Huawei ne cesse de marteler que l’embargo américain, qui l’asphyxie depuis mai 2019, fait souffrir aussi ses fournisseurs. C’est peut-être vrai pour certains d’entre eux comme Sony, ARM ou STMicroelectronics pour qui la perte d’un client aussi important se traduit par un manque à gagner significatif. Mais pas pour tout le monde. Il y a au moins deux acteurs qui peuvent se réjouir des malheurs du géant chinois de la high-tech.
Il s'agit de l’américain Qualcomm et le taiwanais MediaTek, qui forment les deux plus grands fournisseurs de puces mobiles sur le marché libre. Loin d’être pénalisés, ils sont au contraire dopés par les sanctions américaines contre Huawei et HiSilicon, son bras armé dans les semi-conducteurs.
Epuisement des stocks de Huawei
Depuis mai 2019, Huawei et HiSilicon n’ont plus accès aux technologies américaines. Et depuis mi-septembre 2020, HiSilicon ne peut plus faire fabriquer ses puces par des fondeurs comme le taïwanais TSMC. Huawei se distingue par son modèle intégré motorisant 85 % de ses smartphones avec des puces maisons en provenance de HiSilicon. Il n’achetait les puces de Qualcomm et MediaTek que pour environ 15 % de ses smartphones. C’est ce marché captif qui a fondu comme neige au soleil, provoquant une redistribution des cartes en faveur de Qualcomm et MediaTek. Selon les chiffres communiqués par le cabinet Strategy Analytics à L’Usine Nouvelle, la part de HiSilicon du marché des processeurs d’application de smartphones a chuté de 28 % au premier trimestre 2020 à seulement 3 % au premier trimestre 2021, tandis que celle de Qualcomm a grimpé de 32 % à 40 %, et celle de MediaTek de 11 % à 26 % sur la même période.

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La chute de HiSilicon est vertigineuse. En prévision du dernier tour de vis de l’embargo américain à la mi-septembre 2020, la société a gonflé ses stocks pour tenir face aux restrictions imposées à ses fondeurs comme TSMC. Mais ses stocks sont en train de s’épuiser. " C'est exactement ce qui est arrivé à HiSilicon au premier trimestre 2021, affirme Sravan Kundojjala, analyste chez Strategy Analytics dans un décryptage de la situation sur le blog du cabinet. Après avoir connu une croissance spectaculaire entre 2012 et 2020, ses livraisons de processeurs d’applications pour smartphones ont plongé de 88 % en variation annuelle. Ses expéditions tomberont à zéro à un moment donné cette année. Notre analyse approfondie montre qu’il pourrait perdre jusqu'à 60 à 70 dollars de revenus de composants radiofréquences par combiné 5G de Huawei à cause des sanctions américaines. "
Croissance à deux chiffres de Xiaomi, Oppo et Vivo
Faute de puces, Huawei est tombé à la sixième place des expéditions de smartphones dans le monde au quatrième trimestre 2020 et pourrait chuter encore à la huitième place avec seulement 3,4 % des livraisons en 2021 alors qu’il était deuxième en 2019 avec une part de 17 % selon Strategy Analytics. Une dégringolade qui profite tout particulièrement à ses trois frères ennemis Xiaomi, Oppo et Vivo, désormais numéros trois, quatre et cinq du marché mondial. Or ces trois constructeurs reposent presque intégralement sur les puces mobiles de Qualcomm et MediaTek. Ils affichent des croissances à deux chiffres de leurs livraisons de smartphones au premier trimestre 2021. Et cela profite à plein à leurs deux grands fournisseurs de puces.
" Qualcomm en a bénéficié dans le segment haut de gamme, explique à L’Usine Nouvelle Sravan Kundojjala. Les volumes des smartphones vedettes Ascend et Mate de Huawei sont désormais remplacés par les produits équivalents de Xiaomi, Oppo et Vivo. MediaTek en a bénéficié, lui, dans les segments de moyenne et entrée de gamme. La forte position de Qualcomm dans la 5G, en particulier dans les smartphones vedettes, et ses relations étendues avec les constructeurs du camp Android ont permis à l'entreprise de conquérir des parts de marché dans le haut de gamme. "
L'avenir de HiSilicon en question
Se pose alors l’avenir de HiSilicon alors que son client et maison-mère Huawei continue son déclin et Honor, une ancienne marque devenue une société indépendante au début de l’année, achètera désormais ses puces auprès de Qualcomm, MediaTek et Unisoc. Pour Sravan Kundojjala, la seule solution pour assurer la survie de l'entreprise est de la vendre. "Comme Honor, HiSilicon pourrait également être acquis par des fonds d'investissement chinois, précise-t-il. Huawei pourrait aussi simplement vendre ou licencier la technologie de modem 5G de HiSilicon à Xiaomi, Oppo ou Vivo. " Car l’embargo américain contre Huawei a poussé les grands équipementiers électroniques chinois à réfléchir à la maîtrise des puces clés de leurs produits pour ne plus dépendre de fournisseurs américains. C’est notamment le cas de Xiaomi qui a relancé son effort de conception de processeurs. "Il faut s’attendre à davantage d'efforts en Chine dans les semi-conducteurs, en particulier dans les modems 5G et processeurs d'applications, prévoit Sravan Kundojjala. Xiaomi, Oppo, Vivo, Lenovo et d'autres acteurs chinois pourraient développer leurs propres puces 5G dans les trois à cinq prochaines années. "



