gérer les crises, ça la connaît. Ça s’apprend, dirait-elle plutôt. À 49 ans, Karine Revcolevschi dirige l’activité d’optimisation amont-aval et de trading (Doaat) d’EDF, une entité de 420 ingénieurs et informaticiens qui a la lourde tâche d’allumer ou d’éteindre les centrales nucléaires, hydrauliques et thermiques pour optimiser l’approvisionnement des Français en électricité.
Il faut aussi la vendre sur le marché en cas de surplus et l’acheter quand il en manque. Une activité qui a généré une marge brute d’environ 35 milliards d’euros en 2023. Karine Revcolevschi a rejoint la Doaat mi-2021, au début de la crise énergétique. «Je pensais qu’on allait m’accuser de faire monter les prix», plaisante-t-elle.
Sa carrière en trois dates
- 2000 Diplômée de Télécom Paris
- 2009 Arrive dans le groupe EDF
- 2021 Devient directrice de la Doaat
Aujourd’hui, tout le monde pourrait plutôt la congratuler d’avoir contribué à éviter un hiver 2022 à la bougie. «Nous avons tiré la sonnette d’alarme car c’est la Doaat qui regarde si nous avons assez d’électricité pour la période froide, retrace l’ingénieure. Puis il a fallu passer au peigne fin le planning des équipes de production pour garantir l’approvisionnement et calculer la valorisation d’offres plus flexibles, comme l’effacement.» De quoi bousculer le quotidien de cette ingénieure formée à Télécom Paris et issue de l'Ecole normale supérieure, qui consiste généralement à prendre de grandes décisions commerciales, sur le timing d’achat de l’électricité, par exemple, à recruter du personnel et à s’assurer de la résilience des systèmes d’information.
Sa carrière se résume, selon elle, à une «série d’opportunités». Passée par la Direction générale du Trésor et la Cour des comptes, elle a basculé dans le monde de l’énergie en rejoignant le groupe EDF il y a quinze ans. Elle y connaîtra plusieurs crises. Dans ces situations difficiles, elle pense savoir «garder la tête froide, appeler les bonnes personnes au bon moment et coordonner l’action», notamment grâce à ses expériences passées, qui lui permettent de parler plusieurs langages des métiers de l’énergie.
Experte en plans de secours
Son premier passage à EDF se termine en 2017, à la direction des systèmes énergétiques insulaires, qui doit alors gérer les conséquences du passage de l’ouragan Irma à Saint-Martin, dans les Antilles. Devenue directrice régionale d’Enedis dans l’ouest parisien, elle est sur le pont, en 2018, lorsqu’un incendie interrompt le trafic à la gare Montparnasse et prive 16000 foyers d’électricité. «Nous avons installé des groupes électrogènes sans avoir tous les connecteurs pour les raccorder au réseau, mais un expert a heureusement trouvé une solution, se souvient-elle. Il a ensuite fallu assurer un approvisionnement en fioul, alors que Paris était coupé en deux à cause du Tour de France.» Pour se sortir de situations compliquées, elle conseille de s’entourer des bons spécialistes, de préparer de nombreux plans de secours et de beaucoup communiquer.
Mère de quatre enfants désormais grands, Karine Revcolevschi sait par ailleurs qu’il peut être difficile pour certaines femmes d’entretenir leur réseau professionnel après leur journée de travail. Chez Enedis comme à la Doaat, elle a donc lancé deux réseaux de femmes pour œuvrer en faveur de la mixité. «Pendant longtemps, j’ai vécu comme une fatalité le fait qu’il y ait moins de femmes que d’hommes dans les formations scientifiques, raconte-t-elle. Maintenant je trouve ça dingue !»
Une Œuvre qui vous caractérise
La chanson “Il changeait la vie”, de Jean-Jacques Goldman.
«C’est une chanson qui célèbre les héros du quotidien, l’engagement de tous et la valeur du travail.»



