Franck Mouthon se dit satisfait d’un « nouveau cap franchi par la healthtech française », qui regroupe le secteur des biotechs pharma, des medtechs, des diagnostics et de la santé numérique. Le président de France Biotech, association qui fédère le secteur et dont le 19e panorama a été publié mardi 15 février, souligne trois facteurs principaux marquant la meilleure maturité du secteur. D’abord, « la dynamique entrepreneuriale très forte depuis plusieurs années » dans la santé, qui exerce une « très forte attractivité des talents » vers les entreprises.
Ensuite, l’ensemble de l’écosystème commence à « bénéficier des pionniers », ce qui « renforce la maturité et crée un cercle vertueux et une très forte structuration du réseau ». Enfin, le président de France Biotech se félicite des « relations avec les pouvoirs publics » qui, selon lui, se mobilisent désormais pour le secteur. En témoignent les 7,5 milliards d’euros d’investissements que prévoit d’engager le gouvernement jusqu’en 2025 à travers le plan Santé. Retour sur le panorama 2021 de France Biotech en six chiffres marquants.
1. Plus de 2 000 entreprises
France Biotech célèbre cette année ces 25 ans d'existence, ce qui correspond à peu près aux débuts du secteur en France. Un quart de siècle plus tard, plus de 2 000 entreprises sont en activité un peu partout sur le territoire. Les régions Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne et Occitanie concentrent une grande proportion d’entre elles. Le panorama s’appuie sur les réponses de 427 entreprises de healthtech, qui représentent environ 10 000 employés et 800 millions de chiffre d’affaires en 2021. Le profil type est le suivant : des entreprises de 25 salariés, âgées de 9 ans, et générant 2,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
2. 50% de TPE
Chloé Evans, responsable chez France Biotech des études sectorielles et des relations internationales, décrit une filière ayant « atteint une certaine maturité. Il y a cinq ans, on dénombrait moins de 5 sociétés de 100 salariés. Aujourd’hui il en existe une vingtaine », même si le secteur est composé en majorité de TPE de moins de 10 salariés. Par ailleurs, un peu plus de 50% des entreprises du panel du panorama ont aujourd’hui atteint un stade de commercialisation, avec au moins un produit sur le marché.
3. 2 000 recrutements prévus en 2022
Près de 90% des entreprises du panorama ont annoncé des recrutements cette année. France Biotech chiffre à plus de 2 000 personnes, les besoins en 2022. Les postes, le plus souvent hautement qualifiés, portent surtout sur la R&D et les segments production et services, ainsi que le développement clinique. Comme 87% des entreprises de healthtech ont recours à de la sous-traitance, cela engendre aussi des besoins supplémentaires du côté des sous-traitants, qu’ils évoluent dans la recherche sous contrat ou dans la production à façon, entre autres.
4. 1,1 milliard d’euros investis en R&D en 2020
Le panorama ne livre pas encore de chiffre pour 2021 pour les efforts de recherche et développement des entreprises du panel. Mais en 2020, celles-ci ont engagé des investissements de 1,1 milliard d’euros pour leurs activités de R&D. Un chiffre qui marque une augmentation de l’effort de 20% par rapport à 2019. Ces activités continuent de représenter le premier poste de dépenses pour ces sociétés innovantes, dont près de 70% ont déposé au moins un brevet.
5. 2,3 milliards d’euros levés
En France, les sociétés de la healthtech ont levé un montant record de 2,3 milliards d’euros en 2021, dont 1,6 milliard d’euros en capital-risque, et le solde sur les marchés financiers. Ce qui marque une progression de 50% par rapport à 2020. Cet engouement n’est pas que français. L’an dernier, les sociétés européennes et américaines de la healthtech ont levé un record de 55 milliards d’euros, soit un bond de 40% en un an.
Cédric Garcia, partenaire associé à EY - qui collabore aussi au panorama de France Biotech - indique que « pour la première fois en France, on a observé des levées de fonds de plus de 100 millions d’euros », citant notamment celle de DNA Script, de 142 millions d'euros. Toutefois, le montant moyen levé par des sociétés françaises, passé de 9 millions à 13 millions d’euros entre 2020 et 2021, demeure l’un des montants les plus faibles en Europe. La France se classe au troisième rang européen sur la période 2019-2021, loin derrière le Royaume-Uni où les levées ont été presque trois fois plus importantes, et juste derrière la Suisse. Mais l'Hexagone est devant l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède.
6. Quatre fois plus d’aides d’Etat
2021 a aussi été une année record en matière de soutien public. Selon les données de Bpifrance, contributeur direct au panorama de France Biotech, 1,2 milliard d’euros d’aides ont été distribués à 850 projets de healthtech en France en 2020. Ce qui est quatre fois plus important qu’en 2020. L’essentiel, 832 millions d’euros ont porté sur la R&D et l’industrialisation, à travers France relance et surtout l’appel à projets Capacity Building, pour améliorer la souveraineté sanitaire du territoire. Bpifrance a engagé l’an dernier dans la healthtech 363 millions d’euros en investissements directs, dans le capital d’entreprises, et indirects, à travers des fonds constitués par des fonds d’investissements.



