Face à l’embargo américain, Huawei poursuit ses manœuvres stratégiques pour sauver ses activités de l’asphyxie. Après s’être séparé de sa marque de smartphones Honor, devenue au début de l’année 2021 une société indépendante, le grand équipementier chinois des télécoms pourrait être contraint de vendre HiSilicon, son bras armé dans les puces électroniques. C’est d’ailleurs l’option que Stephen Entwistle, analyste au cabinet Strategy Analytics, recommande pour assurer la survie de cette activité stratégique, joyau de la Chine dans les semi-conducteurs.
Un marché captif à 90 %
Fondé en 2004 à Shenzhen, HiSilicon développe des puces avec de la propriété intellectuelle acquise à l’extérieur auprès notamment de la société britannique ARM et l’américaine Vivante. Elle opère selon un modèle «fabless», se contentant de concevoir ses circuits puis d’en confier la fabrication à des fondeurs de puces, sorte de sous-traitants comme le taïwanais TSMC ou le chinois SMIC. Il dédie à 90 % son activité à un marché captif qui fait de Huawei un industriel intégré, des puces aux équipements, à l’instar d’Apple et dans une moindre mesure de Samsung.
HiSilicon s’impose comme le champion chinois des puces. Selon Gartner, il pointe à la 17e place mondiale des fournisseurs de semi-conducteurs en 2020 avec un chiffre d’affaires de 8,2 milliards de dollars, en progression de 5,5 %, un poids presque comparable à l’activité captive d’Apple dans ce domaine estimée à 9,4 milliards de dollars la même année. La société compte plus de 7 000 collaborateurs et une vingtaine de centres de conception en Chine. Ses puces Kirin motorisaient jusqu’ici la grande majorité des smartphones de Huawei, avec des performances techniques comparables à leurs équivalentes de l’américain Qualcomm, leader mondial des puces mobiles.

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Baisse des livraisons de composants
Depuis l’entrée en vigueur du troisième round des sanctions américaines contre Huawei à la mi-septembre 2020, HiSilicon n’a plus accès aux services de fabrication des fondeurs, comme TSMC, car ils utilisent tous des technologies Made in USA dans leurs processus de production. La société ne survit que grâce aux stocks accumulés en anticipation de ces nouvelles sanctions. Elle n’a plus accès, non plus, aux logiciels CAO, presque tous américains, pour créer ses prochaines générations de puces. Sans la levée de ces restrictions, elle est condamnée à l’agonie.
L’effet de l’embargo américain commence à se faire durement ressentir. Selon Strategy Analytics, les livraisons de modems cellulaires de HiSilicon ont décliné de 20 % au troisième trimestre 2020. Sa part de ce marché, estimé à 7,1 milliards de dollars au troisième trimestre 2020, est tombée à 19 %, derrière Qualcomm (40 %) et MediaTek (22 %). Elle était de 20 % au premier trimestre 2020.
La solution selon l’analyste de Strategy Analytics est de vendre la société à une partie tierce pour en faire un fournisseur indépendant de puces mobiles, en concurrence directe avec Qualcomm, MediaTek ou encore Samsung. Ainsi elle ne serait plus soumise aux restrictions américaines qui frappent Huawei.
Une valorisation de 36 milliards de dollars
Reste à trouver un acquéreur potentiel ayant la capacité financière de racheter HiSilicon. Son concurrent taïwanais MediaTek, crédité par Gartner d’un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars en 2020, affiche une capitalisation boursière de 49 milliards de dollars. En appliquant le même ratio de capitalisation/chiffre d’affaires, HiSilicon serait valorisé autour de 36 milliards de dollars. Une belle somme! Mais la Chine ne manque pas d'argent pour ses ambitions dans les puces.



