Analyse

Chez Danone, un plan de restructuration qui menace le modèle de l’entreprise

La réorganisation annoncée ce 23 novembre par Danone et la suppression de 1 500 postes à l’échelle mondiale pourraient remettre en cause le double projet économique et social du groupe français.

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Danone
La précédente restructuration chez Danone, en 2011, s’était soldée par la suppression de 900 postes de cadres en Europe.

Ce 23 novembre, Emmanuel Faber, le charismatique PDG de Danone a annoncé les premières étapes de la restructuration du géant laitier français. Au programme : réorganisation des activités par pays, suppression de 1 500 postes dans les sièges régionaux et revue de portefeuille avec cession de 10 à 30% des marques selon les marchés.

Les postes d'encadrement visés

Ce plan d’envergure, dont l’objectif est de renouer avec une marge opérationnelle supérieure à 15% (contre 14% actuellement), est la plus grande opération de restructuration jamais menée par le groupe. La précédente, en 2011, s’était soldée par la suppression de 900 postes de cadres en Europe. 

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C’est une nouvelle fois les postes d’encadrement qui sont visés. "La France, comme les autres pays du groupe, sera également touchée. Les suppressions de postes concerneront des directeurs, des managers et des cadres", a précisé Emmanuel Faber lors d’une conférence de presse. Dans les usines, la réorganisation passera par la digitalisation et l'automatisation des chaînes de production mais "cela se traduira par la requalification des salariés", a ajouté le dirigeant. 

Retrouver une marge de manoeuvre

Mais alors que le géant laitier s’est fait le chantre de la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises, notamment dans le contexte de la transition écologique, ce plan de restructuration pose la question du modèle de l’entreprise. "C’est justement parce que nous avons ce double modèle que nous avons besoin de retrouver plus de marge opérationnelle", s’est défendu Emmanuel Faber. "Les points de marge que nous voulons retrouver vont nous permettre d’anticiper un autre choc et de retrouver une plus grande marge de manœuvre".

Le dirigeant, qui a doté son groupe du statut d’entreprise à mission, a d'ailleurs précisé "ne pas avoir l’intention de ralentir les investissements prévus en matière environnementale". 

Contrer les menaces d'OPA

Alors que la structure capitalistique de Danone est marquée par sa forte volatilité et que la menace d’une OPA pèse continuellement sur le groupe, cette restructuration apparaît également comme un gage donné aux actionnaires. Sur les trois premiers trimestres de l’année, le cours en bourse du groupe a dévissé de 30%.

Une garantie que certains observateurs jugent tardive. Intronisé leader du capitalisme responsable, porté aux nues à l’ONU ou lors du G7, Emmanuel Faber est de plus en plus critiqué. En cause : son leadership solitaire et son agenda "plus porté sur la manière de changer le monde que sur les profits de l’entreprise", estiment certains analystes.

Les syndicats dénoncent le plan

Un sujet d’ailleurs repris par les syndicats. Généralement assez silencieux, les représentants du personnel du géant laitier, où le dialogue social est réputé être harmonieux, n’ont pas hésité à s’emporter contre l’annonce de ce plan: "Quel est l’intérêt pour les salariés que Danone soit passée entreprise à mission?". 

Les syndicats rappellent par ailleurs qu’en avril dernier, 1,5 milliard d’euros de dividendes - en hausse de 8% par rapport à l'année précédente - ont été versés aux actionnaires. "Si les actionnaires avaient renoncé à une partie de leurs dividendes, ce plan n’existerait pas et aucun poste ne serait supprimé", expliquent les représentants Force Ouvrière du groupe.

Alors que jusqu'alors, porté par de bons résultats financiers, le modèle de Danone avait bénéficié de la bienveillance des actionnaires, il est désormais tiraillé entre les investisseurs et de l'autre les salariés et la société civile. Faute de rassurer ces derniers, la restructuration annoncée ce 23 novembre étouffera peut-être les attentes des premiers.

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