"Le Covid-19 commence à sacrément perturber l’ensemble des flux mondiaux et particulièrement des flux agricoles”. Ce 27 février, en marge du Salon de l’Agriculture, l’inquiétude transparaît dans les propos de l’économiste Philippe Chalmin. Il faut dire que les produits alimentaires (viandes, produits agroalimentaires et lait) représentent plus de 1,1 milliard d’euros de produits français exportés en Chine.
La filière lait touchée par les difficultés logistiques
Depuis le scandale du lait frelaté, en 2008, la Chine représente un débouché de choix pour la filière laitière. “Avec 620 millions d’euros exportés vers la Chine, le géant asiatique représente 9% en valeur des exportations de la filière laitière”, confirme Mélanie Richard, cheffe du service Économie au Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). Les poudres de lait infantile (49 000 tonnes exportées en 2019) et les poudres de lait écrémées sont les principaux produits envoyés vers l’Asie. “Ces produits présentent l'avantage d'avoir une date de péremption longue, de plusieurs années”, ajoute la responsable.
Bien que l’impact du Covid-19 sur les exportations ne soient pas encore chiffré, les acteurs de la filière s’inquiètent. “Les estimations sont difficiles, car, pour l’instant, les flux ne sont pas bloqués, mais les exportations de lait sont touchées par les problèmes de logistique et notamment de conteneurs”, ajoute la spécialiste.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Depuis le début de la crise sanitaire, le pays manque en effet de main d’oeuvre pour décharger les bateaux. Par ailleurs, faute d’exportations de la Chine vers l’Europe, ces derniers repartent à vide, faisant augmenter le prix du transport. Résultat, certains industriels à l’image de Lactalis confirment n’avoir aucune commande pour le mois de mars. “Pour l’instant, nous ne savons pas s’il s’agit d’un décalage ou si la crise va s’installer dans le temps et qu’il y aura des pertes pour la filière”, ajoute Mélanie Richard.
Le report des innovations
Patience. Le mot d'ordre, qui vaut pour toute la filière est particulièrement fort chez Danone. Le géant laitier, qui réalise plus de 10% de son chiffre d'affaires en Chine, ne pourra, en effet, pas commercialiser ses dernières innovations sur le marché asiatique dans l'immédiat. "Avant qu'une nouvelle recette ne soit commercialisée en Chine, des inspecteurs doivent venir certifier les outils de production", précise Emmanuel Faber, le PDG de l'entreprise. Or, depuis le 24 février, Pekin a suspendu les déplacements de ses agents. "Sans visite de site, il y a un gel de nos innovations", ajoute le responsable. L'entreprise avait notamment prévu de sortir des recettes de lait premium - comme du lait pour enfant né par césarienne- courant 2020. "Ces innovations sont pour le moment en attente", déplore Emmanuel Faber.Danone estime, d'ores et déjà, à 100 millions d'euros l'impact du Covid-19 sur ces résultats.
Un autre scénario plus favorable
Un autre scénario, plus favorable aux acteurs européens, se dessine pourtant. “La Chine produit, selon les estimations, 30 millions de tonnes de lait par an. Si l’industrie laitière nationale devait être touchée par le Covid-19, cela pourrait se traduire par une augmentation des exportations”, estime Marion Cassagnou, spécialiste des produits laitiers chez Agritel. En attendant d’en savoir plus, les industriels n’ont, pour l’instant, pas encore réorienté leur production. “Nous observons la mise en place d’options de stockage pour pouvoir fournir le marché chinois à la fin de la crise. Certains partent également à la recherche de nouveaux marchés, notamment dans le sud-est asiatique”, note Mélanie Richard.



