Dans le sillage du pétrole, dont la demande dévisse sous l’effet d’un ralentissement économique lié à l’épidémie de coronavirus (Covid-19), les marchés agricoles enregistrent aussi des baisses de prix. Les oléagineux constituent la catégorie la plus touchée. Depuis le début de l’année 2020, les cours du colza ont perdu 10%. Une partie de ces produits étant transformée en agrocarburants, notamment en biodiesel, ils font les frais, dans des proportions moindres, des restrictions de transports.
"Les prix du fret se sont écroulés, puisque l'on a de la marchandise qui ne se transporte plus", rebondit Michel Portier, fondateur du cabinet de conseil en gestion des prix agricoles Agritel. Entre le 2 janvier et le 3 mars, le Baltic Dry Index, l’indice qui mesure le transport en vrac de matières sèches, a perdu 44,8%, à 539 points. Sur le Baltic Capesize, qui reflète l’activité des vraquiers de 170 000 à 180 000 tonnes, les valeurs sont désormais négatives (-348 au 3 mars, en recul de 121 % depuis le début de l’année). De quoi raviver le débat sur le changement de composition de ces indices, intervenu en 2018.
Les céréales peu touchées
Côté céréales, le blé, le maïs et les orges fourragères ont cédé environ 5 % depuis janvier, conséquence d’une demande moindre à l’échelle mondiale. Pour les exportateurs français de céréales, l’impact du Covid-19 reste limité – mi-février, l’établissement public France AgriMer a maintenu sa prévision de 20,7 millions de tonnes (Mt) de blé tendre exportées sur l’ensemble de la campagne commerciale qui s’achèvera le 30 juin, parmi lesquelles 12,6 Mt à destination des pays tiers, en hausse de 30,2 % sur un an, à la suite d’une bonne récolte.

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"Les exportations françaises de blé sont toujours très soutenues. Nous avons des doutes sur les chargements à partir d’avril, mai et juin, dates des échéances des contrats "futures" (à terme, ndlr). Nous sommes incapables de mesurer aujourd’hui quelle va être la baisse de la demande liée au coronavirus", précise Michel Portier. "Le premier impact est logistique." Les céréales transitent essentiellement par les ports du sud de la Chine, dont l’activité serait moins ralentie qu’au nord. France Export Céréales n’a pas encore fait état de difficultés spécifiques dans le pays. Entre 2018 et 2019, les céréales avaient représenté 13% des exportations françaises vers la Chine.
Ecoulement difficile par la route
Des craintes se font entendre sur l’Italie, pays qui a rencontré des difficultés de production du blé dur en 2019, et qui compte en importer plus de 1,5 Mt cette année. Un débouché qui n’échappe pas aux producteurs français, malgré une récolte morose (1,9 Mt disponibles au total en 2019-2020, dont 220 Mt devant être exportées vers les pays tiers). "Le transport routier est difficile entre la France et l'Italie. Des chauffeurs routiers ne veulent plus faire le trajet", poursuit Michel Portier.
En Chine, les autorités s’emploient désormais à fluidifier les opérations - les péages routiers et autoroutiers sont supprimés depuis le 17 février, jusqu’à la fin de l’épidémie.
Porc : vers une reprise de l’activité
Président de l’interprofession nationale porcine française Inaporc, Guillaume Roué confirme cette amélioration progressive de la situation. "Depuis la fin 2019, les ports chinois ont été bloqués par des problèmes logistiques, mais la demande reste soutenue. Depuis une semaine, les gens se sont remis au travail, et la situation va s'arranger dans les trois prochaines semaines. A partir du moment où les conteneurs n'étaient pas déchargés, le commerce international était en panne sèche. C'était un épiphénomène, les fondamentaux de ce commerce restent solides", estime l’éleveur.
Depuis le début de la crise, le manque de personnel, du fait des limitations de mouvements imposées et de la mise en place de quarantaines sanitaires, a affecté le fonctionnement des ports chinois, avec également un manque de prises électriques pour maintenir les conteneurs à froid négatif. 80 % des exportations de viande arrivent à Shanghai et Tianjin, où le manque de capacités de stockage s’est fait sentir, suivi par le manque de chauffeurs routiers disponibles. Une baisse des cours d'environ 15 à 20 centimes d'euros du kg a été constatée en France en janvier et en février.
En 2019, sous l’effet de l’impact de la peste porcine africaine, qui a décimé le cheptel porcin chinois, les exportations françaises de porc étaient passées de 100 000 tonnes à 175 000 tonnes. "Le marché sera comblé par une augmentation des exportations, qui constituent une opportunité pour les pays européens qui ne sont pas touchés, et in fine un retour de la production en Chine", estime Guillaume Roué. 35 Mt de tonnes de production de viande de porc ont été perdues l’an dernier dans le pays. Mi-février, la Chine a de nouveau autorisé les importations de volaille américaine, interdites en 2015 pour cause de grippe aviaire.
Le prix de l'ail monte en flèche
D’autres produits agricoles ont eux aussi subi les conséquences des difficultés logistiques en Chine. En témoignent l’ail et le gingembre, dont le pays est le premier exportateur mondial. Surfant sur la tendance haussière, les prix de l’ail espagnol, en provenance du premier producteur européen, ont bondi de 25% en quelques semaines à leur arrivée sur les ports néerlandais.
Les ventes en ligne consolident le secteur papier-carton
Hors agriculture mais toujours dans les matières végétales, le taux d’exploitation des papeteries chinoises était estimé à 5 % en février. Rabobank estime que les achats en ligne pourraient bénéficier, à l’avenir, des habitudes prises suite aux mesures de confinement, favorisant ainsi le secteur de l’emballage – l’usage de boîtes en carton ondulé dans les colis express passerait de 40,7 milliards d’unités en 2020 à 72,2 milliards d’unités en 2022.
"Le coronavirus contribuera à accélérer la consolidation de l'industrie de l'emballage en papier. Les petites entreprises sont progressivement éliminées à un rythme accéléré, tandis que les grandes entreprises acquièrent une part plus importante du marché par le biais de fusions et acquisitions ou de nouvelles capacités", estime la banque néerlandaise.



