Il est de ces ovnis au sein de la première région agroalimentaire nationale, la Bretagne. Gautier Jézéquel c’est un petit air de bobo, entre ces lunettes rondes, ces cheveux frisés, cette surchemise en velours bleu sombre et ce discours pas vraiment policé. Il est co-gérant de Brédial, une PME située à quelques bornes de Brest (Finistère) grand spécialiste de la macédoine de légumes, et autre salades et plats préparés.
L’entreprise familiale qui revendique aujourd’hui une cinquantaine de salariés se fait le chantre de la production sans additifs et des ingrédients de qualité - les deux vont de pair. «Nous avons des ingrédients simples, nous ne pouvons pas tricher sur leur qualité. Impossible, par exemple, re-sucrer une viande de mauvaise qualité avec du dextrose», indique le dirigeant. Sur les étals de la petite boutique d’usine, les plats ensachés flairent la gourmandise.
Quinze ans pour passer au zéro additif
Mais pour chasser tous les additifs des recettes, il aura fallu près de quinze ans à celui qui a repris avec sa sœur et son frère l’entreprise du paternel en 2014. «Si les additifs ne donnaient pas un mauvais goût nous n’y serions pas allés. Il a été difficile de convaincre nos fabricants d’ingrédients d’adopter cette démarche. Nous avons retiré l’amidon, le dextrose, les sirops de glucose… tous ces marqueurs d’ultra transformation qui permettent de faire passer des ingrédients médiocres pour des ingrédients passables. C’est compliqué en termes de communication de faire comprendre au consommateur que sans additif et sans conservateur ce n’est pas la même chose. L’agroalimentaire fait ce qu’il faut pour entretenir cette confusion», détaille Gautier Jézéquel.
Une démarche qui l'a poussé à devenir un grand pourfendeur du Nutriscore, ce label mis en place en France en 2017. «Le Nutriscore c’est la fête de l’additif, tempète-t-il. Les industriels ont rajouté des marqueurs d’ultra transformation pour détourner l’algorithme. Cela n’a rien à voir avec notre combat. Le Nutriscore consacre une vision réductrice de l’alimentation : on ne pense pas l’aliment mais son sucre, son sel, ses fibres…» Reste que la volonté de Brédial de pousser (avec d’autres) pour un label relatif au niveau de transformation des produits est lettre morte.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Le temps est aux contrariétés. Difficile de tenir la barre alors que l'inflation galope. Haro sur la montée en gamme, place aux petits prix et ce lot de compromis sur la qualité des recettes. Brédial évoque un décrochage de 20% des volumes vendus sur la seule année 2023, la faute à une «rafale» de hausses de coûts de production qu’il a fallu répercuter au consommateur. Et ce n’est pas fini, alors que l’entreprise va renouveler son contrat d’énergie en fin d’année… Elle promet de faire le dos rond et espère développer de nouveaux circuits de commercialisation, notamment en distribution spécialisée comme Biocoop.
Ce qui n’empêche pas l’entreprise de rester engagée. Les promesses en vogue de renouer avec souveraineté alimentaire et d'avènement tout local en prennent pour leur grade. «L’agroalimentaire n’a plus que le mot local à la bouche : c’est une folie, lâche Gautier Jézéquel. Mais en quoi vous pensez que cela apporte de la qualité ? Par exemple, une sauce, ce n’est pas parce qu’elle est fait au coin de la rue qu’elle est de meilleure qualité. Le local c’est une logique économique, a fortiori pour nous, Brestois, qui sommes éloignés : il est rationnel de vouloir économiser du transport. Mais encore faut-il savoir ce qu’il y a derrière», peste celui qui choisit le producteur du coin «quand il peut»… et si la qualité est au rendez-vous.



